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Archives pour octobre 2014

JE SUIS UN « CASSEUR » (ET JE SUIS HYPER-SYMPA)

Texte paru dans Article 11 (choppez ce journal, il reste plus que 2 num, leur presse tourne toujours au max par contre), pour remettre des choses au clair…

 

C’est un texte qui est arrivé sur la boîte mail de la rédaction, de façon anonyme. Son auteur revient sur la manifestation agitée du 22 février à Nantes en soutien à Notre-Dame-des-Landes. Lui était parmi celles et ceux que les médias et le pouvoir nomment « casseurs ». Cette étiquette, il la retourne, la revendique. À lui la place.

En rentrant de Nantes, je pensais ne rien écrire. Je me disais que ce n’était pas nécessaire. Que l’essentiel avait été de vivre cette journée-là. Et que le torrent médiatique sortirait de toute façon de son lit pour venir noyer cette manif. Je savais qu’il recouvrirait entièrement nos gestes et nos histoires. Et qu’il ne laisserait derrière lui que boue, effroi et désolation. Comme d’habitude. Face à cette capacité de confiscation de la réalité qu’on appelle information, nos mots, mes mots, je les imaginais dérisoires. Pourquoi s’embêter, alors ?

Sauf que cette fameuse journée, elle s’est mise à faire les cent pas dans ma cage à pensées. Elle ne voulait pas en partir. Je ne savais ni pourquoi, ni comment, mais cette manifestation m’avait bougé. J’y pensais et je trépignais devant l’ordinateur. Je ressassais.

J’enrageais, aussi. Je bouillais littéralement en lisant les comptes-rendus de procès des quelques personnes chopées à la fin de la journée. Ou en me plongeant dans le récit du manifestant qui a perdu un œil. Un de plus1.

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Je lisais aussi ce qui pouvait bien se dire dans le salon et la cuisine de monsieur et madame tout le monde : la France avait peur. Grave. À en mouiller le tricot de peau. Le ton employé par les médias au sujet de la dite « émeute » du 22 me rappelait un souvenir d’enfance : la voix de ce commercial qui tentait de vendre une alarme à mes parents après qu’ils se soient fait cambrioler. Les mêmes mots. Le même ton. C’est toujours pareil. Quand créer du danger de toute pièce te permet de payer tes vacances ou d’acheter une motocyclette à ton ado de fils, tu sais te montrer convaincant. Tu racontes la peur, ta peur, tu ne lésines pas, t’y vas franco et, au passage, tu déroules le tapis rouge à l’ordre en vigueur, parce que l’ordre tu en profites goulûment.

Bref, j’en étais là : elle me prenait la tête, cette journée du 22. Elle était là, un peu partout. Dans leurs bouches, derrière leurs mots, au centre de leurs images. Et forcément, j’y étais aussi. J’écris « forcément » parce que j’ai fait partie de ce qu’eux nomment « casseurs ». Moi et quelques copains. On agissait ensemble, petit groupe solidaire. Rien de fou, hein, nul fait d’arme. Simplement, on était là. On a fait quelques trucs, on s’est agités. Point.

Je suis donc « un casseur ». Mais « un casseur » hyper-sympa. La précision est importante. Parce que dans les deux semaines qui suivent ce genre de journée, tu as quand même largement l’impression que beaucoup de gens viennent mettre leur main dans le derrière de la manif afin de lui faire dire tout et n’importe quoi. Beaucoup de ventriloques et de tours de passe-passe, dans les articles, sous les articles, dans les images, sous les images. Une hypertrophie des enjeux, servie sur son flux continu d’informations, à la sauce virtuelle. Avec un soupçon de connerie.

Reprenons. Je suis « un casseur » sympa. Et je ne suis pas complètement con non plus. Alors quand je lis un peu partout que ce jour-là j’ai été manipulé et que je n’ai rien compris à ce qui s’est passé, j’ai envie de dire : comme d’habitude. Ni plus, ni moins – certainement moins, en fait. Oui, je suis manipulé. Comme au supermarché, au boulot, devant des guichets, des médecins, des profs, des représentants de la loi en tous genres. Comme tout le monde. Oui, je suis manipulé, pour peu d’entendre par là : « Soumis à des forces qui me dépassent ». Mais je me soigne. Je l’ai accepté, ce statut de petite souris dans une cage. Je l’ai accepté parce que je me suis dit : si je ne suis que ça, une petite souris dans une cage, alors je serai une petite souris qui dévisse, qui fait n’importe quoi. Cette manif du 22 février, je savais très bien qu’elle ne changerait pas le monde (sic), et qu’elle s’inscrivait dans un jeu de pouvoir, de territoires et de symboles qui me dépassent. Mais j’étais excité comme une souris qui a pété un plomb dans sa cage. Et qui tente d’invalider l’expérience qu’on mène sur elle.

Auscultons la manipulation vendue ici et là : « Les flics nous ont laissé la ville » ; « Il y avait des flics/provocateurs dans le cortège » ; « Les flics ont laissé faire ». Ou bien : « En bloquant l’accès à une partie de la ville, les flics ont crée la tension de toute pièce pour discréditer le mouvement ». Cette idée que les flics sont acteurs de la journée est à la fois assez vraie et très mensongère. Je ne rentrerai pas ici dans l’analyse de la répression ce jour-là ; je ne suis nullement un « spécialiste » de la question. Mais je me suis par contre rendu compte que le point commun de ces évocations de « l’émeute » comme favorisées par police tient à l’impossibilité pour les gens qui les évoquent de concevoir qu’on puisse être assez nombreux-ses à être en colère, suffisamment déterminé(e)s et organisé(e)s pour débarquer dans une ville afin de la retourner. Ça leur semble tellement fou et irrationnel que ça doit forcément être un complot. Ben non.

La réalité est beaucoup plus simple : ce jour-là, les flics n’ont pas créé la violence, ils l’ont gérée. Violemment, patiemment et méthodiquement. Et ils avaient certainement conduit un efficace travail de renseignement en amont puisqu’ils avaient compris combien on était motivé(e)s. Ils avaient saisi que s’ils nous laissaient accès à toute la ville, on risquait d’avoir méchamment envie de faire du lèche-vitrine sans pour autant passer par les portes automatiques. J’imagine que de longues réunions se sont alors tenues dans de beaux bureaux soyeux pour décider comment administrer cette colère qui allait parcourir le cortège. Qu’en faire ? Comment la récupérer ?

