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Charlie Hebdo, les « musulmans » (1) et la liberté d’expression : faux débats et vraies questions

« Si on insulte Mahomet, c’est comme si on insulte ma mère. » (Un audi­teur, lors d’un débat sur Radio Tropic FM, le 20 sep­tem­bre 2012.)

Tout a com­mencé par les extraits d’une vidéo imbé­cile postée sur le Net. Puis l’inter­ven­tion d’un heb­do­ma­daire sati­ri­que français, “Charlie Hebdo”, qui s’est tou­jours caractérisé par son mau­vais goût, son machisme reven­di­qué, sa gros­sièreté censée être comi­que et popu­laire, et sa ten­dance à faire d’une cer­taine forme dou­teuse d’anti­ra­cisme son fonds de com­merce.

“ Charlie Hebdo ” : « un des rares exem­ples de la presse libre en France » (?)

Cet anti­ra­cisme fran­chouillard a une par­ti­cu­la­rité : il véhi­cule tous les préjugés racis­tes ou antisé­mites sous prét­exte de s’atta­quer aux… racis­tes. Cette posi­tion rend son humour le plus sou­vent par­fai­te­ment accep­ta­ble à des gens d’extrême droite. Un exem­ple : la cou­ver­ture du der­nier “Charlie Hebdo” représ­entait un juif tra­di­tio­na­liste por­tant un grand cha­peau et pous­sant une chaise rou­lante dans laquelle était assis un musul­man (ou Mahomet ?), avec pour sous-titre « Intouchables 2 » titre d’un film français qui a rem­porté un grand succès popu­laire. Une lec­ture au pre­mier degré incite le lec­teur à penser que les juifs et les musul­mans seraient exemptés de toute cri­ti­que en France, ce qui évid­emment sous-entend :

– que les catho­li­ques (reli­gion ultra­ma­jo­ri­taire et cultu­rel­le­ment domi­nante en France) seraient, EUX, beau­coup plus tolérants face au blas­phème que les par­ti­sans des deux autres reli­gions du Livre,

– que les juifs et les Juifs français, même s’ils sont ultra­mi­no­ri­tai­res, for­me­raient un « lobby » puis­sant (ce fut d’ailleurs la réflexion sui­vante de l’audi­teur cité en exer­gue),

– et enfin que les « musul­mans » feraient régner la ter­reur en France par leur ter­ro­risme intel­lec­tuel, leurs mena­ces phy­si­ques, voire par leurs atten­tats. En réalité, “Charlie Hebdo” n’a fait que sauter sur l’occa­sion offerte par la dif­fu­sion de “L’inno­cence des musul­mans” pour ren­for­cer la « cri­ti­que » qui tend à prés­enter TOUS les musul­mans comme des fana­ti­ques ou des poseurs de bombes en puis­sance.

Il y a une quin­zaine d’années, le jour­nal “Charlie Hebdo” était considéré par la gauche alter­mon­dia­liste, comme l’un des rares exem­ples de la « presse libre » (dixit à l’époque Serge Halimi, direc­teur du men­suel de la gauche alter­mon­dia­liste Le Monde diplo­ma­ti­que). Quand cet heb­do­ma­daire passa sous la direc­tion d’un ex-comi­que et auteur de café-théâtre (Philippe Val), devenu phi­lo­so­phe de cour (… côté comp­toir) proche de Sarkozy, évid­emment les mili­tants de gauche et d’extrême gauche trouvèrent que cette publi­ca­tion n’était plus fréqu­en­table.

Et ce d’autant plus qu’une fémin­iste réf­orm­iste, Caroline Fourest, y cri­ti­quait toutes les reli­gions, tous les intégr­ismes, y com­pris donc l’intégr­isme musul­man, mais aus­si­Ta­riq Ramadan, icône de l’alter­mon­dia­lisme et d’une partie de l’extrême gauche.

