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Archives pour juillet 2012

Communiqué du 19 juillet 2012

Ce 19 juillet, la CNT-AIT organisait, en hommage à la Révolution espagnole, un dépôt de gerbe devant la stèle de Francisco PONZAN, militant de la CNT assassiné en 1944 par les nazis (jardin Compans-Cafarrelli).

Après que les militants se soient retirés, un groupe (qui, par la suite, s’est revendiqué ouvertement du nazisme) a arraché la gerbe et s’est présenté avec elle au local de la CNT-AIT, tentant d’y pénétrer, jetant des œufs sur l’assistance, proférant des menaces de mort et agressant physiquement les personnes les plus proches.

Comme à son habitude, la CNT-AIT a répondu avec tact et mesure et n’a pas porté plainte. La réunion a repris ensuite dans le calme.

                                                                                                                                                                                                                                                                                          CNT-AIT

 

Toulouse, le 19 juillet 2012 – 21 h

Communiqué a-national

L’action directe ne donne que du bon” !

Le 05 juillet, la chaîne de cosmétiques bio Holland & Barret annonçait la fin de son utilisation du workfare. Et ce après des mois d’action directe (piquets, appel au boycott) organisés par nos compagnes et compagnons anarchosyndicalistes de la Solidarity Federation, section Britannique de l’AIT. Cette victoire est essentielle non seulement pour la classe ouvrière britannique, mais pour toutes et tous les anarchosyndicalistes. Elle prouve que nos idées et pratiques sont bien plus efficaces que toute autre forme de syndicalisme, fut-elle alternative.

La CNT-AIT f, par ce communiqué, tient à féliciter nos compagnes-ons de la SolFed pour cette importante victoire, démontrant une fois de plus que seule l’action directe, co-ordonnée et autonome permet de riposter efficacement. Bien évidemment, l’austérité continue. D’autres chaînes utilisent le workfare, et les actions continueront. A notre échelle, pour montrer que le capitalisme est international, nous relaierons les futures luttes menée par nos compagnes-ons contre l’austérité.

Vive la SolFed, vive l’AIT !

Solidarity Forever ! Austerity up yours !

Pour l’anarchosyndicalisme !

Direct Action gets the good !”

On the 5th of July, the organic produces corporation Holland & Barret announced the end of its use of the workfare schemes. This came out after months of direct actions (picket lines, boycott calls) organised by our anarcho-syndicalist comrades from Solidarity Federation, the IWA British Section. This victory is fundamental not only for the British working class, but also for all anarcho-syndicalists. It proves that our ideas and practices are much more efficient that any other form of unionism, even an “alternative” one.

Through this press release, CNT-AIT f wants to congratulate our SolFed comrades for this important victory, showing once again that only co-ordinated and autonomous direct action permits to fight back effectively. Austerity, of course, goes on. Other companies use workfare schemes, and so actions will continue. On our scale, to show that capitalism has no borders, we will popularize the future struggles led by our comrades against austerity plans.

Long live SolFed, long live the IWA !

Solidarity Forever ! Austerity up yours !

For anarcho-syndicalism !

France, 07th of July 2012

Une situation révolutionnaire ?

Dans la vie des sociétés, il est des époques où la Révolution devient une impérieuse nécessité, où elle s’impose d’une manière absolue. Des idées nouvelles germent de partout, elles cherchent à se faire jour, à trouver une application dans la vie, mais elles se heurtent continuellement à la force d’inertie de ceux qui ont intérêt à maintenir l’ancien régime, elles étouffent dans l’atmosphère suffocante des anciens préjugés et des traditions. Les idées reçues sur la constitution des Etats, sur les lois d’équilibre social, sur les relations politiques et économiques des citoyens entre eux, ne tiennent plus devant la critique sévère qui les sape chaque jour, à chaque occasion, dans le salon comme dans le cabaret, dans les ouvrages du philosophe comme dans la conversation quotidienne. Les institutions politiques, économiques et sociales tombent en ruine ; édifice devenu inhabitable, il gêne, il empêche le développement des germes qui se produisent dans ses murs lézardés et naissent autour de lui.