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Loin d’une quelconque théorie du complot, il y a tout de même une réalité qui semble dépasser quelques commentateurs en mal de bons et de méchants. Celle-ci : alors que les festivités allaient bon train et que l’air devenait difficilement respirable, la foule est restée en grande partie présente, à quelques mètres. À nous observer caillasser les flics, tenter de les faire reculer. À nous regarder agir avec sympathie. Et j’avais l’impression que cette foule disait : « Je le sens moyen, ton plan… ça a l’air foireux… Mais vas-y, ne t’inquiète pas : je reste là, je te couvre. » C’était fou, vachement beau à voir. Et encore plus à vivre. C’est aussi ce qui rendait l’intervention des flics si difficile, tant ils risquaient de commettre plus de « bavures » que de nécessaires, de possibles ou d’autorisées. Comme un aval tacite d’une partie de la foule. Lequel a sans doute permis à toutes ces personnes qui n’étaient pas équipées pour la castagne (pas de masque, des vêtements clairement identifiables, etc.) de ne pas finir dans le camion à salade ou en disque de ball-trap pour baqueux en mal de cible.

J’ai aussi lu, ça et là, que les flics auraient fait usage d’une force démesurée et qu’ils se seraient trompés de cible, en « frappant » les gentils manifestants plutôt que les vilains « casseurs ». C’est quoi, un usage de la force mesuré ? Quand les flics font comme à la pétanque, c’est-à-dire tracer un rond au sol à bonne distance, prendre le temps de viser, et commenter gentiment le tir en y allant d’une petite blague impromptue ? Et c’est quoi, trompé de cible ? Ça signifie qu’un tir tendu sur un manifestant pas du tout gentil, qui ne vote pas, qui a pillé le rayon vêtements noirs du Décathlon, et qui a lancé un caillou, ce n’est plus vraiment un tir tendu ? Mon cul ! Moi, je ne vois là que la violence d’État, dans son hideuse banalité, dans sa toute-puissance, peu importe qui s’en retrouve victime. Quant aux quelques pavés qui ont atteint leur cible, reconnaissez que c’est bien la moindre des choses. Il faudrait quand même voir à ne pas oublier, dans un retournement symbolique quasi cocasse, d’où émane la plus grande des violences, la légitime, la rémunérée.

Le côté « sportif » de cette manif n’a pas débordé le cortège. Et il n’a pas décrédibilisé la journée. Au contraire, il l’a transcendée en un joyeux bordel informe et foutraque où l’on ne savait plus trop bien qui est qui. Davantage que la minorité qui déborde, cette journée a été placée sous le signe de la majorité qui bout – et c’est pour cette raison que c’est essentiellement cette dernière qui a été marquée dans son corps par les hommes en arme. Inutile de chercher à tout prix une ligne de démarcation entre pacifiste et « casseurs » : cela relève du rite de conjuration. Ou de la prière, ressassée par celles et ceux qui abhorrent l’idée que la violence que j’exerce – quand je suis en forme – avec d’autres, contre tout symbole du pouvoir, puisse potentiellement être avalisée avec le sourire par monsieur ou madame tout le monde. Le cauchemar du pouvoir, à en réveiller le préfet la nuit.

Définitivement, cette journée du 22 fut sacrément animée. Une sorte de rencontre inter-régionale autour des loisirs créatifs. Un salon international du bien-être. Très sympa. Comme moi, je vous rappelle. Et ce, malgré l’austérité de ma tenue. Oui, j’étais tout en noir. Oui, je portais un masque. Figurez-vous que j’avais bien pensé venir en short et en tee-shirt. Mais ça n’aurait pas été raisonnable : il fallait se protéger de la bande armée qui nous attendait de pied ferme. Croyez bien que je la regrette, cette tenue noire si peu rigolote et fort menaçante. Et que je n’aime pas porter ces masques anonymes. Ils cachent les sourires, nos sourires. Et ils facilitent la construction médiatique et policière de ce personnage du « casseur », cette ombre haineuse et abrutie. C’est pratique, l’ombre : elle ne parle pas, ne pense pas, et permet même de dissimuler.

Sous ce masque, cagoule ou capuche, j’ai un cerveau. Et il turbine. Sec. Trop vite, souvent. Mon cerveau, « l’aéroport et son monde », il y a beaucoup réfléchi. Depuis longtemps, presque depuis toujours. Parce que « son monde », je m’y suis bien cogné le front. Assez pour me sentir résolument déterminé à agir sur ce qui se passe autour de moi. À ne pas accepter, à ne plus accepter. Alors, c’est vrai, cette journée du 22, c’était un peu la fête, le grand rendez-vous. Mais son assise à la fête, c’était ma colère. Précise. Dense. Quotidienne. Physique. Lucide. Rien à voir avec cette idée colportée par les médias et les politiciens d’une masse abrutie de combattants tout de noir vêtus qui se déplacerait au gré des affrontements en France et en Europe sans comprendre où elle est ni pourquoi elle y est. Oui, les fantasmatiques et imaginaires black-blocs. Sauf que moi, je sais très bien sur quel front je me situe, et pourquoi. Je sais très bien que je ne revendique rien, je veux tout. En clair, le 22, je faisais de la politique. A voté. Point.

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Et je ne pète pas plus haut que mon cul. J’ai bien compris que l’intensité de cette « guerre » est basse. Je sais qu’il y a d’autres fronts, ailleurs, pas loin, autrement plus violents. J’ai bien conscience que le capitalisme souvent tue ou anéantit, alors que le 22 il se « contente » de blesser. Je ne m’enracine pas dans un imaginaire viril ou guerrier – le moins possible, en tout cas. Et je fais attention à ce que moi et mes copains et copines, on ne finisse pas par ériger un quelconque folklore de la petite guérilla urbaine, même si partager un imaginaire est inévitable. Je sais tout ça. Il n’empêche : cette violence, je la ressens au quotidien. Je la vois, je l’entends, partout, tout le temps. Dans l’histoire, dans l’économie, dans les rapports de genre, de classe, dans le racisme, la répression de toute forme de contestation hors cadre… Cette conflictualité, elle m’habite, elle m’obsède, elle m’a rendu fou parfois. Elle me bouffe tout autant qu’elle m’a fait. Et quand on bouge le 22, je pense à cette violence, aux dernières fois où elle s’est manifestée à moi. Et je me rêve mèche.

Du coup, c’est vrai : on laisse un peu de bordel en repartant. Si peu. Maire et préfet chialent parce qu’on a fait caca dans leurs boîtes aux lettres, comme s’ils oubliaient que ranger le bazar génère aussi de la croissance. Les dégâts causés par « l’émeute » sont bons pour l’économie, non ? Le déploiement du maintien de l’ordre l’est pour nos exportations de matériel policier, n’est-ce pas ? Alors, basta avec cette fable du contribuable qui raque en bout de chaîne. Leurs mots, leur histoire. De toute façon, il ne s’agit pas de mettre à mal le capitalisme en brûlant trois arrêts de bus. Non, l’enjeu réside dans la manière dont ce genre de journée irrigue le quotidien de celles et ceux qui les vivent, quelle que soit leur place dans les festivités. Comme le retour du corps, du corps comme interface avec le conflit. C’est le corps qui est en jeu – réalité précieuse à l’heure où l’exercice de la citoyenneté et du conflit, et donc de la politique, repose sur la confiscation de la parole, sur la délégation du pouvoir et sur une dilution permanente de la responsabilité. C’est le corps qui est en danger, aussi. Tripes, jambes, cerveau. Nos corps sont nus, ceux d’en face sont protégés par une véritable carapace. C’est frappant. Et toutes celles, tous ceux qui étaient là n’auront pas manqué de noter cette distorsion de moyens, l’État apparaissant pour ce qu’il est : une arme à la ceinture d’un homme. Un vrai dévoilement, qui affecte des vies et des quotidiens.