Les plai­san­te­ries antisé­mites du des­si­na­teur Siné (qui n’en était pour­tant pas à son coup d’essai) ont permis à un faux débat de s’ins­tau­rer entre les par­ti­sans de Siné (censés être à gauche et à l’extrême gauche) et les par­ti­sans de Philippe Val, ou les lec­teurs de “Charlie Hebdo”, censés être tous sar­ko­zys­tes et « isla­mo­pho­bes » . Les termes du débat étaient tru­qués puisqu’aucun des deux camps ne s’oppo­sait vrai­ment À LA FOIS à l’antisé­mit­isme (2) (y com­pris sous sa forme anti­sio­niste réacti­onn­aire) et au racisme anti-Arabes, fusse-t-il camou­flé sous les habits de la cri­ti­que de l’Islam. Finalement, Siné fut licen­cié de “Charlie Hebdo” et créa son propre men­suel sati­ri­que, Val alla diri­ger une radio publi­que, où il s’illus­tra aus­sitôt en licen­ciant deux comi­ques anti­sar­ko­zys­tes (Didier Porte et Stephane Guillon), et “Charlie Hebdo” conti­nua ses com­men­tai­res vaseux sur toute sorte de sujets.

Il est évident que la sortie d’un nou­veau numéro de “Charlie Hebdo” consa­cré à des cari­ca­tu­res de Mahomet et des musul­mans (le pré­cédent numéro lui avait valu un atten­tat, la pro­tec­tion de la police et des procès pour « isla­mo­pho­bie ») avait pour prin­ci­pal objec­tif de créer le buzz et de faire vendre cet heb­do­ma­daire en pro­fi­tant du climat créé par les réactions face à la dif­fu­sion de “L’inno­cence des musul­mans”. La « liberté d’expres­sion » n’a rien à voir avec cette pro­vo­ca­tion.

De plus, depuis quel­ques années, en France comme en Europe, on sait que l’extrême droite cache ses idées racis­tes et fas­ci­san­tes sous le dra­peau com­mode de la déf­ense de la liberté d’expres­sion, la dén­onc­iation de la « dic­ta­ture du poli­ti­que­ment cor­rect », de la « bien-pen­sance », etc. Donc il faut faire atten­tion à cette mar­chan­dise fre­latée que devient sou­vent la liberté d’expres­sion entre cer­tai­nes mains.

En même temps, un nombre minus­cule de musul­mans sont tombés dans le piège en vou­lant orga­ni­ser des mani­fes­ta­tions, aus­sitôt inter­di­tes par le pou­voir socia­liste. De son côté, Marine Le Pen, la nou­velle chef du Front natio­nal, en a pro­fité pour réc­lamer l’inter­dic­tion des hijabs et des kippas dans les rues.

Faux débats et diver­sions

Bref, un nou­veau faux débat a été lancé par les médias, ampli­fié par les radios et les médias com­mu­nau­tai­res, où chacun est sommé de pren­dre parti : soit pour les « musul­mans » toutes orien­ta­tions confon­dues (musul­mans dont les représ­entants offi­ciels ont d’ailleurs appelé à igno­rer la pro­vo­ca­tion et à ne pas mani­fes­ter, consi­gne bien res­pectée jusqu’ici), soit pour “Charlie Hebdo” censé être le prin­ci­pal porte-parole de l’isla­mo­pho­bie de gauche.

Il y a pour­tant plét­hore de sujets plus impor­tants en ce moment que de dis­cu­ter de l’oppor­tu­nité de publier des cari­ca­tu­res d’un pro­phète-guer­rier mort il y a 15 siècles. La vague des licen­cie­ments col­lec­tifs, la montée du chômage, le manque de pro­fes­seurs dans les écoles, la répr­ession contre les sans-papiers, les contrôles au faciès, le fli­cage de tous ceux qui reç­oivent des aides socia­les, l’aug­men­ta­tion de la pro­duc­ti­vité et des acci­dents du tra­vail, l’accrois­se­ment des sui­ci­des liés à dég­ra­dation des condi­tions de tra­vail, le harcè­lement mené par les chefs et les patrons, etc., tous ces sujets méri­teraient des cen­tai­nes d’arti­cles, des dizai­nes d’émissions de radio et de télé­vision, et des mil­liers de débats.

Mais les médias pré­fèrent orga­ni­ser des faux débats avec des intel­lec­tuels confus, isla­mo­phi­les ou isla­mo­pho­bes, pra­ti­que­ment jamais athées ou ratio­na­lis­tes, ou avec leurs audi­teurs pour dis­cu­ter gra­ve­ment du seul sujet qui les intér­esse : la liberté d’expres­sion.

