« Jusqu’au bout »…
http://www.youtube.com/watch?v=ouaytC9njFU
« L’anarchisme est né d’une révolte morale contre l’injustice sociale » Malatesta
Leurs grands projets sont nuisibles, notre résistance est invincible !
Les mouvements de défense de la terre ici et là-bas : soirée acti-festive à l’Hôtel des Vil-e-s
Vendredi 31 mai à partir de 18h // 55 av. de l’Union Soviétique, Clermont // Prix libre
Les fonds récoltés iront remplir les caisses de soutien anti-répression qui servent à défendre celles et ceux qui luttent contre l’artificialisation des terres sauvages et/ou paysannes.
Projections-débat :
> Invin$$ibles ? Zadistes the question !
Film autour de l’occupation militaire et des expériences d’autonomie sur la ZAD de Notre Dame des Landes (site du projet de second aéroport de Nantes)
> La révolte des machettes
Octobre 2001 : dans le cadre d’un projet économique mégalomane (le Plan Puebla Panama) le tout nouveau gouvernement mexicain annonce la création d’un aéroport qui desservira tout le centre du pays, sur les terres de communales de San Salvador Atenco. Les paysan-e-s indigènes d’Atenco, comprenant que cet aéroport signifie non seulement l’expropriation de leurs terres mais aussi leur disparition comme communauté vont s’opposer à cette entreprise. Confronté-e-s au pouvoir de l’État et de la finance, ils vont passer du désespoir à la résistance puis à l’autonomie avant de gagner cette lutte non sans en payer le prix du sang. Ceci est la chronique de leur combat.
Suivi d’un buffet et d’une discussion autour des pratiques d’autonomie comme moyen de lutte.
Concert dub :
> Disk-R (Reggae Dub / Grenoble)
Au nombre de six, les musiciens de Disk-R constituent autant de pièces d’une véritable machine musicale, machine à remonter le temps qui nous ramène au croisement des années 80 et 90, ou l’âge d’or d’un mouvement musical et culturel planétaire : le reggae. Et ça tombe bien, Disk-R en a plein ses bacs et nous livre une musique en forme de patchwork, à l’image du reggae de l’époque alors en pleine mutation et plus polymorphe que jamais.
Myspace : http://www.myspace.com/disquer
> Echo Doppler (Dub Electro Instrumental / Paris)
Echo doppler est le fruit du rassemblement de cinq amateurs de dub dont la réunion débouche quelques mois plus tard sur la création d’un univers sombre, alternant entre ambiances aquatiques et rythmes martelés. Fort des influences françaises en la matière et de l’arrivage massif de son mixant Reggae, Dub, Jungle et autres musiques électroniques en provenance d’outre-manche, le quintet s’est lancé dans l’exploration de ce mélange pour se créer une identité sonore propre et nouvelle. Début 2012, un sixième membre a rejoint l’équipe, proposant une performance VJ mettant en image l’univers obscure du groupe.
Site : http://www.echo-doppler.org/
Soundcloud : https://soundcloud.com/echo-doppler-dub
> B-no et Kinky, Upfull Posse (Digital Roots / Paris)
Des sélections « vinylistiques » qui vont du roots au dubstep, en passant par le rub a dub, digital et un soupçon de new roots.
Soundcloud : https://soundcloud.com/b-no
Un SDF condamné. Yarid, 30 ans, a comparu hier devant le tribunal correctionnel de Toulouse pour avoir volé, dans la soirée de mardi, des denrées alimentaires dans un établissement scolaire de Toulouse : 19 tomates, deux conserves, un litre d’huile et quelques biscottes. En récidive, il a été condamné à 4 mois de prison ferme.
Aujourd’hui (15 mai) à l’aube le ministère de l’intérieur, avec l’appui de l’audience nationale (tribunal spécial), a lancé une opération antiterroriste de grande envergure sur tout le territoire espagnol. A Madrid, Valence, Barcelone ou Sabadell, différents lieux d’organisation et d’occupation anarchiste et libertaire ont été perquisitionné sans plus d’informations avec comme objectif de déstabiliser le mouvement et de procéder à des arrestations préventives. la suite ici http://rebellyon.info/Operation-antiterroriste-contre-le,12254 (lu sur rebellyon)
Du 1e au 4 mai, la CNT-AIT 63 a tenté d’apporter sa pierre à l’édifice de la résistance populaire et autonome. Au programme : manifestation du 1e mai, présentation de la lutte contre Nataïs à Cornella en Catalogne le 3, et manifestation contre la torture en prison et les violences policières le 4 à Barcelone.
1e mai : riposte anarchosyndicaliste !
