Grèce : Le goût de la rage populaire

Voici à quoi ressemble la rage du peuple grec : les hommes politiques interpellés, bousculés, pris à partie au restaurant, au café et dans la rue

Dans la presse officielle grecque, le dernier marronnier en date est de détailler les difficultés auxquelles sont confrontés les politiciens au moment de se risquer à apparaître en public. Reconnu dans un restaurant, l’ex-Premier ministre Karamanlis a été interpellé par une femme en ces termes : « Honte à toi, tout ce que tu sais faire, c’est bouffer. » Il y a quelques semaines l’ancien président du Parlement Apostolos Kaklamanis a dû se réfugier dans les toilettes d’un café pour fuir les « félicitations » de la foule à propos des menées de son parti.

Leur presse est dorénavant truffée d’anecdotes dans ce goût-là : là c’est le ministre de l’Économie en second forcé de s’enfuir d’une plage à Athènes ; ici c’est le ministre de la Marine dont la puissance d’antan doit affronter chaque jour les horions d’une bande de gamins sur son île de résidence (Kos). C’est l’invective constante qu’a rencontré l’ex-ministre des Finances Giorgos Alogoskoufis lors de sa récente visite londonienne. C’est la maison d’Akis Tsohatzopoulos – autrefois puissante figure du PASOK social-démocrate – devenue un véritable monument du mécontentement, sa façade recouverte de messages de haine. C’est aussi Giorgos Voulgarakis, pris à partie dans un café à Kolonaki – quartier de la classe moyenne supérieure - : « Où est l’argent ? » C’est le klaxon désapprobateur des automobilistes devant le Parlement. La police a dû resserrer les mesures de protection des hommes politiques et leur conseiller de se déplacer désormais dans de petites voitures banalisées plutôt que dans les limousines et les SUVs dont ils raffolent.

La liste paraît sans fin. Bien sûr, il est difficile de dire comment tout cela va se traduire concrètement ; ce ne sont que les tout premiers jours de la Grèce sous le joug du FMI. Mais une chose est sûre : Nous avons la rage !

Traduit de l’anglais (After The Greek Riots) à l’arrache par le Jura libertaire, 24 mai 2010.

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