Un besoin de vie nouvelle se fait sentir. Le code de moralité établi, celui qui gouverne la plupart des hommes dans leur vie quotidienne ne paraît plus suffisant. On s’aperçoit que telle chose, considérée auparavant comme équitable, n’est qu’une criante injustice : la moralité d’hier est reconnue aujourd’hui comme étant d’une immoralité révoltante. Le conflit entre les idées nouvelles et les vieilles traditions éclate dans toutes les classes de la société, dans tous les milieux, jusque dans le sein de la famille. Le fils entre en lutte avec son père : il trouve révoltant ce que son père trouvait tout naturel durant toute sa vie ; la fille se révolte contre les principes que sa mère lui transmettait comme le fruit d’une longue expérience. La conscience populaire s’insurge chaque jour contre les scandales qui se produisent au sein de la classe des privilégiés et des oisifs, contre les crimes qui se commettent au nom du droit du plus fort, ou pour maintenir les privilèges. Ceux qui veulent le triomphe de la justice ; ceux qui veulent mettre en pratique les idées nouvelles, sont bien forcés de reconnaître que la réalisation de leurs idées généreuses, humanitaires, régénératrices, ne peut avoir lieu dans la société, telle qu’elle est constituée : ils comprennent la nécessité d’une tourmente révolutionnaire qui balaie toute cette moisissure, vivifie de son souffle les coeurs engourdis et apporte à l’humanité le dévouement, l’abnégation, l’héroïsme, sans lesquels une société s’avilit, se dégrade, se décompose. La machine gouvernementale, chargée de maintenir l’ordre existant, fonctionne encore. Mais, à chaque tour de ses rouages détraqués, elle se butte et s’arrête. Son fonctionnement devient de plus en plus difficile, et le mécontentement excité par ses défauts, va toujours croissant. Chaque jour fait surgir de nouvelles exigences. « Réformez ceci, réformez cela ! » crie-t-on de tous côtés. « Guerre, finance, impôts, tribunaux, police, tout est à remanier, à réorganiser, à établir sur de nouvelles bases. » disent les réformateurs. Et cependant, tous comprennent qu’il est impossible de refaire, de remanier quoi que ce soit, puisque tout se tient ; tout serait à refaire à la fois ; et comment refaire, lorsque la société est divisée en deux camps ouvertement hostiles ? Satisfaire les mécontents, serait en créer de nouveaux.

Incapables de se lancer dans la voie des réformes, puisque ce serait s’engager dans la Révolution ; en même temps, trop impuissants pour se jeter avec franchise dans la réaction, les gouvernements s’appliquent aux demi-mesures, qui peuvent ne satisfaire personne et ne font que susciter de nouveaux mécontentements. Les médiocrités qui se chargent à ces époques transitoires de mener la barque gouvernementale, ne songent plus d’ailleurs qu’à une seule chose : s’enrichir, en prévision de la débâcle prochaine. Attaqués de tous côtés, ils se défendent maladroitement, ils louvoient, ils font sottise sur sottise, et ils réussissent bientôt à trancher la dernière corde de salut ; ils noient le prestige gouvernemental dans le ridicule de leur incapacité. A ces époques, la Révolution s’impose. Elle devient une nécessité sociale ; la situation est une situation révolutionnaire.

 

Et l’auteur est Pierre Kropotkine, parution en 1914…

COMMÉMORATION DE LA RÉVOLUTION LIBERTAIRE ESPAGNOLE DU 19 JUILLET 1936

JEUDI 19 JUILLET 2012 A TOULOUSE

17 heures 30 – Prise de parole devant la stèle Francisco Ponzan, Militant anarchosyndicaliste, résistant assassiné par les nazis.

Allée F. Ponzan Vidal dans le Jardin Compans-Cafarelli (au centre du jardin, à une cinquantaine de mètres du Bd Lascrosses)

18 heures 30 – au 7 rue St Rémésy, projection débat :

Les luttes sociales en Espagne hier et aujourd’hui : La révolte des mineurs de 1934 à ce jour.

Point sur la situation.

Suivi d’un verre de l’amitié.

Faites un roi de votre enfant intérieur

Faites un roi de votre enfant intérieur arton2067

Ils disent « enfant-roi » comme si c’était une mauvaise chose. Comme si nous ne méritions pas la pleine souveraineté de notre être. Comme si nous devions nous contenter d’être des enfants-contribuables, des enfants-électeurs ou des enfants-larbins. Comme si nous devions nous contenter des miettes que la société laisse tomber dans notre écuelle.