C’est quoi exac­te­ment, la « liberté d’expres­sion » ?

Les propos de l’audi­teur dont la cita­tion com­mence cet arti­cle, et bien d’autres com­men­tai­res sur Internet, tém­oignent par­fai­te­ment de la confu­sion idéo­lo­gique actuelle. Les insul­tes per­son­nel­les contre les indi­vi­dus relèvent pour le moment de la jus­tice bour­geoise. C’est aux per­son­nes insultées à porter plainte si elles s’esti­ment dif­famées. Et il existe tout un arse­nal juri­di­que à cet effet. Inutile d’en rajou­ter.

On peut éga­lement enga­ger une solu­tion expé­di­tive, comme sem­blait le suggérer cet audi­teur (en clair, aller casser la figure à celui qui a insulté votre mère ou votre reli­gion) mais est-ce vrai­ment la meilleure des solu­tions ?

On pour­rait enfin ima­gi­ner, dans une autre société, qu’il existe dans les quar­tiers, les écoles, ou les entre­pri­ses, des assem­blées géné­rales, des comités d’habi­tants ou de tra­vailleurs, pour régler ce genre de différend, sans passer par des juges et des avo­cats… Mais cela sup­po­se­rait que les par­ti­ci­pants accep­tent de régler leurs différe­nds en se sou­met­tant à une solu­tion col­lec­tive, non vio­lente.

La liberté d’expres­sion, contrai­re­ment à ce que croit l’audi­teur de Tropic FM cité en intro­duc­tion, n’a rien à voir avec une tri­viale insulte indi­vi­duelle. La liberté d’expres­sion dépend d’un ensem­ble fra­gile de droits col­lec­tifs qui tou­chent tous les médias, du simple tract à l’émission de télé­vision, en pas­sant par le jour­nal ou le livre, mais aussi le droit de mani­fes­ter et de s’orga­ni­ser. Droits col­lec­tifs qui ont été imposés par des déc­ennies de lutte, notam­ment des tra­vailleurs.

Cette liberté d’expres­sion est réd­uite à la por­tion congrue dans le monde occi­den­tal, non du fait des mani­fes­ta­tions de quel­ques intégr­istes musul­mans ou en raison de quel­ques atten­tats isla­mis­tes, mais à cause du pou­voir tout-puis­sant de l’argent des capi­ta­lis­tes. Les magnats de la banque, de la finance ou de l’indus­trie qui contrôlent les médias ne pra­ti­quent la liberté d’expres­sion qu’à dose extrê­mement réd­uite. Et la parole des tra­vailleurs, des chômeurs, des exploités ne s’y fait jamais enten­dre, ou alors elle est fil­trée par des jour­na­lis­tes qui ménagent soi­gneu­se­ment les intérêts de leurs maîtres.

La liberté d’expres­sion… vue de gauche

Ce n’est d’ailleurs guère mieux dans les partis dits de gauche ou dans les grands syn­di­cats.

On sait par­fai­te­ment com­ment le Parti com­mu­niste français a dif­famé, dénoncé aux flics et aux patrons, cassé la figure, ou envoyé à l’hôpital les mili­tants trots­kys­tes ou anar­chis­tes pen­dant des déc­ennies. Quand il ne les assas­si­nait pas, comme ce fut le cas de mili­tants révo­luti­onn­aires sous l’Occupation, ou pen­dant la Guerre d’Espagne. Sans parler des crimes du sta­li­nisme, des Goulags russes et chi­nois, dis­si­mulés puis niés par le PCF, puis jamais expli­qués séri­eu­sement par ce parti dit « com­mu­niste ».

On sait que le Parti socia­liste français ne donne du pou­voir et la parole qu’à des indi­vi­dus issus de la petite-bour­geoi­sie et de la bour­geoi­sie, comme cela se reflète dans les médias qui lui sont liés, dans la com­po­si­tion sociale de ses députés, sénateurs et minis­tres, dans sa mise en place actuelle d’une poli­ti­que d’austérité, dans sa conti­nua­tion de la poli­ti­que anti-immi­grés menée sous le gou­ver­ne­ment pré­cédent, son sou­tien aux forces de police et aux inter­ven­tions de l’armée franç­aise à l’étr­anger, etc.

