Archives pour avril 2015


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La psychose post-Charlie touche aussi l’Institut des langues orientales

Un exemple de la manière dont nos vies sont transformées par la domination policière.

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J’étudie l’arabe levantin à l’Inalco [1]. Depuis la fusillade dans les locaux de Charlie Hebdo, on nous a collé, comme dans nombre d’autres endroits, des chasseur-euse-s de pirates à l’entrée de l’établissement.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai accepté, comme l’écrasante majorité des étudiant-e-s, de montrer patte blanche à l’entrée, en ouvrant mon sac et en présentant ma carte d’étudiant-e (ou ma pièce d’identité les jours où j’avais oublié ma carte d’étudiant-e). En tirant la gueule bien sûr.

Tout le monde tire la gueule, mais tout le monde accepte. Comme on a accepté le fait que des hommes en camouflage patrouillent les rues avec un flingue en bandoulière depuis 20 ans ! [2]

Mais ce matin, j’ai oublié ma carte d’étudiant. Et là, à nouveau, devant la mine impassible de l’agente Securitas, mon sang ne fait qu’un tour. Je commence par dire calmement que je n’ai pas ma carte. Elle me rétorque qu’il faut que je présente une pièce d’identité et que j’inscrive mon nom sur un formulaire posé à côté d’elle.

Pas de pièce d’identité. Je lui dit que je n’ai pas de temps à perdre avec leurs fantasmes sécuritaires, qu’un attentat faisant dix morts tous les dix ans ne constitue pas une menace. Elle se braque, me bloque le passage, répète qu’il faut une pièce d’identité. Je me braque aussi, ras-le-bol de faire des concessions sur nos libertés tout le temps.

Elle appelle du renfort : deux mecs en rouge débarquent et bombent le torse, me répètent la même chose que leur collègue. Je suis soudainement infantilisé, réduit à mon statut de sujet. On me dit que c’est comme ça, que je n’ai pas le choix. Obéir, me plier à la sacro-sainte injonction de la loi anti-terroriste. Je ne me suis jamais senti en danger dans cette société, si ce n’est dans mon rapport conflictuel à l’État, mais là je dois intégrer les angoisses sécuritaires d’une majorité qui vit sa vie dans la peur de l’Autre.

Je leur dis qu’ils sont des robots, des petits soldats, qu’il n’y a rien qui justifie que je doive me soumettre à un contrôle de papiers pour aller en cours. Puis je me casse. Ma prof arrive, me convainc de revenir, dit qu’elle va essayer de me faire rentrer. On revient vers la petite soldate, qui reste imperturbable : « Il faut qu’il présente ses papiers ». Je lui demande « Et les étudiants sans papiers, qu’est-ce qu’ils font dans ce cas, s’ils n’ont pas leur carte d’étudiant ? » Elle me répond : « Ils rentrent chez eux ».

Tout est contenu dans cette réponse : accepte ou ferme ta gueule, intègre les règles ou reste chez toi.

Au final, la secrétaire du bureau des études arabes vient présenter mon certificat de scolarité. La petite soldate ne veut toujours pas céder, transférant sa responsabilité vers la sécurité de l’université, qui finit par accepter de me laisser passer, non sans me sermonner comme un collégien : « Il ne faut pas nous insulter. Si vous nous insultez, nous ferons un rapport et vous serez exclu de l’Inalco ».

« Petits soldats », on fait pire comme insulte. Je décide de ne rien ajouter, je les laisse parler. Je me dis que je m’en fous royalement s’ils m’excluent de leur système de reproduction des élites. Tout ce que je veux, c’est apprendre l’arabe pour parler avec mes potes de Palestine et de Syrie. Pour certain-e-s, comme Alain Bauer [3], c’est sans doute déjà suspect.

Pendant ce temps, un défilé ininterrompu d’étudiant-e-s continue de passer docilement par le checkpoint de l’entrée, sans qu’à aucun moment qui que ce soit ne s’oppose à ce qui est déjà devenu une habitude.

C’est comme si tout le monde acceptait de nier l’évidence : les terroristes qui ont mené des actions en Europe ces vingt dernières années avaient quasiment tous des papiers européens en règle. Beaucoup étaient même nés en Europe. Celui ou celle qui voudra se livrer à une attaque en règle présentera donc gentiment ses papiers comme tout-un-chacun et cachera son arme sous ses habits. Aucun-e agent-e de sécurité ni aucun-e militaire en promenade n’y pourra rien changer…

Mais encore une fois, la raison d’État l’a emporté. Le désert gagne du terrain.

Notes

[1] I.n.a.l.c.o. institut national des langues et civilisation orientales au 65 rue des Grands Moulins paris 13° métro BFM, l.14

[2] Le plan vigipirate est en vigueur de manière continue depuis l’attentat de Villeurbanne le 8 septembre 1995.

[3] Alain Bauer est un conseiller en sécurité des gouvernements, enseignant en criminologie au CNAM et ami intime de Manuel Valls, qui contribue à vendre de la peur, notamment par le biais de bouquins qui caricaturent la réalité et livrent des analyses géopolitiques douteuses. Partisan de la prévention situationnelle, c’est notamment lui qui a, en 2007, acheté à tous les chefs de la DCRI des exemplaires de « l’insurrection qui vient » en les accompagnant d’une note les invitant à se méfier de l’ultra-gauche. C’était très peu de temps avant l’affaire Tarnac. Plus récemment, celui-ci affirmait, avec tout le professionnalisme qui le caractérise, que la plupart des djihadistes s’entraînaient sur « Call of Duty ».