Dans une monarchie, le monarque veut régner sur une foule de gens, et même sur tous. Voilà pourquoi la nuit, dans mes rêves, je suis l’impératrice de l’univers, la souveraine tyrannique de mon monde intérieur. Mais une fois éveillée, puisque ce que je veux, c’est l’anarchie, je me pince et prends conscience que suis une anarque ; je règne sur moi-même, et gare à quiconque tentera de corseter mes désirs.

Pour les libéraux, ces quidams médiocres qui n’ont que le mot « liberté » en bouche et le salissent de leur salive purulente, l’individu est un être plat, sans qualités singulières. Équivalent à tous les autres individus, il est radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. On peut le classer dans l’une ou l’autre des catégories sociales définies par le pouvoir et s’attendre raisonnablement à ce qu’il joue le rôle qu’on lui a assigné. L’individu bourgeois n’a de valeur que dans la mesure où il devient une abstraction – et comment fait-on pour caresser une abstraction jusqu’à l’orgasme ?

Pour les anars, l’individu, loin de voir son existence définie par un modèle unique parce que général, à côté d’individus semblables à lui, affirme au contraire vigoureusement sa singularité, son unicité. Cette singularité absolue de l’anarque implique ainsi tous les autres comme faisant partie intégrante de la sphère du singulier, de son propre. Pourquoi ? Parce que la singularité mène à des combinaisons infinies de rapports incessants et imprévisibles, se composant, se décomposant et se recomposant, en devenant toujours plus intimes et plus complexes, et en créant ainsi des subjectivités collectives tout aussi singulières et éphémères que les individus qui les composent. Nous sommes des êtres nés du chaos et rien ne saura étancher notre soif d’aller au bout de nous-mêmes, de nous réapproprier notre vie et de nous consumer dans les flammes de notre désir.

L’individualisme anarchiste mène à l’association, à la rivalité créative, au potlatch et à l’orgie. L’individualisme libéral, celui de l’homme de la masse soumis au marché et aux diktats des majorités démocratiques, mène à l’atomisation, au nihilisme, à l’aliénation des volontés et à l’horreur banale et quotidienne qu’on désigne sous le nom de société.

Quand j’étais petite, je rêvais de devenir princesse. Maintenant que je suis grande, je sais que j’en suis une depuis le début et je m’efforce chaque jour de le devenir un peu plus. Ce qu’il y a de plus beau, c’est que toutes mes compagnes et compagnons d’aventure en sont aussi ; c’est avec ces individus solaires et souverains que nous incendieront le monde.

Repris du blog d’Anne Archet.

Negrisme & Tute bianche : une contre-révolution de gauche

Pourquoi publier une brochure autour des théories d’Antonio Negri , de sa branche activiste en Italie (les Tute bianche devenues Disobbedienti après Gênes en juillet 2001) et de ses acolytes français ? L’auteur d’Empire est peu connu ici, bien que certains de ses concepts comme précisément l’Empire ou le revenu garanti se répandent de plus en plus. Le fait est que ce vieux routier des cénacles universitaires élabore actuellement, avec tous ses disciples, ses associés et ses propagateurs, le programme de gauche du capital en proposant un kit alternatif à la subversion des plus instructifs puisqu’il nous parle à la fois des craintes de la domination et des réformes contre-révolutionnaires susceptibles d’endiguer une révolte qui parviendrait à se faire contagieuse, avant qu’il ne soit trop tard.


Si nous n’avons pas l’illusion de penser que des théories puissent influencer unilatéralement des mouvements, nous pensons par contre que celles de Negri correspondent aux intérêts de la domination, c’est-à-dire redonner une stabilité à cet “Empire menacé de partout”. A travers de nouvelles médiations (le pouvoir constituant et ses porte-paroles médiatiques), un contrôle social plus raffiné (revenu garanti et nouvelles technologies), des réformes économiques (un nouveau New Deal) et politiques (une “démocratie européenne”, de “nouveaux droits universels de citoyenneté”), les negristes tentent en effet de forger, malgré leur usage abscons du langage, de nouveaux outils préventifs pour garantir l’ordre social.