On sait que les syn­di­cats musèlent la parole et la liberté d’action des tra­vailleurs hos­ti­les à leurs bureau­cra­ties, quand ils ne les excluent pas, pure­ment et sim­ple­ment.

On sait aussi com­ment le grou­pus­cule des Indigènes de la République dont quel­ques intel­lec­tuels (Said Bouamama, Pierre Tevanian) dits d’extrême gauche et anti-impér­ial­istes, plus réc­emment, ont empêché Caroline Fourest, fémin­iste laïque, anti­ra­ciste et démoc­rate réf­orm­iste, de s’expri­mer et de cri­ti­quer le Front natio­nal à la fête de l’Humanité le 16 sep­tem­bre 2012, et ce au nom de… l’anti­fas­cisme et de la lutte contre l’isla­mo­pho­bie ima­gi­naire de cette fémin­iste (pour se convain­cre du caractère fan­tai­siste de ces accu­sa­tions, il suffit de lire l’ouvrage de Fourest contre Marine Le Pen, et le livre-dia­lo­gue entre Taslima Nasreen et Caroline Fourest, où celle-ci est beau­coup plus modérée et gen­tille que Nasreen vis-à-vis de l’islam !).

Donc méfions-nous aussi, à gauche ou à l’extrême gauche, de tous ceux qui veu­lent, au sein du mou­ve­ment ouvrier, des syn­di­cats, ou dans la rue, impo­ser leurs idées à coups de matra­ques, ou de poing, chaque fois que cela leur convient. Ou de ceux qui prét­endent déf­endre la liberté d’expres­sion, alors qu’ils sont inca­pa­bles de la pra­ti­quer dans leurs pro­pres orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les et poli­ti­ques et dans leurs publi­ca­tions.

À propos des cari­ca­tu­res parues dans “Charlie Hebdo”, cer­tains « musul­mans » ultra­mi­no­ri­tai­res veu­lent à la fois avoir le droit d’expri­mer dans la rue leur indi­gna­tion contre ce jour­nal et aussi celui de pro­tes­ter contre “L’inno­cence des musul­mans”. Le gou­ver­ne­ment français a inter­dit plu­sieurs mani­fes­ta­tions à ce sujet, et les quel­ques ras­sem­ble­ments qui ont été orga­nisés ont été des échecs reten­tis­sants (de un à 150 mani­fes­tants, selon les villes), mon­trant que l’immense majo­rité des « musul­mans » en France ne sont pas tombés dans le piège, même s’ils ont pu se sentir offensés par la culpa­bi­li­sa­tion col­lec­tive per­ma­nente dont ils sont vic­ti­mes.

En tant que par­ti­san de la liberté d’expres­sion, je ne vois pas pour­quoi je devrais sou­te­nir les décisions d’inter­dic­tion de ces mani­fes­ta­tions par l’Etat français (pas plus d’ailleurs que les inter­dic­tions du port du hijab ou du niqab dans l’espace public, même si ce sont les musul­mans les plus réacti­onn­aires qui prônent cet uni­forme pour les femmes). Elles doi­vent pou­voir se dér­ouler, sans être inter­di­tes, quoi qu’on pense de leur contenu poli­ti­que ou reli­gieux dou­teux ou dét­es­table. Et les mili­tants qui y sont opposés devraient avoir eux aussi le droit de contre-mani­fes­ter (il est d’ailleurs symp­to­ma­ti­que que le seul des 150 mani­fes­tants « musul­mans » condamnés à une peine de prison après la manif du 15 sep­tem­bre ait expli­qué qu’il por­tait une matra­que téles­co­pique pour se déf­endre des… Juifs. Exemple typi­que de l’antisé­mit­isme délirant qui puise à la fois dans l’anti­ju­daïsme du Coran, l’antisé­mit­isme fas­ciste et l’anti­sio­nisme d’extrême droite.).

Blasphème et pseudo laïcité gau­loise

Par contre, en tant que ratio­na­liste athée, je ne vois aucune raison de sou­te­nir ceux qui veu­lent intro­duire en France une loi contre le blas­phème, ou limi­ter la liberté d’expres­sion en ce qui concerne la cri­ti­que de toutes les reli­gions, y com­pris l’islam.