Après les succès des deux années précédentes, nous avions longuement discuté sur ce 1e mai. Nous avons finalement décidé de faire un cortège autonome. En tout honnêteté, il nous sera difficile de faire aussi réussi que l’an dernier. Pour autant, nous sommes satisfait-es. L‘année dernière, nous avions rappelé aux syndicats l’histoire du 1er mai et, cette année, nous avons essayé leur rappeler leur rôle de pompiers du capital. A l’appel de la CNT-AIT 63, une 30aine de personnes nous ont rejointes. C’est pour nous très positif. Rendez-vous donc au local à 09h30, local trop petit pour accueillir tout ce monde !
Puis nous sommes joyeusement et spontanément parti-es en déambulation sur la ligne de tram, chantant quelques slogans, donnant des tracts aux rares passant, chambrant deux socialistes de passage. Un joyeux bordel. Un compagnon a parfaitement commenté : « Les Pieds Nickelés essayant de faire du syndicalisme ».
Après un début un peu n’importe comment, nous arrivions pas loin du rassemblement syndical (CGT, FSU, Solidaires, UNEF rejoints par FO). Moins de 200 personnes sur la Place de la Liberté… Et de nul part, déboulent une 30aine de personnes, drapeaux rouges et noirs au vent. « Les syndicats sont nos amis, jamais ils ne nous ont trahis », « Ni Dieu, Ni Maître, Ni Social-Traître », « Résistance Populaire et Autonome » chantions-nous en plein milieu des discours syndicaux, pendant que des compagnes-ons diffusaient le tract. Plusieurs personnes sont venu-es demander un tract, un journal, discuter. Les syndicalistes (permanent-es pour la plupart) nous regardaient de travers. Vient le discours FO. Et là, à plein poumons « FO a signé à Renault ». Le chef local finit son discours par « Le slogan international du prolétariat le 1e mai, Ni Dieu, Ni Maître ! ». En ces temps de crise, la récupération est sans limites. Les esprits se sont alors échauffés avec des permanent-es de FO. On continue « Vive la lutte des travailleurs, sans permanents et sans subventions ». Ils se calment. On finit de differ les tracts. Les journalistes viennent alors nous voir, mais nous n’avions pas prévu de réponse collective. Ils ne parleront pas de nous, sauf 1 ligne dans La Montagne…
Puis nous sommes parti-es finir ce 1e mai devant McDonald, « McDo exploite et licencie, Solidarité avec les exploités », en diffusant nos derniers tracts. Nous avons alors vu entrer au McDo… des militant-es Lutte Ouvrière. Un compagnon n’a pas hésité à leur faire remarquer…Un bon 1e mai, mais un début !
CéNéTé-AIT 63 en exil
En « exil », un groupe d’anarchosyndicalistes de notre UL est parti ensuite, juste après la manifestation à la rencontre de compagnons du SIA 32 (syndicat du Gers de la CNT-AIT) à Auch (voir les articles sur la lutte à Nataïs, ou le dossier sur les sites des syndicats de Toulouse ou du SIA 32) pour se rendre ensuite à proximité de Barcelone pour la manifestation anarchiste anti-carcérale contre les tortures notamment de matons syndiqués de l’UGT (=CFDT), CCOO (=CGT) de nos compagnons embastillés.
Nous avons été accueilli-es par les compagnons de Cornella (banlieue de Barcelone). Les copains du SIA32 ont présenté leur lutte contre NATAÏS au local de nos compagnons de la CéNéTé AIT de Cornella. D’ailleurs nous en profitons pour vous annoncer que fin juin, nous organisons une soirée-débat sur Clermont sur cette lutte en cours. Tout d’abord cette rencontre avec nos compagnons espagnols a été riche en discussion, fraternité et émotion. Plus d’une 30aine de compagnes-ons du syndicat CNT-AIT de Cornella sont venu-es écouter le récit, accompagné de diapos : « Nataïs : une lutte anarchosyndicaliste dans le Gers ». Discussion passionnante, avec questions de compañer@s pour alimenter le tout. Nous sentions toute l’importance que ces compagnons, pourtant étrangers à cette lutte, accordaient néanmoins à leurs sœurs et frères de la région France, leur voix trahissant l’émotion de la lutte apatride qu’est la notre. Nous ne pouvions que faire piètre figure, tant nos gesticulations en France semblaient celles d’enfants pour qui découvre la puissance historique et actuelle de l’anarchisme espagnol. Néanmoins nous ne sentions que mieux l’importance de notre combat, et la nécessité de l’organiser de la meilleur façon qui soit. Ainsi cette leçon d’humilité ne restera pas lettre morte pour qui nous connaît.