Les textes de cette brochure ont tous été écrits par des compagnons italiens et publiés soit directement là-bas, soit comme notes destinées à préciser la feinte radicalité dont les negristes sont parfois porteurs au-delà des Alpes : le “portrait craché” de Negri a été rédigé à l’occasion de la publication de la traduction de Barbari (livre italien qui analyse, critique et répond à Empire) aux Etats-Unis, où ses années de prison conféraient une aura au personnage, et l’article sur les pratiques des Tute bianche lors d’une manifestation à Rome a été écrit pour un journal parisien de précaires, au moment où ces bouffons en blanc -véritables balances para-institutionnelles- jouissaient d’une réputation de radicaux, notamment forgée par le réseau antifasciste libertoïde No Pasaran [1]. Nous avons simplement rajouté à ces différents textes un recueil de citations de negristes français extraites de publications qui se sont implantées ici dans les bonnes bibliothèques universitaires et dans les poches des partisans du prêt-à-penser qui fait intelligent.
S’il reste tout un travail bien plus complet à mener sur toutes les conséquences pratiques du negrisme en Italie (dont la diffusion de la dissociation politique, le rôle de pacification sociale dans les villes à travers les centres sociaux, de constitution d’une base électorale pour une gauche italienne en faillite, d’auxiliaires de police lors des manifestations), revenons à présent sur les épigones français du théoricien de Padoue.

Comme en Italie, où les negristes sont issus politiquement des groupes de l’Autonomie ouvrière de la fin des années 70 [2], une partie des negristes français était déjà active à la même époque dans la sphère de l’autonomie parisienne.
Si on suit par exemple le fil rouge de la revendication pour “un revenu minimum garanti”, un Laurent Guilloteau (aujourd’hui activiste à AC !, dans la coordination Ile-de-France des intermittents du spectacle et membre du comité de rédaction de Multitudes) ou un Yann Moulier-Boutang (aujourd’hui aux Verts, professeur à sciences-po et directeur de publication de Multitudes) militaient déjà ensemble dans les premiers collectifs de chômeurs en 1978-79 [3] avant de promouvoir le revenu garanti au sein de la revue CASH (1984-1989) puis du Collectif d’agitation pour un revenu garanti optimal (CARGO, né en 1994, aujourd’hui dissous) avant de participer à la rédaction de dossiers sur ce thème dans Vacarme, Chimères ou Multitudes. C’est donc un travail de longue haleine qui a été entrepris pour le promouvoir, à la fois théorique en épuisant tous les arguments possibles -jusqu’à défendre la relance de la consommation [4]- et pratique, en s’investissant dans les luttes de chômeurs -jusqu’à signer un appel pour un revenu garanti stipulant que chaque bénéficiaire devrait s’engager à ne pas refuser plus de deux offres d’emploi (CASH) ou infiltrant AC ! à Paris par un activisme néo-léniniste forcené (CARGO)-.
Finalement, cette longue marche des petits soldats du néo-keynésianisme et du contrôle accru de l’Etat a abouti à placer de petites louches de revenu garanti chez …une partie de la mouvance libertaire organisée [5], toujours en quête de “mesures concrètes” à défendre à défaut de se fondre dans les révoltes subversives, ou chez les Verts, avant d’être réapproprié par une multitude jusqu’alors bien ingrate. Car c’est surtout la reprise du slogan “un revenu c’est du dû” par une partie du mouvement des chômeurs et précaires de fin 1997 qui fut leur plus grand succès, en terme de visibilité du moins (l’occupation de l’école Normale Supérieure le 14 janvier 1998 qui a débouché sur la première Assemblée de Jussieu le 19 janvier s’était de même faite sous les auspices d’une grande banderole rivée à la toiture proclamant “chômeurs précaires travailleurs étudiants / assemblée des luttes / revenu garanti pour tous”), parce que malgré leurs appels répétés à la gauche, ils n’ont toujours pas été entendus. Le gouvernement Jospin avait réglé la question en 1998 à coups de matraques et de miettes, mais il n’est pas dit que le réservoir d’alternatives que constituent les negristes reste toujours ainsi inemployé. La “dialectique avec les institutions” peut parfois prendre un peu plus de temps que prévu avant le retour de balancier.