Ce versant physique de l’exercice d’une force collective met en jeu la puissance et la peur. La puissance d’agir, d’être. Un sentiment de présence au monde rare. Une danse sur la plus étrange des musiques, celle de la révolte. Avec des gens sur le côté de la salle des fêtes, semblant attendre qu’on les invite. Manquent uniquement les nappes en crépon… Et la peur ? C’est celle de ce qu’il y a en face, de la blessure, de la répression. Celle de là où nous mène la colère, aussi, de ces points de non-retours franchis. Celle de constater qu’on vit déjà au-delà de soi-même, qu’on ne se reconnaît plus très bien parfois. Comme une espèce de tempête en interne, vécue par toutes celles et tous ceux qui mettent pareillement la main à la pâte. Il ne te reste alors qu’à écouter, qu’à sentir et ressentir. 
Et ce jour-là, justement, j’ai entendu des gens vociférer, et les altercations ont été aussi nombreuses que les rires. Fallait-il brûler cette voiture ? Faire fuir de façon vigoureuse cette camionnette de BFM-TV ? Défoncer cette vitrine ? Ce sont de bonnes questions, que tout le monde devrait se poser. Et justement : quand ça brûle, ça casse, ça pète, tout le monde se les pose. Parce que ce jour-là, ces questions sont ressenties, vécues – elles ne sont plus simplement théoriques. Rien que pour ça, ça vaut le coup. Impression que je participe à ouvrir alors la plus belle agora du monde. Ensuite, à chacun de fixer son curseur.

En ce qui me concerne, j’ai choisi. Et quand tout le monde se défoule gentiment sur le camion égaré d’une grosse chaîne de télé, au grand dam des journalistes qui sont au volant, j’y vois la preuve que personne n’a envie de se faire voler le compte-rendu des débats. Surtout pas moi. C’est d’ailleurs pour ça, je crois, que cette journée du 22 m’a tant trotté dans la tête quand d’autres manifestations similaires ne m’avaient pas tant marqué. C’était le désir de raconter mon histoire tandis qu’on me la volait qui tapait au portillon. L’envie de rappeler que je ne dors pas entre deux « émeutes ». Que j’ai une vie bien remplie. Que si « émeute » il y a, elle n’est qu’un temps politique parmi d’autres dans ma vie – pas forcément le plus important, d’ailleurs. Que j’ai méchamment envie de tout péter, car j’ai furieusement envie de construire autre chose qu’un monde mort. Que je suis – je crois – assez lucide sur la pertinence et la limite de nos gestes, et qu’il s’agit aussi d’un besoin, d’une pulsion. Et que les feux allumés ce jour-là, réchauffent toutes les démarches que je mène une fois retourné à mon quotidien. Le son de « l’émeute », je l’entends tout le temps dans ma tête, obsession qui habille le réel de la plus belle des manières.

Vous n’êtes pas obligés de croire à cet hydre du « casseur » agité par certain(e)s. Vous n’êtes pas obligés de reprendre à votre compte l’histoire que propose le pouvoir. Faîtes plutôt la vôtre. Et la prochaine fois qu’on se croise alors que les animations battent leur plein, n’hésitez pas à vous rapprocher et à venir me parler. Rappelez-vous : avant d’être un « casseur », je suis hyper-sympa.

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Comment est mort Rémi ?

https://tantquilyauradesbouilles.files.wordpress.com/2014/10/comment-est-mort-remi.pdf

Testet (81): échos de la guerre en cours

2014-10-25_Testet_barrageSivens

Dans le brouillard ambiant on ne peut faire l’impasse sur quelques questions évacuées du débat public par les médias dominants et leur logique du spectacle permanent.
Le rassemblement prévu sur le site du projet de barrage était annoncé comme pacifique. Quelques jours avant, la préfecture faisait savoir qu’il n’y aurait pas de présence policière sur la zone pendant le week-end du 25 et 26 octobre. Sur le sitetantquilyauradesbouilles.wordpress.com le 22, on pouvait lire que « la préfecture du Tarn se plie déjà à l’événement: le préfet s’est engagé à ce qu’aucun gendarme ne soit présent sur la zone durant le week-end. Ce rassemblement sera sans risque de violence ni répression. C’est le nombre et la détermination qui montreront notre force et amèneront la victoire. Venez nombreux.ses avec bonne humeur ! »

Pour qui en doutait, ceux et celles qui sont venu.e.s sur la zone ce week-end-là ne se préparaient pas à la guérilla.

Mais alors que les premiers participants arrivent vendredi soir, la nuit s’illumine. Il reste un préfabriqué et un générateur sur la zone, au niveau du parking construit pour accueillir les machines du chantier. Ce soir-là, ils partent en fumée.
Qui pouvait sincèrement penser que le matériel laissé sur la ZAD [du Testet] resterait intact alors qu’un rassemblement contre le projet de barrage était annoncé depuis plus d’un mois? Qui viendra nous dire que les équipes du barrage ont eu le temps de tout retirer de la zone sauf ces deux éléments, juste assez peu coûteux pour ne pas représenter une perte trop importante mais suffisamment pour donner un vernis de légitimité au retour des forces de l’ordre sur zone?
Cet incendie marque le retour des flics sur la zone et donc des affrontements.

Le lendemain, la matinée se déroule dans une ambiance familiale et festive. Cela fait drôlement plaisir de voir toutes ces bouilles de mômes courir partout, des personnes de tous les âges se balader autour de la Métairie, elle qui fût si souvent cernée par les milices en armures bleu marine. Les conférences, les témoignages, la pièce de théâtre et la cantine à prix libre, le programme se déroule sous le soleil et avec le sourire.

