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Crevons les yeux de l’Etat : un fichier de reconnaissance faciale bientôt créé

Un fichier de reconnaissance faciale bientôt créé

Figaro, 11/08/2011 à 11:24

Il permettra, grâce à l’utilisation des images de vidéosurveillance, d’identifier les suspects grâce à leur visage. Ce fichier policier s’ajoutera à ceux des empreintes digitales et génétiques.

Imaginez une scène à la Minority Report, ce film américain d’anticipation avec Tom Cruise. Les caméras de police seraient capables d’identifier un suspect au passage d’un portique, des ordinateurs comparant, en un éclair, l’image de son visage saisie sur le vif avec celles contenues dans le grand fichier des personnes photographiées lors de leurs gardes à vue, par exemple. Et les yeux électroniques ne le lâcheraient plus, jusqu’à son interpellation.

Vous croyez ce monde réservé aux scénaristes de Hollywood ? Au ministère de l’Intérieur, il est déjà en préparation. Et ce sont les autorités elles-mêmes qui le disent. « Il faut améliorer la police technique et scientifique et l’on se dirige vers la création d’un troisième fichier de reconnaissance faciale, qui pourrait servir à l’exploitation des données de vidéosurveillance », a déclaré, le 22 juin dernier, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, lors d’une audition à huis clos devant la commission des finances de l’Assemblée nationale.

Validation par l’enquêteur

Les deux autres fichiers auxquels il fait implicitement référence sont le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) et le fichier national d’analyse des empreintes génétiques (FNAEG). Deux bases de données qui firent débat, en leur temps, avant d’entrer dans les mœurs judiciaires, tant leur apport s’est révélé décisif pour élucider les crimes et délits. Ce « troisième fichier » donc, sorte de « fichier photographique national », devrait émerger dans quelques mois. Il serait conçu comme une application complémentaire, intégrée au futur système de traitement des procédures judiciaires (TPJ), autrefois baptisé « Ariane », qui doit voir le jour en 2012, en fusionnant les fichiers judiciaires antécédents les plus utilisés par la police et la gendarmerie, Stic et Judex. Derrière ces acronymes se joue l’efficacité des enquêtes, c’est-à-dire la capacité des forces de l’ordre à mettre un nom sur un fait. Quitte à identifier l’auteur désormais par sa photo.

Contactée par Le Figaro, la DGPN apporte toutefois cette précision sémantique : « On ne parlera sans doute pas de reconnaissance faciale, mais plutôt de comparaison physionomique. » Pourquoi ? Parce ce que l’ordinateur ne livrera pas sur un plateau un suspect et un seul. Comme pour l’exploitation des empreintes digitales, il procédera par comparaison de points caractéristiques du visage (distance entre le nez, les yeux, les oreilles…), proposant in fine une liste de possibles suspects classés selon un ordre de pertinence.

Photographier autrement

Tel individu déjà photographié en garde à vue aura tel pourcentage de points communs avec la personne faisant l’objet d’un contrôle. Le sujet suivant dans la liste aura un rang inférieur en raison de son taux de similitude moins élevé. « Mais c’est l’enquêteur qui toujours validera », assure un haut gradé de la gendarmerie, elle aussi intéressée par cette technologie.

Demain, pour enrichir leur superfichier photographique, la police et la gendarmerie vont sans doute changer leur façon de photographier les gardés à vue. Pour faciliter les comparaisons avec les images prises d’en haut par les caméras de surveillance, on demandera au suspect auditionné de se laisser photographier par un appareil placé en hauteur et non plus seulement de face et de profil.

La séance photo pourra même se faire en mouvement, pour une reconstitution du visage en 3D, qui limite les risques d’erreur. Faut-il avoir peur de la reconnaissance faciale ? Elle est déjà entrée dans la vie des internautes. Une telle fonction est désormais intégrée à Facebook pour identifier ses « amis ».

Par ailleurs, une partie de la police américaine devrait être équipée d’une application iPhone permettant d’identifier un suspect par comparaison photo instantanée, au gré de ses patrouilles. La police tricolore n’en demande pas tant. Mais elle aimerait, au moins, comme le dit un commissaire, « avoir accès aux mêmes technologies que le simple citoyen ».

Une technologie strictement encadrée

Avant même de songer à faire de la reconnaissance faciale en temps réel, les autorités peuvent déjà exploiter les milliers d’heures de vidéos annexées à leurs dossiers non élucidés. Toutes ces images où l’on voit parfois distinctement des voyous frapper, voler, violer. Elles seront d’autant plus fréquentes que les caméras vont se multiplier en ville : l’installation d’un millier d’entre elles est ainsi prévue sur la voie publique à Paris d’ici à 2012 ainsi qu’à Marseille.

Ces voyous anonymes ont peut-être déjà été identifiés lors d’une garde à vue antérieure. Leur photo peut alors figurer dans le fichier Canonge, qui contient les traditionnels clichés de face et de profil que l’on présente aux victimes pour les aider à reconnaître leur agresseur. Jusqu’alors, pour s’en assurer, il fallait réaliser une requête manuelle, selon des critères subjectifs (taille apparente, type morpho-ethnique, couleur de peau, de cheveux, etc.), en puisant dans le fichier Canonge. Or, celui-ci se composant d’une multitude d’albums photos numériques mis à jour au niveau local et non reliés entre eux au plan national, l’opération revient parfois à chercher une aiguille dans une meule de foin. Mais en brassant tous ces éléments photographiques avec de puissants ordinateurs, la recherche passerait du stade artisanal à la puissance de calcul industrielle. Et selon des critères plus scientifiques. Le secret de cette méthode est en effet mathématique. Le visage est cartographié, puis transformé en algorithme. Ce qui lui donne, en quelque sorte, une signature, que l’on peut donc comparer à celles des autres visages contenus dans le grand fichier photographique de la police.

Trois sociétés en concurrence

Bien sûr, les résultats obtenus peuvent être altérés par une mauvaise prise de vue, une ombre, un défaut de lumière. La personne peut aussi avoir grossi, s’être grimée ou avoir un jumeau… Mais les autorités assurent que des logiciels performants corrigent désormais ces défauts.

Ils recomposent le visage en partie caché, par un chapeau, par exemple, et se concentrent sur les points distinctifs exploitables. Trois sociétés notamment ont proposé des solutions au ministère de l’Intérieur : Morpho, spécialiste des traitements d’images de masse ; Cognitec, passée maître dans les outils visant à détecter les fraudes documentaires ; et la petite entreprise Facing it, dont les logiciels se font fort de reconnaître un intrus « blacklisté » qui se présenterait à un accès ou dans un couloir. La Place Beauvau n’a pas encore arrêté ses choix. Et elle devra se plier aux recommandations de la Cnil, qu’elle vient de saisir du dossier.

En tout état de cause, la méthode devra être strictement encadrée, sans jamais déresponsabiliser l’enquêteur. « Pour la reconnaissance en temps réel d’images vidéo, les marges d’erreur sont encore importantes », avoue un policier.

Détecter un Ben Laden dans une foule n’est pas chose aisée. Mais dans un aéroport, canalisé dans un sas, le public observé échappera plus difficilement au regard inquisiteur des caméras de vidéosurveillance.

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