La discussion fut suivie d’un repas préparé par les compañer@s, et d’un concert organisé pour l’occasion, avec Fractal, un groupe venu de Barcelone, qui nous a même fait l’honneur de parler en français pour expliquer les morceaux !
Cela et a été l’occasion pour nous de voir l’ampleur du mouvement anarchiste ibérique. En effet par exemple le local de la CNT-AIT de Cornella en 2 parties fait près de 500m² et dispose d’une superbe bibliothèque sociale, d’une salle polyvalente (sport, cantine, débat…) populaire. Notre cœur a été réchauffé par l’accueil et la force de nos compagnons qui luttent notamment contre la précarité rampante en Espagne et aident des collectivos (réappropriation d’appartements…). Nous ressortions de là les yeux perdus au loin, dans les étoiles, et des idées débordantes d’espoir dans nos esprits. De ce que nous faisions ressortaient mieux les défauts, mais aussi les points forts. Allons de l’avant, construisons l’anarchisme ! Pour Clermont-Ferrand, c’est un matériel neuf que nous sommes allés chercher.
Le samedi 4 nous somme allés à la manifestation (interdite) contre les tortures de nos compagnons. En 2004, des prisonniers anarchistes ont été torturé-es à la prison Quatro Caminos en Catalogne, par des matons de l’UGT (=CFDT), des CCOO (=CGT) et d’un syndicat corpo (CATAC).
La prison torture et assassine. CCOO, UGT et CATAC défendent les tortures
Solidarité avec les prisonniers en lutte
Pour la 1e fois depuis la chute de Franco, la question de la torture est posée publiquement. Plus de 1 000 anarchistes, majoritairement jeunes, ont défilé pendant près de 3h depuis le local de l’UGT jusqu’à la prison de Barcelone en scandant des slogans tels que « Policia tortura y assassina » (la police torture et assassine), « Abajo los muros de los prisones » (A bas les murs des prisons). De nombreuses banderoles, tags ont auréolé la manifestation. Des arrêts réguliers pour diffuser les tracts prendre la parole. Notons la prise de parole poignante d’un compagnon torturé par les matons : « Je tiens à remercier toutes les personnes venues, d’un peu partout d’Espagne, ainsi que les anarchistes internationalistes français. J’ai été torturé par les syndicats de gauche. (Silence). Les syndicats de gauche sont le bras armé de l’Etat. » On en frissonnait.
Un énorme dispositif policier, visible partout, avait été mise en place pour faire taire la contestation. Des frissons de fraternité nous ont emparé pendant cette manifestation. L’ambiance est devenue plus électrique en fin de parcours avec des forces de l’ordre passablement excitées ! Le rassemblement s’est en effet terminé devant la prison de Barcelone, où ont été incarcéré-es, torturé-es… des centaines de compañer@s de la CNT-AIT ou autre, et ce sous Franco comme en « démocratie ». Ce fut une manifestation où l’émotion était palpable, chaque instant pouvant basculer dans l’affrontement avec les forces d’État. Il y avait quelque chose de vibrant dans les airs, non seulement dans les cris des compagnes et compagnons, mais davantage encore dans les silences qui cachaient une haine pour les peines que les plaisirs de quelques uns faisaient quotidiennement endurer à la majorité des autres. Car du travail aliéné tel que nous le subissons chaque jour aux coups reçus par nos frères incarcérés il n’y a qu’un pas, celui de la révolte. Et non seulement celui de la révolte en tant qu’expression d’une haine indéfectible pour l’oppression, mais aussi comme projet d’une société émancipée que les coups de nos bourreaux ne peuvent effacer de nos consciences et de nos cœurs. A noter que nos compagnons du Gers sont restés pour l’audience du procès des 9 matons le lundi 6.
La prison c’est la torture. La démocratie torture et assassine ! Matons assassins.
Que l’on soit à Francfort où se tient un procès irrationnel de militants révolutionnaires sur des faits datant de près de 40ans, à Barcelone avec nos compagnons anarchistes où qu’elle que soit l’endroit, l’Etat et le capitalisme répriment, torturent… Et pendant ce temps-là, une nouvelle prison se construit à Riom…
Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons toutes les prisons.
La solidarité est une arme !
Solidarité Internationale !
Pour l’anarchosyndicalisme !