L’accalmie prend fin vers 16h30. Les bleus sont de retour au niveau du parking, la tension monte . Le face à face se déroule entre le parking et la colline qui remonte vers les bois. S’en suit environ 4h d’affrontements, ou plutôt de guerre asymétrique. 200 personnes à la louche, cagoulées ou non, violentes ou pas, clowns activistes et pacifistes font face à des robots en armures, boucliers, casques, et armes diverses à la main. Il parait qu’ils représentent l’ordre et la loi. Mais alors qu’est-ce qu’ils foutent là, à provoquer tout le monde? Que protègent-ils? Il n’y a plus rien à brûler ou à saboter. Pire, qui protègent-ils?
Visiblement personne. Par contre ils attaquent, manquant de faire cramer ce qu’il reste de forêt à Sivens avec leurs grenades incendiaires. Ils provoquent des incendies à plusieurs reprises, tirs tendus de lacrymos, puis les grenades assourdissantes, désencerclantes qui fusent de toutes parts. Ils visent au milieu des personnes présentes, « dans le tas ». Plusieurs blessé.e.s sont évacué.e.s alors que ces cinglés en uniforme continuent de les canarder. Un homme en état de choc s’effondre à côté de moi, on le met sur le côté en évitant autant que possible les palets de gaz qui nous sont volontairement lancés dessus. L’équipe médic prend le relais.
Oui, on a lancé des pierres. Et peut-être que quelques-unes d’entre-elles ont frôlé leurs casques. Oui, on a envoyé des patates. Et alors quoi? C’est cela que l’on appelle le terrorisme? Nous on n’éborgne personne, et on assassine encore moins. Oui on est plusieurs à préférer rester cagoulé.e.s.
Mais c’est pour des raisons toutes simples et bien moins romanesques que ce qu’on peut laisser entendre. Le fichage est une réalité. Les robots auxquels nous faisons face sont équipés de cameras et nous filment en permanence. Ils cherchent le moindre prétexte pour faire tomber ceux qui les gênent sous la loi réservée aux terroristes. L’anonymat est un droit, et on le prend. Non, on n’a aucune envie de donner des armes supplémentaires à leur dictature. La cagoule et le choix de vêtements plutôt sombres permettent également, à l’image des zapatistes, de créer une foule unie et soudée, sans différence de sexe, de statut ou de couleur. Et puis, de façon très pragmatique, pour continuer à respirer dans un nuage gaz lacrymogène il vaut mieux avoir quelque chose sur le nez. Voilà nos explications mais où sont les leurs? Pourquoi étaient-ils là le samedi après-midi alors que tout était calme et allait pour le mieux sur la zone? Pourquoi y avait-il plus de 40 camions de GM et une dizaine de fourgons de CRS?

Les affrontements de l’après-midi prennent fin quand, après une pause des deux côtés, les zadistes décident de partir d’eux-mêmes. On les laisse plantés là sur leur ligne stupide, sans adversaires. La soirée se déroule normalement jusqu’à 1h du matin. Sur le fameux parking il reste quelques fourgons et les bleus sont rassemblés autour. Ils ont deux grands projecteurs qui éblouissent les personnes venues voir ce qu’il se passe. Au départ elles ne sont pas nombreuses mais suite aux premiers effets d’annonce des policiers (« Gendarmerie Nationale, dispersez-vous, nous allons avoir recours à la force! ») d’autres les rejoignent. L’ordre est donné dans les rangs zadistes de ne pas tirer les premiers. « On attend qu’ils commencent, on ne fait rien avant. ».
Les premiers palets de lacrymo déchirent la nuit, suivis des premières pierres. Certaines parviennent jusqu’aux carrosseries des fourgons. Le gros de la masse des personnes présentes s’éloigne un peu des grilles du parking. On n’y voit pas grand chose et plusieurs d’entre nous tombent dans les tranchées du chantier en courant pour échapper aux grenades. Quatre fusées d’artifice sont tirées, elles touchent le sol après avoir laissé un filament scintillant. Aucune d’entre elles ne touche un véhicule et encore moins un flic. Par contre les grenades envoyées par le camp adverse passent très près, leurs explosions résonnent à travers la zone, ramenant le voile de la guerre sur l’ambiance festive.

J’ai quitté la zone du parking à 1h30 du matin. J’étais seule à ce moment-là. Sans binôme et fatiguée par la journée je ne me sentais plus de rester au front. J’ai passé le trajet du retour à la tente à me demander pourquoi ils étaient restés alors qu’à 20h tout était calme. Au milieu de ce face à face nocturne, j’avais peur de leurs armes et me sentais terriblement vulnérable dans mon pauvre pull à capuche.

Le lendemain matin au café on apprend la mort de Rémi. On est tou.te.s sonné.e.s, sous le choc. Puis viennent un mélange de tristesse et de rage et l’urgence d’une réponse.

Maintenant il reste beaucoup de questions. J’aimerais vraiment qu’on m’explique pourquoi il y avait des flics sur zone, surtout le samedi alors qu’il n’y avait plus rien à protéger. Personnellement je ne peux pas m’empêcher d’y voir le moyen de gâcher un week-end festif qui avait ramené du monde sur la zone du projet. Je ne peux pas croire que les promoteurs du barrage aient pu oublier ou ne pas avoir le temps de sortir l’Algeco et le générateur avant le rassemblement. Rémi semble être la victime d’une stratégie de pyromanes et de flics à qui cela fait bien longtemps qu’on a donné carte blanche sur cette zone.

C a m i l l e

Squat.net

Le gourbi de Lepaon de la CGT et la réaction de Pierre Lellouche

Thierry Lepaon, le 12 avril, sous les ors de Matignon...

Thierry Lepaon, le 12 avril, sous les ors de Matignon…

Par Jérôme Canard et Réd. A l’Encontre

Il est intéressant d’écouter, lors des informations de France culture, le 29 octobre 2014, à 12 h 30, le fort à droite Pierre Lellouche. Cet actuel député UMP de la 1re circonscription de Paris – ancien secrétaire d’Etat chargé des affaires européenne de Nicolas Sarkozy, puis chargé du Commerce extérieur sous le même président, tout en ayant été Président de l’assemblée parlementaire de l’OTAN entre 2004 et 2006 – a déclaré, à propos de l’article du Canard enchaîné sur Thierry Lepaon:«Comme le pays va mal, que nous sommes en train de vivre une déprime collective, qui est très sensible partout où l’on va dans le pays, la chasse aux élites commence. Il y a les politiques, maintenant les syndicalistes, demain les journalistes, etc. Je ne suis pas sûr que cela contribue à la sérénité dans le pays. Même si on peut s’interroger si le patron de la CGT (Confédération générale du travail) doit vivre en grand bourgeois. A la limite c’est son problème. Moi, ce qui m’importe plus dans le dialogue social français, c’est que notre pays est malheureusement sous-syndicalisé, que le niveau de syndicalisation dans le secteur privé ce n’est même pas 5 à 7%. Et que l’essentiel des gens syndicalisés sont dans la fonction publique, et encore c’est très peu entre 20 ou 25%. Si nous (sic) avions de vrais syndicats qui représentent vraiment l’ensemble des travailleurs, on aurait un dialogue social qui serait quand même beaucoup plus simple et des mesures économiques qui seraient adoptées par les partenaires sociaux, plutôt que cette surenchère aux normes qui sont de plus en plus écrasantes et qui empêchent tout le monde de fonctionner, avec une surprotection de ceux qui ont déjà un travail et rien pour tous les autres qui attendent d’entrer sur le marché du travail».