Mais les braves promoteurs de la multitude ne perdent pas tout et poussent l’abnégation jusqu’à expérimenter la formule, puisque l’Etat, bon prince, veut bien parfois leur garantir un revenu. Certains forment par exemple les cadres de demain : Yann Moulier-Boutang est professeur d’économie à l’université de Compiègne et à sciences-politiques Paris, quand il n’est pas intervenant à l’ENA dans un “séminaire portant sur les mouvements sociaux et le terrorisme” (1985), à l’école d’architecture de Versailles (1993) et l’école supérieure des beaux-arts de Bourges (2000), ou consultant pour le Bureau International du Travail (1981-82), la CEE (1986) ou l’OCDE (1993-94). Pour ses recherches, il a été sous contrat des ministères des Affaires Etrangères, des Affaires Sociales, du ministère de l’Industrie et celui de l’Equipement [6]. Pour compléter ceci et certainement accélérer le mouvement du capital qui n’entend rien aux réformes que les negristes lui suggèrent si aimablement, il a été consultant pour la Commission de modernisation de la Confédération des Entreprises Marocaines et intervenant à leur journée du 11 décembre 1997 portant sur le “management de l’entreprise marocaine, réalités et défis”. Plus récemment (2004), il s’est rendu à une réunion du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), syndicat patronal, qui l’avait invité afin de “réagir à leur thème de rapport qui porte sur l’homme fluide”.

Un autre exemple est celui d’Anne Querrien, membre du comité de rédaction de Multitudes et de Chimères, et qui non contente d’être membre de la CFDT, est également sociologue-urbaniste à l’université et rédactrice-en-chef des Annales de la Recherche Urbaine, éditée par le ministère de l’Equipement.
Ce genre de parcours de conseiller du prince et collaborateur officiel des patrons ou de l’Etat trouve son modèle chez le maître lui-même, puisque les affres de l’exil en France entre 1983 et 1997 ont été adoucis pour Negri par des séminaires dispensés à l’Ecole Normale Supérieure, dans les universités de Paris VII et VIII ou au Collège International de philosophie, parallèlement à un travail de recherches sociologiques pour le compte de différents ministères et institutions. Depuis sa mise en semi-liberté en 1999 et la sortie d’Empire en 2000, il a publié pas moins de quatre livres en français et enseigne à nouveau à Paris, cette fois à la Sorbonne : le séminaire 2004-2005 a pour objet la “Transformation du travail, du pouvoir (s) et crise de la comptabilité nationale et d’entreprise”. Enfin, sa pièce de théâtre, Essaim, sera jouée en juin 2005 au théâtre de la Colline à Paris. On comprend dès lors mieux leur concept analytique à la base de la revendication pour un “salaire social garanti”, le “travail immatériel” qui veut que le capital nous exploite à plein temps même lorsqu’on ne lui est pas directement soumis comme salarié : tout le temps qu’ils ne passent pas à servir directement l’Etat comme fonctionnaires de la domination est tout de même employé à la consolider.

Tous ces efforts sont ensuite régulièrement récompensés, puisque le n°15 de leur revue Multitudes sur l’Art a reçu une subvention de la direction régionale des affaires culturelles (Drac) du ministère de la culture qui pourrait même être doublée “sur un numéro hors série qui pourrait être consacré à l’architecture et aux médias” (compte-rendu de l’assemblée générale de l’association Multitudes du 17 janvier 2004) et que “Yann [Moulier-Boutang] fait part d’un projet d’extension-relookage du site pour lequel nous aurions le soutien de la Direction des arts plastiques du Ministère de la culture” (compte-rendu de l’assemblée générale du 24 mars 2004). De même, l’ours de la revue Alice (n°2, hiver 1999), un des ancêtres de Multitudes, annonçait la perception d’une aide de la fondation Nestlé.
On comprend également à présent mieux les notions de “contre-pouvoir” ou de “pouvoir constituant” répandues dans les numéros de Multitudes (créée en mars 2000 et faisant suite à Futur Antérieur, 1989-1998), “partie prenante du réseau mondial autour de Toni Negri et Michael Hardt et de leurs livres : Empire et Multitude” [7] : il s’agit d’être tout contre le pouvoir afin non plus de s’y substituer comme au temps où Negri ne jurait que par Lénine, mais de l’alimenter en réflexions riches sur le mouvement (on a pu par exemple croiser la branche activiste de Multitudes dans les luttes de chômeurs, des intermittents, autour des comités Persichetti ou Battisti), de servir de médiation entre la multitude et les ministères de l’asservissement, de constituer un contre-feu prêt à l’emploi afin d’aider à mater les révoltes non intégrables contre cet “Empire”. En somme, ce sont des auxiliaires entretenus par la répression en cas de besoin, si Gênes vous dit quelque chose.