On sait que à la fois l’Organisation de la Conférence isla­mi­que (qui regroupe quand même 57 Etats), les Etats-Unis et la Commission des droits de l’homme de l’ONU vou­draient que soient adoptées en France des lois contre le blas­phème. C’est d’ailleurs aussi la posi­tion de Dalil Boubakeur, rec­teur de la mos­quée de Paris, et de l’UOIF (proche des Frères musul­mans) qui pré­side le Conseil français du culte musul­man. On sait que l’Etat français est régul­ièrement cri­ti­qué parce qu’il exis­te­rait des lois anti­re­li­gieu­ses trop dures, « isla­mo­pho­bes » et que la puis­sante secte de l’Eglise de scien­to­lo­gie serait persécutée en France.

L’Etat français se sert de la laïcité quand cela l’arrange pour des ques­tions de poli­ti­que intéri­eure ; mais il finance les reli­gions catho­li­que, pro­tes­tante, juive et musul­mane, dans plu­sieurs dép­ar­tements français ; il finance la for­ma­tion des imams à l’Institut catho­li­que de Paris (à raison de 4500 euros par étudiant) et met des ter­rains à la dis­po­si­tion des mos­quées grâce à des bails emphytéo­tiques de 99 ans pour 1 euro (pas vrai­ment un prix « isla­mo­phobe » !) ; il assure l’entre­tien matériel des églises catho­li­ques, et il finance l’ensei­gne­ment privé (à 90 % confes­sion­nel) sur tout le ter­ri­toire dit natio­nal. Nous n’avons aucune raison de sou­te­nir l’Etat français dans toutes ces manœuvres mais nous devons aussi nous oppo­ser à tous ceux (catho­li­ques, pro­tes­tants ou musul­mans) qui vou­draient impo­ser des lois limi­tant la cri­ti­que des reli­gions, sous prét­exte qu’elles offen­se­raient les croyants, Dieu ou les pro­phètes.

Vrais enne­mis et faux amis des « musul­mans »

De même, sans sou­te­nir un jour­nal comme “Charlie Hebdo” qui cher­che à faire parler de lui, à n’importe quel prix, je ne vois aucune raison de sou­te­nir ceux qui veu­lent y mettre le feu, mena­cer phy­si­que­ment ses des­si­na­teurs ou ses jour­na­lis­tes, ou le faire condam­ner par la jus­tice bour­geoise à cause de ses blas­phèmes de mau­vais goût.

Parallèlement, il faut aussi dén­oncer tous ceux, y com­pris à gauche, qui se ser­vent de la cri­ti­que d’une seule reli­gion (l’islam) tout en res­tant muets ou très dis­crets sur les autres cultes, pour faire passer pour pro­gres­siste leur racisme anti-Arabes, ou leur sou­tien aux inter­ven­tions néo­co­lon­iales franç­aises, europé­ennes ou amé­ric­aines, en Afrique, en Libye ou en Afghanistan.

Nous devons dén­oncer l’Iran qui tente de récupérer l’ini­tia­tive qu’elle a perdue depuis qu’en Tunisie et en Egypte des dic­ta­teurs ont été ren­versés par les peu­ples, ou sont for­te­ment contestés. Iran où une fon­da­tion du régime a aus­sitôt pro­fité de la dif­fu­sion de “L’inno­cence des musul­mans” pour aug­men­ter la prime des­tinée à assas­si­ner l’écrivain Salman Rushdie.

Nous devons dén­oncer aussi la ten­ta­tive du FN de s’invi­ter dans ce débat afin d’atti­ser la haine contre les Arabes, qu’ils soient musul­mans ou pas, et contre les Juifs et les juifs, vieux fonds de com­merce du Front natio­nal. Enfin, nous devons dén­oncer la ten­ta­tive de diver­sion évid­ente que représ­ente tout ce tin­ta­marre méd­ia­tique à propos de ces deux non-évé­nements.