Cet ancien élève de Raymond Aron ne nous confie pas si la non-protection contre les licenciements des CDI (Contrat à durée indéfinie) diminuerait la précarité de ceux qui trouvent des stages et peut-être des CDD (Contrat à durée déterminée).

Plus piquante est sa défense, de facto, de T. Lepaon qui renvoie à la célèbre formule de Raymond Soubie, le conseiller en «dialogue social» de Sarkozy en septembre 2010, lors des mobilisations montantes et d’ampleur croissantes opposées à la contre-réforme du régime des retraites: «Il faut sauver le soldat Thibault». Thibault, issue de la grève des cheminots de 1995, risquait d’être débordé. Lelouche pose la question classique d’un secteur des classes dominantes: il faut des appareils syndicaux qui puissent encadrer les salarié·e·s et qui ont la capacité d’endiguer une explosion. Cela pour stabiliser un modèle néo-corporatiste impliquant Etat-Institutions patronales (centrales et de branches, y compris par entreprises) et appareil synbdicaux. En ce sens, l’article du Canard Enchaîné sous la forme d’une «anecdote» – sortie du sein de la CGT avant un congrès qui doit élire un nouveau secrétaire général dans une ambiance de bataille intrabureaucratique – fait sens sur la place de ces appareils, et de celui de la CGT plus singulièrement. (Rédaction A l’Encontre)

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C’est une résidence de standing, à deux pas du château de Vincennes. Les grandes baies vitrées derrière des balcons donnent sur le bois, et il suffit de traverser le hall pour y faire son jogging. Un charmant et discret havre de paix qui vient de se transformer en machine de guerre contre Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT.

L’élection de cet ancien technicien d’entretien chez Moulinex à la tête de la confédération, en mars 2013, a été à l’origine d’un casse-tête: pour la première fois, un secrétaire général de la CGT n’était pas parisien. Il fallait donc lui trouver un logement de fonction, mais Lepaon avait ses exigences. Un jaloux de la CGT les résume:  «Dans le Calvados, il habitait une maison au milieu de la verdure. Quand il nous a dit qu’il voulait un logement de fonction identique, on a tous rigolé en imaginant qu’il allait se retrouver dans une banlieue très lointaine.»

Devis à gros débit

Chargé de trouver un gîte verdoyant à son nouveau patron, le trésorier de la CGT, Eric Lafont, avoue: «On n’a pas osé le loger à Aubervilliers ou à Clichy.» Et il s’en mord les doigts. Depuis quelques jours, en effet, un document terrible circule sous le manteau au siège du syndicat. Il s’agit d’un devis «estimatif», daté du 28 avril 2013, des travaux à effectuer dans le futur logis de Lepaon. Ce document ne confirme pas seulement que le grand chef syndical a craqué pour les beaux quartiers. Il montre, en plus, qu’il a fait payer aux militants une rénovation haut de gamme. Le devis pour cet appartement de 120 m2 atteint 150’000 euros. Soit les cotisations annuelles de 750 adhérents.

«Tout était à refaire», affirme le trésorier: la plomberie, l’électricité, le sol, dont la moquette a été remplacée par du parquet flottant, les peintures. Une salle de bains et une cuisine flambant neuves ont été installées pour le nouveau locataire. Sur le devis, quelques douceurs sont prévues, comme un home cinéma, une chaîne hi-fi, une cave à vins ou la télé dans chaque chambre. Et l’équipement complet en électroménager, du lave-vaisselle à la machine à café, en passant par la batterie de cuisine.

Lepaon ne fait pas son ciné

A en croire le grand argentier de la CGT, l’addition finale des travaux est restée dans la sage limite de 130’000 euros, soit une économie de 20’000 euros par rapport au devis initial. Au passage, Lepaon aurait finalement fait une croix sur son home cinéma ainsi que sur sa cave à vins. Dommage, car il sera impossible de trinquer avec les camarades qui s’invitent la nuit: pas le moindre épicier arabe à des centaines de mètres à la ronde pour aller faire le plein!

Lafont n’en démord pas: la CGT n’a pas fait une mauvaise affaire. Selon lui, le loyer mensuel pris en charge par le syndicat demeure raisonnable, soit «autour de 2000 euros par mois», ce qui est donné pour 120 m2.

Reste à convaincre la base que le gourbi de Lepaon correspond aux normes de l’ascétisme prolétarien. Ce n’est pas gagné. Car ses opposants au sein de la CGT ont bien l’intention de passer à l’offensive. C’est le secrétaire général lui-même qui a mis le feu aux poudres, début octobre, lors d’un bureau confédéral. Alors qu’on ne lui demandait rien, il a laissé entendre qu’il solliciterait un deuxième mandat en 2016.

Peu de temps après, ce document assassin, auquel seul le tout premier cercle avait accès, a commencé à circuler. Deux ans avant le congrès, l’atmosphère est déjà ambiante…

*****

La tentation des beaux quartiers

Lepaon est le quatrième dirigeant du bureau confédéral de la CGT (qui compte dix membres) à avoir choisi d’habiter le long du bois de Vincennes.

Cette ruée vers une banlieue où il fait bon vivre rompt avec un passé où la frugalité des dirigeants devait servir d’exemple. Henri Krasucki vivait dans un très modeste appartement HLM du XXe arrondissement; son successeur, Louis Viannet, occupait un logement à Villejuif. Des logis réservés dans la cité HLM République, voisine du siège de la CGT, à Montreuil, accueillaient nombre d’élus de la confédération venus de province ainsi que des grands patrons de fédération.