Certains, plus ingénus sans doute, ont cependant dû s’exposer plus que nécessaire pour mieux co-gérer l’ordre de l’existant. C’est par exemple le cas de Giuseppe Caccia (un des porte-parole des centres sociaux du nord-est d’Italie et élu Vert au conseil municipal de Venise) ou de Yann Moulier-Boutang (directeur de Multitudes et membre de la Commission économique des Verts français). Le Professeur italien qui a théorisé la dissociation hier, lui n’a pas besoin de ces politicailleries-là, il expose directement sa contre-révolution de gauche aux dirigeants de multinationales et chefs d’Etat dans les colonnes de leur magazine, celui du Forum Economique mondial de Davos (WEF) [8] :
« 32. La multitude fournit une deuxième source d’orientation des voix qui protestent contre l’état actuel de guerre et la forme présente de la mondialisation. Ces manifestants dans les rues, aux forums sociaux et dans les ONG présentent non seulement des griefs contre les échecs du système présent, mais encore de nombreuses propositions de réforme allant des propositions institutionnelles à la politique économique.
33. Il est clair que ces mouvements resteront toujours antagoniques aux aristocraties impériales et, de notre point de vue, c’est bien ainsi. Néanmoins, il serait dans l’intérêt des aristocraties de considérer ces mouvements comme des alliés potentiels et une ressource pour formuler la politique globale d’aujourd’hui.
34. Une version des réformes demandées par ces mouvements et quelques moyens d’incorporer la multitude globale comme force active sont indéniablement indispensables pour la production de richesse et la sécurité
 ».

Il n’est dès lors plus besoin de beaucoup en rajouter sur les intentions de ces petits Machiavel qui, lorsqu’ils théorisent pour la multitude lui présentent toutes les dominations et aliénations comme le fruit de ses propres conquêtes (voir “Barbares”, le premier texte de cette brochure), et conseillent aux puissants d’un autre côté de voir en elle des « alliés potentiels » à « incorporer » pour se renforcer. Prônant aux uns la résignation et la défense de l’ordre social puisque le capitalisme contient déjà en lui le communisme et aux autres une meilleure exploitation de cette formidable « ressource », ils se posent -eux- en meilleurs agents de la pacification comme garants de « la production de richesse et la sécurité ».
Alors que ce monde techno-industriel d’exploitation, de domestication et de contrôle est plus que jamais à détruire -avec ses nuisances qui bouleversent jusqu’aux fondements biologiques de nos existences, de la génétique au nucléaire en passant par les pollutions-, en un temps où le pouvoir réclame sans cesse plus de participation individuelle et collective à sa propre servitude volontaire, à l’heure où on n’aurait d’autre liberté que celle de choisir la moins pire manière de crever, le negrisme et ses avatars garantistes, citoyennistes ou collaborationnistes est identifié pour ce qu’il affirme lui-même être : une idéologie qui rassemble des théoriciens de la domination et des flics sociaux dont le destin ne pourra être que celui que les insurgés réserveront à ces esclaves de tous les pouvoirs.

[Introduction de la brochure « Negrisme & Tute bianche : une contre-révolution de gauche » (éd.Mutines Séditions, 36 p., août 2004)]

Notes

[1] Qui a leurré jusqu’aux animateurs du journal Cette Semaine, alors en quête de textes de la mouvance radicale, et qui ont publié un communiqué de “camarades de Milan”, en fait le centre social Leoncavallo et Ya Basta ! (Cette Semaine n°76, jan/fév 1999, p.7).

