Contre toute autorité…

Contre toute autorité... arton1463-e7ce1


…Feu à volonté !

C’est la zermi couzin

Pas le temps de vivre, plus la force après des heures de taff à part
pour allumer la télé, se lamenter autour de quelques verres de mauvais
alcool, d’antidépresseur ou de Subutex, une petite prière et au lit.
Sept heures de sommeil nerveux avant de recommencer la même journée de
merde jour après jour, tout ça pour un peu de fric qui passera du porte
monnaie du patron à celui du propriétaire, d’un commerçant quelconque
aux caisses de l’Etat. Facile de tomber dans la dépression, facile de
lâcher prise, d’accepter son sort et de se dire que rien ne vaut le
coup, d’abandonner tout espoir d’autre chose, de ne plus se
soucier, face à sa propre misère, du sort des autres. En quelque sorte,
chacun sa merde. Hors de ma famille, de ma communauté, de mon clan, pas
d’empathie, aucune solidarité. Au point où on en est, tant que le fric
circule et qu’on peut en grappiller quelques miettes (allocs, petits
business, minimas sociaux…) pourquoi penser au reste ? On peut aussi
se créer l’illusion que la vie n’est pas si sinistre en se réfugiant
dans le peu de satisfaction et de confort que la société veut bien nous
laisser en échange de la paix sociale. De toute façon, avec deux mille
ans d’esclavage derrière nous, pt’être bien que l’humain est fait pour
vivre en cage, maître ou esclave.

Comme une caricature de ce que nous vivons tous un peu, par-ci par-là.

Poudrière

Vous vous dites peut-être que tout n’est pas si sombre, misérable et
dépeuplé d’envie, ce n’est pas faux. Parfois des étincelles viennent
mettre le feu à la poudrière pour prouver que ce monde n’est pas qu’un
vaste cimetière peuplé de zombies. En Angleterre, il y a quelques
semaines, c’est un torrent de révolte qui a ravagé les métropoles bien
lisses et conformes. Il y a peu en France, et régulièrement encore, la
rage rentrée du quotidien éclate à la gueule des patrons et de leurs
flics avec pleine force. Clichy-sous-bois, Villiers-le-bel… La haine
et la joie qui cohabitent dans un sursaut de vie. Récemment encore, ce
sont les commissariats, les palais de justice, les préfectures, les
prisons, les supermarchés qui ont cramé en Tunisie, Égypte, Syrie,
Libye… et certainement pas pour les remplacer par des outils
d’oppressions plus démocratiques.

Tout le temps éclatent des révoltes, dans les prisons, les écoles,
les ateliers, les familles. Ici, un homme qui refuse les ordres de son
patron ou de son sergent, là une femme qui place un boulon dans une
chaîne de montage, ailleurs un enfant qui ne veut plus écouter ses profs
ou un détenu qui refuse de réintégrer sa cellule.

Qui sont les idéologues ?

Ces révoltes, et même les révoltes en général, n’ont pas bonne
presse. Alors on les rejette ou on les récupère. On tente de jeter le
discrédit sur les émeutiers en les traitant de fous-furieux, de
casseurs, de bandes, de gangs, de terroristes, manipulés par des
idéologues. La révolte ne serait qu’une maladie ou un danger à traiter.
On tente en même temps de jeter le discrédit sur les soulèvements en
leur prêtant des intentions qu’ils n’ont pas : affrontements
inter-communautaires, caractère ethnique, remplacement de dictateur etc.
Ou alors on les récupère en y apposant sa propre idéologie : on dira
que les révoltes au Maghreb cherchaient à instaurer des démocraties
capitalistes calquées sur les modèles occidentaux, on dira que les
émeutiers de novembre 2005 luttaient pour obtenir des CDI, on dira que
les révoltes dans les pays placés sous tutelle du FMI ont pour but de
redresser la barre économique du pays pour un capitalisme à visage
humain. On récupère alors les indignés de la place Tahrir ou de
n’importe quel autre endroit pour mieux rejeter les insurgés qui à côté
refusent de tendre l’autre joue et rendent coup pour coup. On tente de
placer des porte-paroles respectables : jeune diplômé, étudiant
charismatique, avocat des droits de l’homme, politicien en exil,
bourgeois philanthrope, mais tout cela n’est que piaillerie de
journalistes et de politiciens.

Nous ne sommes pas bien intelligents, et pourtant. Pourtant, nous
savons que tout est bien plus simple que cela. Plus que des
constructions idéologiques, c’est le cœur qui nous dicte de briser cette
paix, en dépit de notre petit confort. Il y a une logique implacable
dans le fait de rendre les coups, de ne pas se laisser faire, de se
révolter. Un réflexe vital, comme le chien qui mord la main du maître
qui le bat avant de se demander s’il y a plus à perdre à la mordre qu’à
se laisser battre.

Ce qu’il y a de plus sensé dans un monde insupportable c’est
justement de ne pas le supporter ; et ce qu’il devrait y avoir de plus
partagé entre nous, au-delà de cette misère commune, c’est bien la
révolte contre cette misère, et la liberté qu’elle laisse entrevoir par
les moyens utilisés et par les désirs qu’elle porte.

Ayons l’audace d’en finir avec ce monde, pour ne pas faire comme ceux
qui sont morts de cette vie, persuadés que le courage consistait à la
tolérer plutôt que de la défier.

La rébellion c’est la noblesse des esclaves.

Un peu de bon sens…

[Tract distribué à Paris, aout 2011.]

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