Fascisme/antifascisme

Le fascisme est une dictature qui s’appuie sur une doctrine de réconciliation des classes au service de la Nation, articulant une organisation corporatiste et verticale des travailleurs à un Etat militarisé tout puissant. Il professe un anticapitalisme qui n’est que façade puisqu’en réalité il est toujours parvenu au pouvoir avec l’aide et l’aval du grand capital et d’une grande partie de la bourgeoisie, comme D. Guérin l’a parfaitement démontré dans Fascisme et grand capital (1). Le fascisme est donc une forme particulière de l’Etat, un mode de gestion du rapport entre les citoyens et cet Etat qui peut, parfois, s’appuyer sur une théorie des races. Mais c’est une forme délimitée dans l’Histoire, une forme particulière de totalitarisme adaptée à un certain développement de l’économie. Le racisme, quant à lui, parcourt l’histoire des relations humaines à travers de multiples formes d’organisation sociale. Autrement dit, un Etat fasciste peut être, en plus, raciste, mais toute société raciste n’est pas obligatoirement fasciste.

La cause historique du fascisme a été, dans les années 30, la crise du capitalisme, l’absence de dynamique révolutionnaire, l’effondrement de l’ancien mouvement ouvrier et la montée d’une nouvelle révolution industrielle non maîtrisée par le libéralisme. Appelé de ses vœux par un capitalisme en crise et menacé, il est très souvent parvenu au pouvoir de la manière la plus légale qui soit, c’est-à-dire grâce au vote des parlementaires (Rappelons-nous qu’en France même, les pleins pouvoirs furent votés à Pétain par la quasi totalité des députés, y compris socialistes !) Cela veut dire que non seulement la démocratie parlementaire n’est pas un rempart contre le fascisme mais encore que ces deux formes de gestion de l’Etat qui se plaisent à s’opposer l’une à l’autre ont en fait en commun de servir au mieux de ses intérêts le Capital. Lorsque l’alternative était entre révolution sociale et fascisme, la social- démocratie, chantre du système parlementaire, a toujours préféré combattre la révolution au risque avéré de faire triompher le fascisme (cf. l’Allemagne au début des années 20 et l’Espagne en 1936-1937).

Depuis 1945 les démocraties occidentales nées de la victoire militaire sur le régime nazi allemand, légitiment leur existence par un caractère antifasciste intrinsèque. En fait, pour elles, il ne s’agissait que de faire triompher un impérialisme sur un autre en s’appuyant sur le nationalisme français, même si, pour une partie des résistants, il s’agissait de combattre le nazisme comme forme de gestion totalitaire et raciste de l’Etat, et non les Allemands, et pour une plus faible part, en plus, de prolonger un mouvement révolutionnaire né au début du siècle. Ces mêmes démocraties s’accomodèrent fort bien des régimes fascistes en Allemagne, en Italie, puis en Espagne (et ensuite au Chili et en Argentine…) dès lors que ces derniers offraient des garanties d’ordre et de stabilité pour le capital en général et contre les mouvements ouvriers en rebellion contre l’ordre établi… et jusqu’à ce qu’ils ne heurtent pas d’autres fractions du capital. Depuis 1945 la gauche crie “le fascisme ne passera pas” à la moindre occasion : contre De Gaulle ou les généraux putchistes, contre les CRS et la police, contre Le Pen, bref contre tout ce qui semble s’opposer aux valeurs de gauche. L’extension est même parfois admise dans les invectives qui ponctuent la vie de fractions rivales au sein de la gauche ou de l’extrême gauche. On conjure ainsi le démon pour ne pas avoir à analyser plus précisément le poujadisme, le gaullisme, le lepénisme, le stalinisme, les systèmes policiers. Ce faisant on banalise le vrai fascisme, celui qui est apparu dans les années 30, et on reste aveugle sur d’autres formes de dictatures qui apparaissent dans d’autres contextes (c’est ainsi qu’une grande partie de l’intelligentsia française se fit indulgente envers le régime soviétique au prétexte qu’il avait vaincu l’armée nazie à Stalingrad !). On évite tout simplement de voir que 1984 d’Orwell n’était ni une description de la barbarie nazie, ni une caricature de l’ordre stalinien, mais bel et bien la pente banale et obligée de nos belles démocraties occidentales sous la férule de la troisième révolution industrielle. Malgré la responsabilité aveuglante des Etats occidentaux dans les tueries récentes ou passées, les médias ont célébré le cinquantenaire de l’arrêt des atrocités nazies en toute bonne conscience ! Une manière de passer sous silence les liens qui existent entre démocratie parlementaire, social-démocratie, droite classique… et fascisme.

L’antifascisme associé à une stratégie frontiste (et non bien sur comme un des multiples éléments de notre engagement politique dans la société actuelle) a toujours consisté à lutter non pour détruire le capitalisme et construire une société sans classe, mais pour le forcer à renoncer à se faire totalitaire. Il occulte et évite la critique de l’Etat pour accréditer une autre forme d’Etat (“démocratique” ou “populaire”) à la place de la forme fasciste.

La mise au premier plan de l’antifascisme, maintenant comme avant, tend à :

  • occulter les causes du fascisme, voire des totalitarismes en général.
  • considérer que, puisqu’il “ vaut mieux vivre en démocratie que sous une dictature”, il convient en définitive de conforter la démocratie parlementaire, alors que la seule possibilité pour que celles-ci ne basculent pas vers des dictatures c’est qu’il existe des mouvements révolutionnaires forts.
  • A constituer des Fronts dits démocratiques, en fait des alliances de classes avec des fractions de la bourgeoisie, au seul bénéfice ce ces dernières qui n’hésiteront pas à verser dans le totalitarisme si leurs intérêts l’exige. Cet antifascisme là, non seulement n’a pas permis de battre en brèche le fascisme (ni en France, ni en Espagne, ni en Allemagne), mais encore a favorisé l’écrasement de la révolution sociale seule possibilité alors de triompher du fascisme.

L’antifascisme comme plus petit dénominateur commun à des regroupements militants amène inévitablement à placer l’alternative centrale de la société entre totalitarisme et démocratie parlementaire alors que nous la situons, nous, entre capitalisme et révolution sociale. Cela explique pourquoi, dans la période actuelle, il est plus facile de rencontrer des antifascistes que des anticapitalistes ! L’intérêt que nous portons à la critique de l’extrême droite réside en ce que cette dernière est un recours ultime entre les mains des dirigeants politiques et économiques pour qui la “démocratie”, “la défense des libertés”, “les Droits de l’Homme”, ne valent que si chacun accepte de tenir sa place dans la hiérarchie sociale sans rechigner. Par contre nous ne pensons pas que des regroupements dont l’antifascisme serait le seul ciment puisse, ni à court ni à long terme, contribuer à constituer des pôles de rupture anticapitalistes et à réhabiliter l’idée d’une société communiste, sans classe, sans état, sans salariat.

Organisation communiste libertaire

(1) Disponible à la bibliothèque sociale de la CNT-AIT 63

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