Lapoudre, Pitufo et le Pré-fAIT, Union Locale CNT-AIT 63
Vous pouvez dès à présent télécharger le nouveau numéro d’Anarchosyndicalisme au format pdf ou lire directement sur le site de la CNT−AIT Toulouse. Vous pouvez aussi recevoir un exemplaire gratuit par courrier postal : cntait63@gmail.com
Au sommaire de ce numéro :
Au sommaire :
1 AGROALIMENTAIRE / LEADER EUROPÉEN DU POP-CORN
L’ARROSEUR ARROSÉ: LES PATRONS DE NATAIS CONDAMNÉS
LES PRUD’HOMMES DU GERS SE DÉCLARENT INCOMPÉTENTS
LE SCANDALE DU DIACETYLE
2 SOCIAL
ANARCHOSYNDICALISME, DE LA THÉORIE À LA PRATIQUE (2)
MOUVEMENT SOCIAL
3 GESTION DE CRISE
FUKUSHIMA: DEUX ANNÉES DE DÉSASTRES
4 SOCIÉTÉ
LANDES: POT DE TERRE CONTRE POT DE FER
HABEMUS CACAM (DANS NOTRE ASSIETTE)
LA FIN DE LA TRÊVE HIVERNALE QUI N’A PAS EU LIEU
5 INTERNATIONAL
DE L’ARGENTINE AU VATICAN
GRÈCE: RÉSISTANCE OUVRIÈRE ET AUTOGESTION
6 A PROPOS
D’UNE PRÉFACE: DES BRIGADES INTERNATIONALES À LA MAKHNOCHINA
DU DOGMATISME
Lu sur le site de l’OCL.
Dans la région de Manolada, plaine rurale du Péloponnèse, en Grèce, des exploitants agricoles ont ouvert le feu, mercredi soir, sur les travailleurs migrants venus réclamer leur paie. Vingt-huit ont été blessés. En 2013, des esclavagistes modernes sévissent en toute impunité en Europe.
Dans un pays sous « surveillance » particulière de la Commission européenne et des ministres de l’économie des pays de la zone euro, où les niveaux atteints par la crise économique, les mesures budgétaires, la baisse des salaires et des pensions, la chasse aux étrangers ‟illégaux” et leur détention dans des camps insalubres, les campagnes xénophobes de l’Etat et de ses supplétifs d’extrême-droite, les violences policières répétées sur les détenus et les gardés à vue , les pratiques répressives de l’Etat pour casser les mouvements de résistance (réquisition de grévistes, militarisation des territoires et espaces publics, attaques sur les médias indépendants…) sont dignes d’un régime d’exception permanent et de contre-révolution préventive qui ne peut que favoriser et attiser toujours plus les actes de barbarie, les pousser toujours plus loin.
Bien sûr tous les partis politiques ont condamnés les faits, de gauche, de droite, au pouvoir ou en dehors, même les post-nazis de l’Aube dorée. Et alors ?
Comme le dit l’article que nous publions, tout le monde savait ce qui se passait depuis des années dans cette zone, les politiciens locaux comme nationaux, les responsables administratifs, la police, la presse silencieuse dans sa presque totalité et intimidée quand elle cherchait à savoir, les autorités européennes…
C’est donc l’heure des larmes de crocodiles pendant que se poursuit le déchainement de la rhétorique xénophobe accompagnée de celle qui justifie toutes les ignominies et saloperies pour soi-disant favoriser le retour d’une « croissance » économique, d’ailleurs introuvable.
Hier [mercredi 17 avril] vers dix-huit heures, au moins 28 travailleurs originaires du Bangladesh se sont fait tirer dessus dans un domaine agricole, à Manolada, en Grèce. Les travailleurs n’étaient pas payés depuis six mois. Ils sont allés à la rencontre de l’employeur et de ses contremaitres pour exiger leur dû : 6 mois de salaire non payé, 125 euros par mois chacun.
Le conflit a éclaté lorsque le patron et ses sbires ont refusé de les payer pour leur travail. Les contremaitres ont saisi leurs fusils et ont tiré à feu nourri. Il y a huit travailleurs immigrés dans un état critique, quatre plus sérieusement atteints.

Selon les données disponibles jusqu’à hier soir, environ 80 travailleurs originaires du Bangladesh avaient pris rendez-vous à 17 heures avec le patron de l’exploitation agricole de fruits et légumes, en particulier de fraises, et la réunion était connue de tous les travailleurs. On estime qu’ils étaient plus de 200 à attendre cette réunion. Les contremaitres ont refusé de payer les arriérés et ont donné l’ordre aux travailleurs de retourner travailler en les menaçant de faire appel à d’autres travailleurs et en commençant à tirer en l’air. Devant la réaction des immigrants qui ont refusé de bouger, les trois contremaitres ont commencé à tirer en leur direction, y compris dans le dos de ceux qui s’enfuyaient dans un champ proche.