On remar­quera que plu­sieurs grou­pes fas­ci­sants (dont l’Œuvre franç­aise et les Jeunesses natio­na­lis­tes) orga­ni­sent une « des­cente » en cars sur Paris et un « grand ras­sem­ble­ment natio­na­liste » le 29 sep­tem­bre 2012, mais que les médias s’en désint­éressent tota­le­ment. Pourtant les thèmes du mee­ting du 28 puis de la manif du 29 devraient aler­ter tous ces ardents déf­enseurs de la liberté d’expres­sion : « Mobilisation géné­rale de tous les Français non reniés, de tous les patrio­tes et natio­na­lis­tes. Après la rév­olte des sou­chiens à Lyon, les Français en marche sur la capi­tale ! Contre les zones de non-droit, contre la poli­ti­que anti­na­tio­nale des pou­voirs publics, contre le racisme anti-Blancs : Maîtres chez nous ! Contre l’immi­gra­tion-inva­sion, contre nos gou­ver­ne­ments sti­pen­diés par les intérêts amé­ri­cano-sio­nis­tes et euro-mon­dia­lis­tes, contre la pré­fér­ence étrangère : le combat pour rendre la France aux Français et rede­ve­nir maîtres chez nous conti­nue ! »

Voilà un éch­an­tilon signi­fi­ca­tif de la xénop­hobie, du racisme, de l’antisé­mit­isme et de l’anti­sio­nisme fas­ci­sants, idéo­logies qui fleu­ris­sent sur Internet à chaque minute.

Les iden­tités natio­na­les, cultu­rel­les et reli­gieu­ses font l’objet d’une pro­mo­tion exubér­ante par les Etats, les Eglises et tous les déma­gogues popu­lis­tes et fas­ci­sants. Ce n’est pas parce que les tra­vailleurs « musul­mans » sont en butte à une pro­pa­gande par­ti­cu­liè­rement hai­neuse, qu’ils doi­vent perdre leur indép­end­ance d’esprit, et leur esprit cri­ti­que. Ils ont le choix : soit ils s’allient à leurs exploi­teurs et leurs diri­geants déma­gogues qui se réc­lament bruyam­ment de la même foi qu’eux, soit ils dém­asquent toutes les uti­li­sa­tions poli­ti­ques de leurs croyan­ces.

Quant aux athées et aux non-croyants ils doi­vent aussi se dém­arquer radi­ca­le­ment de tous les cou­rants de gauche ou de droite, popu­lis­tes, fas­cis­tes ou fas­ci­sants qui se réc­lament de l’héri­tage des Lumières ou des droits de l’homme pour mieux cacher leurs pro­jets réacti­onn­aires ou obs­cu­ran­tis­tes !

Y.C., Ni patrie ni fron­tières, 23 sep­tem­bre 2012

1. Le terme « musul­mans » est mis entre guille­mets dans cet arti­cle, car la presse, les démog­raphes, les socio­lo­gues et nombre de mili­tants de gauche, d’extrême gauche ou alter­mon­dia­lis­tes col­lent géné­ra­lement l’étiqu­ette reli­gieuse de « musul­man » à toute per­sonne qui vient d’un pays où l’islam est reli­gion d’Etat, ou dont les famil­les sont pra­ti­quan­tes, voire sim­ple­ment à celles qui por­tent un nom « arabe ».Comme s’il n’exis­tait pas d’athées ou d’agnos­ti­ques parmi ces dits « musul­mans »…

2. D’ailleurs, dans le numéro de “Charlie Hebdo” du 19 sep­tem­bre, l’étoile jaune collée sur le postérieur d’un indi­vidu nu en posi­tion du mis­sion­naire (et/ou en train de prier) avec pour sous-titre « Une étoile est née » laisse penser que Siné pour­rait reve­nir poin­ter sans pro­blème chez ses anciens collègues « anti­ra­cis­tes ». Son « humour » antisé­mite est décidément conta­gieux…

1 commentaire à “Charlie Hebdo, les « musulmans » (1) et la liberté d’expression : faux débats et vraies questions”


  1. 0 nanar 2 oct 2012 à 10:17

    Article inutile, rien à foutre de Charlie hebdo qui a fait cette « une » pour faire du tirage et duchiffre donc aussi capitaliste et du sensationnel type les torchons « pipolles »

    Répondre

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