[2] Pour une analyse détaillée, voir Claudio Albertani, « Toni Negri et la déconcertante trajectoire de l’opéraïsme italien », A contretemps n°13, septembre 2003, pp. 3-18 (chez Fernand Gomez, 55 rue des Prairies, 75020 Paris)

[3] Cité par Moulier-Boutang lors d’une interview in « L’art de la fugue », Vacarme n°8, mai 1999

[4] Yann Moulier-Boutang, « Pour un nouveau New-Deal », paru notamment dans Chimères n°33, printemps 1998 et Alice n°1, automne 1998

[5] Voir par exemple les articles favorables au revenu garanti comme : “Pour un revenu minimum garanti égal au Smic” (couverture de Courant alternatif, journal de l’OCL, n°79, octobre 1988), Christophe Soulié “Le revenu garanti : un autre futur ? » (La Griffe n°11, octobre 1998), d’innombrables articles dans No Pasaran, dont les militants se battent par exemple pour “un revenu décent pour toutes et tous” (No pasaran ,n°53, janvier 1998) ou “un revenu garanti individuel permettant de vivre dans la dignité” (No Pasaran n°64, février 1999).

[6] Informations de la base de données Matisse (Université Paris 1/CNRS)

[7] “Qu’est-ce que Multitudes ?”, autodéfinition sur http://multitudes.samizdat.net/

[8] Antonio Negri et Michael Hardt, Why we need a multilateral Magna Carta [Pourquoi nous avons besoin d’une “Grande Charte” multilatérale], Global agenda, 2004, http://www.globalagendamagazine.com…

Pris sur Non-Fides

Cajamarca (Pérou) : quelques détails sur la lutte contre l’extraction d’or

lundi 9 juillet 2012

Cette semaine, la police a assassiné 5 personnes lors des manifestations contre la mine de Yanacocha, dans les provinces de Celendin et Bambamarca, situées dans la région de Cajamarca, au nord du Pérou.


Depuis un an, les paysannes et les paysans, avec les habitants de la ville de Cajamarca et des alentours, luttent contre le projet aurifère « Conga » de la compagnie minière Yanacocha, propriété des entreprises Newmont Mining Corporation (Canada), Compañía de Minas Buenaventura (Perou) et de la Corporazione Finanziaria Internazionale (IFC). Le projet Conga prévoit l’extraction d’or de deux lacs de la zone des Andes de Cajamarca, et la destruction de deux autres lacs qui seront utilisés comme dépôts de déchets. Ces quatre lacs constituent la source des principaux fleuves de la zone.

Depuis un mois, une grève illmitée, une période de protestations et de surveillance permanente des lacs ont été décrétés dans la région de Cajamarca, pour empêcher le démarrage des travaux de la compagnie. L’Etat péruvien a bien sûr toujours montré sa soumission à Yanacocha, et envoyé la police et les militaires à plusieurs reprises pour réprimer les protestations. Les habitants de la région, et surtout des provinces qui seront touchées directement par le projet ne se sont pas laissés intimider et ont continué leur lutte. Le 1er mai à Celendín, un contingent de la police nationale a été chassé de la ville par les manifestants.

Le 3 juillet, la police y est revenue avec l’ordre de tirer à vue contre des manifestants qui tentaient d’attaquer la mairie pour destituer le maire qui avait soutenu le projet Conga et au président Ollanta Humala. La violente répression a provoqué la mort de trois personnes, José Silva Sánchez (35 ans), Eleuterio García Díaz (40 ans) et C.M.A âgé de 17 ans, et provoqué plus de 30 blessés. Selon la presse locale, deux policiers ont été blessés par armes à feu utilisées par des manifestants. L’état d’urgence a été déclaré pendant 30 jours dans les provinces de Celendin, Huangayoc et Cajamarca (suspension des libertés individuelles, de réunion, de circulation et de l’inviolabilité du domicile), garantissant à la police toute marge de manœuvre nécessaire pour continuer son sale boulot. Malgré cela, les manifestations ont continué le 5 juillet dans toute la région, et la police a assassiné un autre manifestant à Bambamarca.

Cajamarca (Pérou) : quelques détails sur la lutte contre l’extraction d’or 8-19 7-22 6-29-da4bf 5-33 4-44-79877 3-59 2-85 Repris des Brèves du Désordre.



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