Onze ambulances ont transporté les blessés du sanglant incident vers les hôpitaux de Pyrgos et Patras. La police a arrêté l’entrepreneur de 57 ans, mais les trois surveillants de 21,27 et 39 ans ont pris la fuite.
Les fraises de la honte
Ce n’est pas la première fois qu’un conflit éclate entre les travailleurs et leurs employeurs à Manolada, où se trouvent les champs de fraises de la Grèce. Ni la première fois que nous apprenons que des « entrepreneurs » retiennent des travailleurs immigrés dans des conditions de captivité.
En 2011, un Grec et deux citoyens roumains ont été arrêtés pour appartenance à un réseau de trafic de main-d’œuvre. Selon la direction de la police, ce réseau mafieux soumettait les travailleurs à un régime de violence psychologique intense, notamment par des coups et des tirs de fusils d’intimidation pour les forcer à travailler à la récolte de fraises, sans les payer et en les faisant vivre dans des cabanes de plastique, dans les conditions les plus misérables.
Les travailleurs avaient été capturés, beaucoup d’entre eux, en Roumanie, en leur promettant un contrat de travail et un hébergement, mais quand ils sont arrivés sur place, ils ont découvert qu’ils étaient logés dans des cabanes lamentables et que leur rémunération serait retenue, ils étaient en plus contraints d’acheter leur nourriture à ces mêmes propriétaires des serres, qui leur faisaient payer de grosses sommes d’argent pendant qu’ils leur interdisaient de quitter la zone.
La police a découvert les victimes dans un très mauvais état physique et psychologique et ils ont dû recevoir une assistance du Département de lutte contre la traite des êtres humains.
Nea Manolada : Un camp de travail d’esclave connu par la Commission européenne et le gouvernement grec
En 2011, un rapport de la Commission européenne sur le crime de la traite des êtres humains décrivait déjà la situation de Nea Manolada que l’on peut reprendre brièvement comme suit.
Manolada est une ville de 2.000 habitants (auxquels il faut ajouter 1500 travailleurs étrangers présents plusieurs mois par an) faisant partie de la municipalité de Vouprasia, appartenant à la préfecture d’Ilia, dans l’ouest du Péloponnèse. Un grand nombre d’entreprises agricoles de différentes tailles opèrent dans la région. Leur principale production, est la culture des fraises sous serres, grâce à une utilisation intensive excessive d’engrais et de pesticides. Ces exploitations agricoles sont un exemple d’entreprises qui se sont développées grâce à la main-d’œuvre bon marché, le plus souvent dans des conditions de trafic d’êtres humains.

Le professeur Kasimis qui a mené des recherches dans la zone de Vouprasia, souligne que les entreprises de fraises ont connu une croissance de 60% sur trois ans (données de 2011) en raison de l’exploitation de la main-d’œuvre immigrée. Au cours des dernières années, la production a augmenté au point de couvrir la majorité (90%) du marché grec, bien que la plupart de la production, 70% est exportée. Le volume des ventes a été de 50 millions d’euros que les producteurs avaient l’intention de doubler. Les chiffres attendus pour 2013 sont de 90 millions d’euros.
La plupart des travailleurs sont en situation irrégulière et proviennent principalement de pays asiatiques comme le Pakistan et le Bangladesh, mais il y a aussi des Bulgares, des Roumains et des Albanais. Les immigrants asiatiques qui sont arrivés plus récemment sont les plus vulnérables, car leur régularisation est presque impossible en Grèce ce qui explique que leurs salaires sont inférieurs au salaire minimum et qu’ils vivent dans les pires conditions. Dans les champs, travaillent aussi des mineurs, les enfants des immigrés, qui touchent encore moins, mais travaillent dans les mêmes conditions que les adultes.
Les salaires sont payés sur une base quotidienne, ou à la fin de la saison. Les cas de rétention des salaires sont fréquents ainsi que des cas où les employeurs, à la fin de la saison, évitent de payer les salaires en usant de la menace qu’ils pourraient être dénoncés à la police et expulsés. Connaissant les conditions de vie des camps de détention pour les immigrants illégaux, le pire pour eux n’est pas l’expulsion, mais ce qui les attend « sine die » à l’intérieur et dans les pires conditions d’alimentation et de salubrité, comme cela a été dénoncé en d’innombrables occasions.
La culture des fraises à Nea Manolada se fait avec un usage intensif d’engrais et de produits chimiques et les travailleurs y sont exposés sans les protections nécessaires. Les logements sont également situés à proximité des serres, dans la plupart des cas, il n’y a pas d’installations hygiénique, pas d’eau courante et ce sont souvent des tentes en plastique, avec les dangers d’incendie que cela entraîne, sous une chaleur étouffante. Ajouter à cela que, comme immigrants illégaux, ils n’ont pas droit à l’assistance sanitaire et médicale.