La classe ouvrière peut être fière de la réussite sociale de ses élites.   (Publié dans l’édition du 29 octobre 2014 de l’hebdomadaire Le canard enchaîné)

Un camarade tué au Testet – Appel d’occupant-es de la ZAD de NDDL

l’UL CNT-AIT/63 appelle toutes ses sympathisants et adhérents épris de liberté à participer au rassemblement ce soir 19h à devant la pref à Clermont

Un camarade tué au Testet – Appel à manifester contre la violence d’Etat A Gaillac, dimanche 18h place de la Libération A Paris, dimanche 19h devant la préfecture A Albi, lundi 18h devant la préfecture A Nantes, lundi 18h devant la préfecture, 15h place du Bouffay pour préparer et informer A Rennes, lundi 18h devant la mairie A Brest, lundi 18h Place de la Liberté A Poitiers, lundi 18h30 devant l’hôtel de ville de Poitiers. A Rouen, lundi 18h devant la préfecture A Lyon, lundi 19h devant la préfecture A Marseille, lundi 17h30 au Vieux Port A Forcalquier, lundi 16h devant la préfecture Pendant la nuit de samedi à dimanche un manifestant, Rémi, a été tué au cours des affrontements qui se sont déroulés lors du rassemblement contre le barrage de Sivens au Testet. Environ 7000 personnes ont convergé sur la ZAD du Testet après des mois d’attaques policières, de destruction de la zone humide et des habitats de ceux qui la défendaient. En fin d’après midi puis plus tard dans la nuit, des dizaines de personnes s’en sont pris aux forces de l’ordre qui protégeaient le chantier. Elles souhaitaient ainsi marquer leur colère et retarder la reprise des travaux, initialement prévue pour lundi. Elles ont été repoussées à coups de flash-balls, de grenades assourdissantes ou de désencerclement et de gaz lacrymogènes. D’après les témoignages des camarades du Testet, la personne décédée se serait écroulée suite à des tirs de grenade puis aurait été emmenée par les forces de l’ordre. La Préfecture affirme ne rien vouloir déclarer à ce sujet avant le résultat public de l’autopsie lundi. Le gouvernement a déjà commencé à stigmatiser les manifestants, et tente de diviser pour noyer le poisson. Mais ils savent bien que, quoi qu’ils fassent, cette mort aura des conséquences explosives. Ce décès révoltant n’est malheureusement pas surprenant dans ce contexte. A Notre Dame Des Landes, au Testet et partout où nous nous opposons à leurs desseins, nous avons dû faire face au déploiement crû de la violence d’Etat. Si nous avons bien compris de notre coté que nous ne pouvions nous contenter de les regarder docilement détruire nos vies, eux ont démontré qu’ils ne nous feraient aucun cadeau. Pendant les mois d’expulsion de la ZAD de Notre Dame des Landes, de nombreux camarades ont été blessés gravement par des tirs de flash-balls et de grenades. Sur la seule manifestation du 22 février 2014 à Nantes, 3 personnes, visées à la tête par des flash-balls ont perdu un œil. Depuis des semaines au Testet plusieurs personnes ont été blessées elles aussi et d’autres accidents tragiques ont été évités de justesse lorsque des opposant-e-s se sont faits délogé-e-s, notamment des cabanes qu’il-elle-s avaient construites dans les arbres. Pourtant c’est bien, entre autre, parce que des milliers de personnes se sont opposées physiquement aux travaux, aux expulsions, àl’occupation policière de leurs lieux de vie que le projet d’aéroport de Notre dame des landes est aujourd’hui moribond, et que le barrage du Testet et ceux qui devaient lui succéder sont largement remis en question. C’est cet engagement en acte qui a donné une puissance contagieuse à ces luttes et qui menace partout aujourd’hui l’aménagement marchand du territoire. Plus quotidiennement la répression s’exerce face à celles et ceux qui luttent dans les prisons, dans les quartiers et dans les centres de rétention et entraîne là aussi son lot de morts trop souvent oubliées – plusieurs dizaines chaque année. Face aux soulèvements et insoumissions, la démocratie libérale montre qu’elle ne tient pas seulement par la domestication minutieuse des individu-e-s et des espaces de vie, ou par les dominations économiques et sociales, mais aussi par un usage déterminé de la terreur. Nous appelons à occuper les rues et lieux de pouvoir partout dès demain, pour marquer notre tristesse, saluer la mémoire du camarade tué ce samedi et pour exprimer notre colère face à la violence d’Etat. Nous ne les laisserons pas nous tuer avec leurs armes dites « non létales ». Réagissons avec force pour qu’il y ait un avant et un après cette mort. Affirmons plus fort que jamais notre solidarité avec toutes celles et ceux qui luttent au Testet et ailleurs contre leurs projets guidés par les logiques de contrôle et de profit, barrage de Sivens mais aussi avec toutes celles et ceux qui tombent plus silencieusement sous les coups de la répression partout ailleurs. Nous ne nous laisserons ni diviser ni paralyser par la peur. Nous continuerons à vivre et lutter sur les espaces qu’ils rêvent d’anéantir, et à leur faire obstacle. Nous n’appellerons pas au calme, nous ne laisserons pas le silence retomber, nous n’oublierons rien ! — Des occupant-e-s de la ZAD de Notre dame des Landes –

Bagnolet-Montreuil (93): récit de la manif de solidarité avec le Transfo expulsé

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Jeudi 23 octobre au matin, des centaines de CRS ont expulsé le Transfo.

Sur la place du métro Gallieni, des tracts annonçant l’expulsion duTransfo sont distribués. Tout le monde est rassemblé en haut des escaliers qui mènent au métro Gallieni, ça donne l’impression qu’on n’est pas bien nombreux, mais lorsque ça part en manif, on s’aperçoit qu’on est sûrement pas loin de 500, avec plein de têtes vues au Transfo ces deux dernières années, ça fait plaisir ! C’est d’autant plus rassurant que la présence policière est assez flippante. Y’a des fourgons de CRS partout, pas tant de civils que ça, mais des CRS par centaines… Bien sûr, il y en a aussi plein devant et derrière le Transfo, à croire que celui-ci a soudainement été transformé en Ministère de l’Intérieur !

Partie sur l’avenue du Général de Gaulle (à Bagnolet), la manif continue sur l’avenue Gallieni et passe notamment devant l’ancien squat du collectif Baras.

Deux banderoles ouvrent la manif: « Les maisons sont à celles et ceux qui les occupent » et« Pas d’expulsion sans occupation – Crève la propriété ! ». Des pétards et autres fumigènes égayent le cortège, de même qu’une fanfare plus que bienvenue même si par moments on avait plus envie d’entendre des slogans… Slogans qui ont été quand même été entonnés, mais n’ont malheureusement que peu été repris (on les entendait surtout en tête de manif), les plus fréquents étant « Grève, grève, grève des loyers, et crèvent, crèvent les flics et les huissiers »et « Les loyers sont chers, occupation ! Et les maisons sont vides, occupation ! ».

À la peinture aérosol, au posca ou au marqueur, beaucoup de tags ont été faits de part et d’autre de la manif, sur les murs, banques, panneaux publicitaires et autres auto-lib’ du parcours (cf. photos ci-dessous). Une banque BNP-Paribas a, en plus d’être taguée, vu ses caméras de surveillance rendues inutilisables et un des distributeurs automatiques de billets rendu « hors service ».