Ces camps ne sont pas seulement un hébergement, il y a aussi une exploitation économique des travailleurs, les employeurs touchent un loyer pour le ‟logement” et les travailleurs, pour satisfaire à tous leurs besoins comme l’achat de nourriture, doivent le faire dans le ‟mini market” du camp. En outre, leurs mouvements sont contrôlés, même pendant leur temps libre. Parmi les dépenses qu’ils doivent faire, il y a aussi le paiement pour leur ‟sécurité”, une mafia qui selon ce qu’ont en ont rapporté des médias, est couramment d’environ 3 € par jour pour leur ‟protection”.
La situation de ces domaines agricoles n’a jamais préoccupé les autorités jusqu’en 2006 où un pompier a dénoncé les faits, en allant éteindre un feu dans des cabanes en plastique, qualifiant la situation de dépotoir humain. Le propriétaire a rasé le camp, effacé les traces et interdit à la presse de prendre des photos.
En 2007, en réponse aux dénonciations des pompiers et de la police locale, un accord a été conclu pour améliorer les conditions de logement des travailleurs, mais comme le souligne le rapport, il n’a pas été discuté des conditions de travail.
En 2008, un reportage du Sunday Eleftherotypia sous le titre « L’or rouge : un goût sucré aux racines amères », a relaté la vie des immigrants et a donné des détails des conditions de vie et de travail des immigrés qui peuvent être qualifiée comme de véritables situations de traites de travailleurs migrants.
L’affaire est allée devant le parlement et on a alors vu que les inspections à ce jour n’avaient servi à rien, parce que les caciques maffieux (difficile de les appeler autrement), avaient réussi à cacher les travailleurs lors des inspections et que les entrepreneurs qui ont eu des sanctions, ou bien ne les avaient pas payées, ou bien que les charges retenues n’ont eu aucune conséquence judiciaire. Sauf dans quelques cas précis sur des points secondaires.
En avril 2008, environ 1.500 travailleurs se sont mis en grève pour une augmentation de salaire et le paiement des salaires en retard. Ils se sont organisés seuls dans le camp pour mener cette action et se sont réunis sur la place du village. Le Parti communiste a exprimé sa solidarité avec eux dans le village. La nuit, des ‟défenseurs” des entrepreneurs ont attaqués les syndicalistes les rendant responsables de la révolte. Les immigrants ont également été attaqués dans leur logement, ont subi de nouveau des tirs en l’air d’intimidation et ont trouvé refuge dans le siège du Parti communiste, où ils ont passé la nuit.
La police est intervenue pour arrêter les immigrés et bien que des syndicalistes et des journalistes ont été attaqués par ceux qui représentent les employeurs, la police n’a arrêté aucun d’entre eux. Pour les journalistes, il est important de noter qu’ils ont également été menacés de mort s’ils relataient ce qui se passait dans la région, selon le reportage.

Après trois jours de grève, ils sont parvenus à un accord, également grâce à l’intervention du défenseur du peuple [ombudsman] qui a exprimé la présence de sérieux indices de traite des êtres humains dans la zone, parmi lesquels se distinguent les éléments suivants :
La situation n’a pas changé, les autorités locales disent qu’ils sont incapables de contrôler la situation et la zone est interdite à la presse par les menaces et les attaques qu’elle a reçues.
En août 2012, un travailleur migrant Egyptien de 30 ans a eu la tête coincée dans la fenêtre d’une voiture par plusieurs Grecs qui l’ont trainé sur un kilomètre. Ils voulaient le « discipliner ».
Des similitudes avec la mafia de Rosarno en Calabre (Italie)
En 2010, lorsqu’il y eut des émeutes d’ immigrés à Rosarno [1], en Calabre, exploités dans l’agriculture par la mafia, Miltos Pavlou, directeur de l’Observatoire national sur le racisme et la xénophobie (ENOSI-KEMO/i-RED) avait signalé des similitudes avec la situation à Nea Manolada, sur quelques points tels que :
La violence en Calabre a été bien pire et quelque 1.000 travailleurs africains ont dû être évacués suite à la ‟chasse” aux immigrants qui a éclaté dans la ville calabraise et qui a provoqué 67 blessés. Mais, à Neo Manolada, il y a des rapports sur la poursuite des violences contre les immigrés.
À l’été 2009, ils ont attaché un immigrant derrière une moto et l’ont traîné dans les rues de Manolada parce que, selon les auteurs, il avait tenté de voler des moutons. On sait maintenant que l’un des agresseurs d’hier était l’un de ceux qui participèrent à cette agression brutale d’alors, pour laquelle, évidemment, il en est sorti impuni.
Après les attaques contre les journalistes par ces ‟bandes” qui travaillent pour les propriétaires et les interventions de la police en leur faveur lors de la dernière grève, le manque de sanctions administratives pour les contrevenants, les attaques contre les travailleurs, les syndicalistes, etc., il ne semble pas que la comparaison soit exagérée.
Deux ans après les évènements de Rosarno, malgré les améliorations et les promesses institutionnelles, comme à Nea Manolada, tout continue comme avant. Alors que le gouvernement grec tient un discours clairement xénophobes – « Les immigrants sont la pire invasion subie par la Grèce depuis les Doriens » –, qu’il lance de vastes opérations de police indiscriminées d’arrestations massives de migrants dans les rues, qu’il enferme les immigrés dans de telles conditions que même des tribunaux ont jugé que l’évasion de ces camps de détention n’est pas un délit parce que dans ces centres la vie est en danger. Cela, tout en consentant à la présence des immigrants (beaucoup d’entre eux sont amenés en Europe par les mafias) à condition qu’ils soient exploités dans un régime d’esclavage et qu’ils soient rentables pour le développement agricole de la région.
Ils ne peuvent pas dire qu’ils ne savaient pas. La Commission européenne le sait également et n’a rien exigé. Par contre, l’Union européenne a envoyé 100 fonctionnaires à Athènes pour contrôler les comptes [de l’Etat], mais pas un seul au cours de ces années pour mettre fin à ce fléau honteux et humiliant qu’est l’esclavage et la traite des personnes dans l’Union européenne, Prix Nobel de la Paix.
Fraises de sang
La réaction d’indignation en Grèce ne s’est pas fait attendre, surtout parce que l’histoire vient de loin. Dans les réseaux sociaux a démarré une campagne active pour ne pas acheter les ‟fraise ensanglantées” et plus particulièrement celles du producteur de la ‟respectable” famille Vangelatos qui est le principal fournisseur des grandes surfaces en Grèce (dont Carrefour, Lidl, Sklavenitis, Metro …), mais aussi qui exporte 35% de ses produits principalement vers la Russie et d’autres pays européens, dont l’Allemagne, la Suisse.
La Vangelatos SA est aussi un membre éminent du Marché Central d’Athènes et fait partie de son Association des marchands de fruits et légumes.

Esclavage en Europe
Manolada en Grèce, Rosarno et Venosa en Italie (les « esclaves de la tomate »), les régions d’Almeria et de Jaén en Espagne (El Ejido, les « esclave de la salade » et des légumes sous serre), les cas de quasi-esclavage se multiplient en Europe.
Mais pas seulement dans les exploitations agricoles. Deux exemples récents.
Les travailleurs du nettoyage du Parc Olympique de Londres lors des derniers JO, étaient hébergés dans un camp temporaire de baraquements qui prennent l’eau, à 10 par chambre, à 25 par toilette sale, à 75 par douche sale… qu’ils devaient payer 18£ (21 euros) par jour. Ça ressemblait à un bidonville ont déclaré ces jeunes travailleurs rencontrés par une journaliste du Daily Mail (15 juillet 2012). Pour accepter le job, ces travailleurs temporaires étrangers, souvent étudiants, venant d’Espagne, de Hongrie, d’autres pays d’Europe du Sud ou de l’Est…ont dus signer sur place un engagement à ne pas communiquer avec la presse, ni de recevoir de la famille ou des visites. Le bagne dans la boue, la crasse, la promiscuité dans des taudis.
Il y a quelques semaines, le journal The Independent (14 février 2013) révélait, suite à un reportage de la chaîne de TV allemande ARD, que la société Amazon Germany avait embauché des gardes armés habillés comme (et dirigés par) des néo-nazis (la compagnie HESS Security) afin de contrôler de près ses 5000 travailleurs immigrés temporaires travaillant dans ses centres de logistique (emballage, conditionnement, chargement des camions…), notamment à Bad Hersfeld, Constance et Augsbourg. Une surveillance qui s’étendait aussi à leurs logements, en stationnant dans la rue en bas de chez eux, dans les couloirs des immeubles, en pénétrant dans leurs chambres (auberges, hôtels bas de gamme). Ces travailleurs ont été embauchés dans leur pays par Internet à un salaire déjà bas, pour des périodes de quelques mois. Arrivés sur place, ils apprennent qu’ils sont payés en dessous, à peine plus qu’un « mini-job » (500 ou 600 euros après les retenues). La plupart restent… quand ils ne sont pas virés sur des prétextes.