Au bout des rues Edouard Vaillant à Bagnolet et d’Alembert à Montreuil, le cortège tourne à gauche sur la rue de Paris, une des artères principales de Montreuil. C’est étonnamment sur cette rue que les flics décident de stopper les festivités (étonnamment, parce que c’est une rue très passante, donc ça a foutu pas mal le bordel de bloquer cette rue pendant des heures). Des CRS nous ont doublé sur la gauche en courant (au niveau du métro Robespierre), et là, on a légèrement oublié qu’on était en manif sauvage, que c’était pas Bastille-Nation en mode déposé par la CGT… Une première ligne de CRS nous a bloqué le passage, et même si celle-ci a été lourdement caillassée pendant quelques instants (notamment par de grosses pavasses sorties du bitume), d’autres CRS sont alors arrivés massivement et ont littéralement encerclé les manifestant-e-s. Pratiquement tou-te-s les manifestant-e-s en tête de cortège ont été bloqué-e-s, tandis que derrière, pas mal de gens ont pu se natchav’ plus ou moins tranquillement.

Les fourgons de CRS se font alors de plus en plus nombreux et malgré la présence solidaire de gens du quartier, l’endroit est alors clairement sous le contrôle de la police. Surtout qu’on sent pas mal d’impuissance parmi les manifestant-e-s réuni-e-s autour.

Dès lors, tout est devenu moins drôle: ça a sonné la fin de la manif, et la nasse a duré des heures. Les manifestant-e-s encerclé-e-s ont été trié-e-s un-e par un-e, contrôlé-e-s, parfois violenté-e-s. Plus d’une trentaine de personnes ont été embarqué-e-s pour non-présentation de papiers d’identité dans plusieurs fourgons de CRS, emmené-e-s au comico de la porte de Clignancourt (dans le XVIIIe). Finalement, peu après 22h, tout le monde a été relâché, sans poursuites judiciaires et souvent sans même avoir donné son identité !

Dommage que la manif ait été si courte, mais ce bref moment de colère collective était utile, pour nous, pour le quartier, et aussi pour montrer qu’une expulsion ne doit pas être un événement tranquille. Le Transfo restera dans nos coeurs, avec ses joies et ses moments plus difficiles.

Les prochaines fois, car il y en aura, soyons plus dynamiques, plus réactifs/réactives, prenons l’initiative !

Le lendemain, vendredi 24 octobre, le Transfo expulsé est passé sous surveillance d’une boîte de sécurité privée, VPSitex, à base de vigiles + chiens pour protéger les propriétés immobilières vides de la bourgeoisie (photos ci-dessous également).

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APPEL A DEFERLER SUR CLERMONT POUR INTENSIFIER LA CAMPAGNE POUR LA LIBÉRATION DES ESPACES DU 31 OCTOBRE AU 2 NOVEMBRE

Programme-Résistance-est-la-CLE-ld

cliquez sur l’image pour l’agrandir

VENDREDI 31
Concert de soutien // Raymond Bar (1 rue Pre la reine)
21h // Participation libre

LES BRAKAS (rap / Brioude)
RASCARCAPAC (piraniak rap / Béziers)
La Vermine (Hip hop de combat / toulouse)
BUGEY DÉZINGUÉ (ska punk / bugey)
+ Infokiosque et projection de « La CLÉ des villes »

SAMEDI 1er
A l’Hotel des Vil-e-s (55 av. de l’URSS)
11h – APÉRO ZAPATISTE : discussion « Pourquoi la CLÉ ? » autour d’un café du chiapas
13h – CANTINE POPULAIRE : grosse bouffe végét’ et vegan à prix libre

Au Guantanamo (42 avenue pasteur, Chamalières)
15h30 – ATELIERS BRICOL’ POUR SQUATTEUREUSES : soudure, élec, couture…
18h – DÉPART EN BALADE dans les quartiers victimes de l’urbanisme et de la métropolisation
21h – PROJECTION We don’t like samba, documentaire sur les luttes sociales au brésil

DIMANCHE 2
14h – ASSEMBLÉE Bilan du week-end et perspectives

PS : la CNT-AIT/63 appelle ses sympathisants et adhérents à se rendre à ce déferlement (ndlr pas de perm ce samedi)

Obtention de la trêve hivernale pour le Guantanamo !

OBTENTION DE LA TRÊVE HIVERNALE POUR LE GUANTANAMO : LA CAMPAGNE POUR LA LIBERATION DES ESPACES VA DE L’AVANT !

        Ce matin du 16 octobre, jour de la cinquième audience pour notre procès d’expulsion, nous avons appris que nous obtenions la trêve hivernale pour le Guantanamo, premier bâtiment libéré par la Campagne pour la Libération des Espaces. Cette nouvelle fut accueillie avec joie pour diverses raisons…

        En effet, depuis quelques temps, la mairie de Chamalières et l’État à travers la préfecture tentent de nous faire baisser les bras : visites de flics, coupure de l’électricité, EDF qui nous réclame 2500 euros, habitant-es menacé-es d’expulsion… malgré tout, les habitant-es du Guantanamo décident de se serrer les coudes et de rester jusqu’au bout, de ne pas partir. Avec l’assurance de la trêve hivernale, nous allons nous atteler à remettre l’électricité.

        De plus, la mobilisation, auto-organisée, a porté ses fruits. A chaque procès, des dizaines de personnes, jamais les mêmes, se rassemblaient en soutien à la Campagne. Cette mobilisation, plus la défense préparée collectivement avec notre avocat, ont permis d’obtenir ce que l’on désirait. C’est la 1e fois qu’un squat qui se veut clairement de lutte tendant vers l’autonomie, obtient la trêve hivernale à Clermont-Ferrand. Un réel rapport de force se construit. Ce qui ne fait que nous conforter dans l’idée de continuer la Campagne.

        Jusqu’au 31 mars, le Guantanamo, ses habitant-es, seront là, debout. Il ne nous faut cependant pas nous reposer sur cette avancée : il faut repartir de l’avant, renforcer la CLE. A l’heure où les Etats de l’UE déploient 18000 flics pour rafler toutes et ceux que les patron-nes ne veulent plus (opération Mos Maiorum, ce qui signifie « Moeurs de nos anciens », sans commentaires…) la résistance et l’auto-organisation, l’entraide entre toutes et tous celles et ceux que l’Etat rejette nous apparaît comme le meilleur moyen de relever la tête. Nous n’aurons que ce que nous prendrons. On ne reculera plus jamais.

        On vous donne rendez-vous vendredi 17 et samedi 18 octobre dès 13h pour la Cantine de soutien au Guantanamo, à l’Hôtel des Vil-es (55 avenue de l’Union Soviétique), et plus encore, à venir de partout déferler avec nous du 31 octobre au 2 novembre pour « La Résistance e(s)t la CLE » (https://cle.squat.net/la-resistance-est-la-cle-appel-a-se-rejoindre-a-clermont-ferrand-du-31-octobre-au-2-novembre/).

        Avec RAGE et JOIE

« Selon nous, tout ce qui tend à détruire l’oppression économique et politique, tout ce qui sert à élever le niveau moral et intellectuel des hommes [et des femmes], à leur donner conscience de leurs droits et de leurs forces et à les persuader d’en faire usage eux-mêmes, tout ce qui provoque la haine contre l’oppression et suscite l’amour entre les hommes [et les femmes], nous approche de notre but. » Errico Malatesta.

Campagne pour la Libération des Espaces
16 octobre 2014

[Tract] Aliam vitam, alio mores* : du 13 au 26 octobre, grande opération policière contre les sans-papiers

Pour les deux semaines du 13 au 26 octobre, l’Union Européenne a lancé une opération policière de grande envergure appelée « Mos maiorum« ** visant à lutter contre l’immigration clandestine, mobilisant 18 000 policiers et se traduisant par des contrôles d’identité accrus dirigés vers les personnes sans papiers. Le but est de réaliser une collecte massive d’informations pour mieux connaître la façon dont les sans-papiers sont arrivés là afin de mieux leur barrer la route à l’avenir en ciblant mieux les points de passages à surveiller et en démantelant les réseaux de passeurs. Pour amasser ces informations, la consigne est d’arrêter le plus possible de sans-papiers et de les interroger (âge, sexe, nationalité, date et lieu d’entrée dans l’UE, trajet et moyen de transport, prix payé, destination, éventuels faux papiers, démarches de droit d’asile…).

 

Tout cela n’est pas une nouveauté, car même si elles risquent d’être plus nombreuses durant cette période, les rafles et les expulsions font rage dans toute l’Europe contre ceux dont les puissants ne veulent pas ou plus. En parallèle à l’effacement relatif des frontières entre les pays de l’UE, les frontières extérieures de l’Europe se ferment de plus en plus violemment à tous ceux qui espèrent trouver ici une vie plus facile et moins dangereuse qu’ailleurs, rejoindre des proches ou fuir une situation jugée invivable. 
Mais dans tous les pays (« développés » ou non ), c’est le même système de domination qui pourrit les rapports et les conditions de vie : le capitalisme et l’exploitation économique assignent chacun à un niveau de l’échelle sociale, et plus tu es pauvre, plus ils veillent à ce que tu restes à ta place, à trimer et te laisser humilier, par le patron, le contrôleur, le client, le flic, le juge, le prof…
Les politiques migratoires, en en laissant entrer certains et pas d’autres selon des critères de rentabilité économique, tentent de maîtriser les flux migratoires mais surtout de faire peur à tous par les contrôles, les expulsions ou les séjours en Centres de Rétention pour que la part de sans-papiers tolérés en Europe se tiennent à carreaux, et acculés dans la clandestinité acceptent n’importe quel travail sous-payé sans pouvoir se plaindre de quoi que ce soit. Les frontières et les absurdes identités préfabriquées qui vont avec, les nationalités, sont pour les puissants un outil pour se partager le bétail humain à gouverner, trier les indésirables, diviser les exploités et leur faire accepter des conditions de misère.

Avec cette nouvelle opération, qui a visiblement un but médiatique (faire voir aux bons citoyens que la police travaille et que les États protègent la civilisation des barbares…), la politique européenne anti-immigration va peut-être se renforcer encore, mais pas changer de fond. 
Qu’est ce qui peut faire changer la donne ? Nous, les exploités, avec ou sans papiers. Parce que la chasse aux immigrés clandestins est une partie de la guerre que le pouvoir mène tous les jours contre tous les pauvres, les indésirables. Une guerre à laquelle trop souvent on ne riposte pas.
Mais on pourrait s’opposer aux rafles de sans-papiers dans la rue, ou décider de s’en prendre aux institutions, aux entreprises, aux personnes qui rendent possibles l’enfermement et les expulsions. La liste est longue : balances (RATP, banques, bureaux publics), transports utilisés pour les expulsions (SNCF, Air France), constructeurs de centres de rétention (Bouygues, Vinci, Eiffage), associations qui y travaillent et donc les cautionnent (Croix Rouge, Ordre de Malte, Cimade, France Terre d’Asile)…

Pourquoi ne pas partir à l’attaque de tous ceux qui, politiciens, patrons, flics, exploiteurs de toute sorte, font de nos vies un perpétuel esclavage, qu’on ait ou pas leurs papiers ?

À bas toutes les frontières et les nations ! Contre les politiciens, flics et collabos qui les font exister, passons à l’attaque !

Aliam vitam, alio mores : « Autre vie, autres mœurs »
** Mos maiorum : « Mœurs de nos anciens »

[Tract trouvé dans les rues de Paris, octobre 2014.]

[Tract] Aliam vitam, alio mores* : du 13 au 26 octobre, grande opération policière contre les sans-papiers mos_maiorum1mos_maiorum2

LA RÉSISTANCE E(S)T LA CLÉ : Appel à se rejoindre à Clermont-Ferrand du 31 octobre au 2 novembre

LA RÉSISTANCE E(S)T LA CLÉ
Appel à se rejoindre à Clermont-Ferrand du 31 octobre au 2 novembre

Clermont-Ferrand ne rime pas qu’avec Michelin, rugby et Giscard d’Estaing. A Clermont, il y a aussi un collectif qui mène la Campagne pour la Libération des Espaces. Ce collectif essaie, sur des bases d’autonomie, d’entraide et d’action directe, de mener une lutte pour se réapproprier nos vi(ll)es. L’idée c’est de libérer des espaces (entendez : ouvrir des squats) pour y habiter, s’organiser et résister.

Concrètement, cela commence par l’ouverture d’un premier bâtiment en mai 2014 : le Guantanamo. Y vivent des personnes avec ou sans-papiers, traveilleureuses, chomeureuses et plein d’autres choses. Aujourd’hui, le Guantanamo est passé en procès et on craint une expulsion prochainement. La cerise sur le gâteau : ERDF, sur ordre de la préfecture, est venu nous couper l’électricité. L’hiver approche…

Malgré ça, on reste déter’ et on tient à le montrer ! C’est pour ça qu’on organise, le week-end du 31 Ocobre, 1er et 2 Novembre, un rassemblement avec des discussions, de la musique, de l’action…

Parce qu’on veut échanger nos expériences et en découvrir d’autres.
Parce qu’on a besoin d’énergies nouvelles pour intensifier la lutte et avancer dans la Campagne.
Parce qu’on veut créer des liens avec des individu-e-s et des collectifs, qu’illes soient d’ici ou d’ailleurs.
Parce qu’on a envie de partager notre rage et notre joie.
Si toutes ces raisons ne vous paraissent pas bonnes, inventez-en d’autres. Si ça vous va c’est chouette. Quoi qu’il en soit, on vous attend nombreux-ses et motivé-e-s.

Si t’as des questions, que tu viens de loin, que tu souhaites participer à l’orga : écris àcle@riseup.net.

La résistance e(s)t la CLÉ ! Avec rage et joie !

Defenda las okupas


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