En Grèce, un certain nombre d’organisations antiracistes, sociales, de lutte, ont appelé d’ores et déjà à mettre le 1er mai prochain sous le signe de la solidarité avec les immigrés, avec ceux qui luttent dans les camps de détention comme avec ceux qui se retrouvent réduits à l’esclavage moderne de cette Europe du XXIème siècle et qui, malgré tout, tentent de résister.
Le 18 avril 2013
Notes
[1] Voir Rosarno : L’alibi du racisme et de la ‘Ndrangheta, Courant Alternatif n° 199, mars 2010.
(Sources : Oke@News, Todos somos griegos, bloodstrawberries.tumblr.com, tmponline.org…)
Depuis la rédaction de cet article, les trois contremaitres ont été arrêtés, ainsi que deux de leur complice qui les ont hébergés à leurs domiciles.
Sept travailleurs blessés sont encore hospitalisés dont un serait dans un état grave.
Après les appels au boycott des fraises, des grandes surfaces, notamment la chaîne de supermarchés AB Vassilopoulos, ont annoncé ce vendredi qu’elles cessaient de commercialiser les fruits de l’exploitant agricole.
On apprend que les travailleurs réclamaient 750 euros pour 6 mois, c’est-à-dire qu’ils devaient être payés 125 euros par mois, soit 5 euros par jour. Ce qui rejoint ce qu’avait rapporté la journaliste Dina Daskalopoulos dans son enquête où un travailleur, Jamal, disait que le salaire au départ était de 22 euros par jour, auquel lui était retiré le loyer, les achat obligatoires des produits alimentaires et d’hygiène à l’employeur qui possède le mini-marché de l’exploitation, les paiements d’une dette envers les trafiquants et plusieurs autres charges de « protection » qui lui laissent au final son véritable salaire net de 5 euros.
« On nous a dit d’aller dans l’après-midi pour nous faire payer. Nous sommes 200 personnes et on nous devait au cours des six derniers mois un total de 150.000 euros », a déclaré « Patrice », un des blessés à un journaliste.
Le ministre de l’Intérieur (« de Protection du Citoyen », sans rire) a annoncé ce vendredi que les travailleurs ne seraient pas expulsés en dépit de leur situation irrégulière. Il envisagerait même d’accorder un permis de séjour temporaire aux « victimes » de l’agression criminelle « pour raisons humanitaires ».
Le propriétaire, arrêté le soir même des faits, serait tombé malade et hospitalisé.
(le 19 avril)

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Un article (en anglais) de la journaliste Dina Daskalopoulos qui avait fait le reportage dans Eleftherotypia.Blood strawberries
Un employé de Veolia Eau à Avignon a été licencié début avril pour avoir refusé depuis 2006 de couper l’eau aux domiciles de personnes qu’il estimait défavorisées mais que la direction considérait comme de mauvais payeurs.
L’homme, âgé de 48 ans et employé depuis 20 ans à Veolia eau, a reçu une lettre de licenciement datée du 4 avril 2013, motivée par son «refus de mettre en oeuvre les fermetures de branchements faisant suite au non-paiement de facture».
Depuis 2006, l’employé refusait de procéder aux coupures du compteur d’eau de familles qui ne s’acquittaient plus de leurs factures et qu’il jugeait défavorisées.
«Psychologiquement, il se refusait à couper l’eau, il préférait négocier avec les familles, récupérait des chèques et leur conseillait de voir avec Veolia» pour épurer leurs dettes, selon le secrétaire général de la CGT du Vaucluse, Thierry Lapoirie.
Selon le responsable syndical, environ un millier de familles auraient été concernées par ces coupures non effectuées entre 2006 et 2013.
Ces «coupures concernent des personnes mauvais payeurs», et non des foyers en difficultés, a précisé le responsable Véolia pour le secteur Gard-Lozère-Alpes-Provence, Bruno Challoin.
«Les personnes défavorisées relèvent des services sociaux (qui) prennent en charge tout ou partie» des factures impayées comme le prévoit la loi, a-t-il ajouté.
Depuis 2006, le salarié récalcitrant avait fait l’objet de plusieurs rappels de consigne, et des entretiens de conciliation avec la direction avaient été organisés.
«Sur sa fiche de poste, il y a cette mission (de coupure de branchements) et nous sommes une société avec des règles, on ne choisit pas les tâches qu’on a envie d’effectuer», a indiqué M. Challoin.
Ses refus de couper l’approvisionnement en eau nuisaient à l’organisation du travail, selon Veolia, et d’autres agents devaient procéder aux coupures non effectuées.
Le salarié licencié a décidé d’engager une procédure devant le conseil des prud’hommes.