Source: Paris-luttes.info

Toutes et tous en grève le 9 avril !

greve 9 avril

 

Salut à toutes et tous,

Les syndicats CNT-AIT de Clermont-Ferrand et Thiers appellent à se mettre en grève et à manifester le 9 avril contre la loi Macron, véritable loi de classe qui nous ramène plus d’un siècle en arrière. Nous travaillons sur une brochure à ce sujet.
Pour nous anarchosyndicalistes, une grève de 24h n’est que le spectacle de la contestation, face à la véritable guerre qu’ils  nous mènent, il faut une grève générale autonome, à nous de la construire !

Rendez-vous à 10h30 place du 1e mai sous les couleurs rouge et noir, avec un cortège anarchosyndicaliste !

L’Etat nous attaque, attaquons l’Etat !

CNT-AIT 63

 

[Grèce] : La radio pro-#Syriza occupé par les anarchistes pendant six jours

À partir du 23 mars, la station de radio Kokkino (fréquence pro-SYRIZA) a été occupé par lespartisans des grévistes de la faim. Les occupant ont transmis en direct durant l’occupation. Ils ont donc lu les textes et communiqués relatifs à la grève de la faim. L’occupation a pris fin le 28. Par ailleur, une attaque incendiaire a eu lieu contre le siège de Syriza.

La radio pro-#Syriza occupé par les anarchistes pendant six jours_resultat

Jusqu’à ce jour, le 23 Mars 2015, des dizaines de prisonniers politiques ont entamé une grève de la faim (la plupart d’entre eux depuis le 2 Mars), exigeant que soient supprimés: la législation spéciale « anti-terroriste », et en particulier les articles 187A (organisation terroriste) et 187 (organisation criminelle); la loi répressive spéciale (loi des masques); et les prisons de type C, qui achèvent l’état d’exception pour les prisonniers politiques. Ils exigent également que l’utilisation et le traitement de l’ADN comme moyen de preuve soit limité; et que Savvas Xiros (qui, malgré un handicap de 98%, est systématiquement exterminés par l’État depuis maintenant 13 ans), ainsi que les parents des membres de la Conspiration des Cellules de Feu membres soient immédiatement libérés de prison.

Nous, un groupe de camarades solidaire du milieu anarchiste qui soutiennent les revendications des grévistes de la faim, avons occupé la station de radio ‘105,5 FM Sto Kokkino’ à Athènes. Nous avons choisi d’occuper cette station spécifique pour des raisons évidentes: c’est la fréquence radio de l’establishment et actuellement aussi celle du gouvernement, ou manifestement du porte-voix de la coalition SYRIZA-Grecs-Indépendant.

La station de radio ‘105,5 FM Sto Kokkino’, semblable à la grande majorité de la merde médiatique, fausse à la fois le contexte global de la lutte menée par les grévistes de la faim et des actions de solidarité avec eux. Cette occupation est une action découlant du mouvement de solidarité élargi avec les prisonniers, qui donnent un combat qui nous concerne tous.

Nous autres, de l’occupation à ‘105,5 FM Sto Kokkino’ prenons ce moyen entre nos propres mains et faisont de la contre-information une arme! Cette action fait partie du mouvement polymorphe plus large de solidarité avec les prisonniers politiques en grève de la faim.

Victoire à la lutte des grévistes de la faim!
Jusqu’à ce que chaque prison soit démolie!

‘105,5 FM Sto Kokkino’ Occupation

Initialement publié en Grec sur Indymedia Athènes (23e Mars 2015)

Espagne : Des nouvelles sur l’opération Piñata

Espagne : Des nouvelles sur l’opération Piñata arton4440-ce866

Le juge de l’Audiencia Nacional Eloy Velasco a envoyé en prison préventive mercredi 1er avril en début d’après-midi 5 des 15 arrêtés lors de l’opération policière nommée Piñata du lundi 30 mars (24 autres ont été arrêtés pour « résistance et désobéissance » lors des 17 perquisitions puis relâchés) qui s’est déroulée à Madrid, Barcelone, Palencia et Grenade.

 

Le juge a renvoyé en prison les 5 compagnons suivants :

Paul Jara Zevallos (de Madrid),
Jorge Linares Izquierdo (de Madrid),
Javier García Castro (de Madrid),
Javier Grijalbo Adan (de Palencia)
Enrique Balaguer Pérez (de Madrid)

… et relâché les 10 autres (trois de Barcelone et sept de Madrid) en liberté conditionnelle sous contrôle judiciaire (confiscation de passeport, interdiction de sortie du territoire et pointage tous les 15 jours). Ils restent accusés d’appartenance aux GAC.

Tous les cinq sont inculpés pour participation à une organisation terroriste (de type « insurrectioniste-anarchiste » rajoutent les journaux), soit du délit d’ »organisation criminelle » selon l’article 570bis du code pénal, avec la circonstance aggravante de « visant à subvertir l’ordre public et altérer gravement la paix publique ». Le nom de cette organisation serait les Groupes Anarchistes Coordonnés (GAC), à laquelle est reprochée la « coordination et la promotion de sabotages », dont ceux de 114 distributeurs de billets, et d’être possiblement liée aux attaques explosives contre les cathédrales d’El Pilar à Saragosse (pour laquelle Mónica et Francisco sont en préventive depuis plus d’un an) et de La Almudena à Madrid (7 février et 1er octobre 2013).

Les éléments matériels cités par le juge sont ceux retrouvés lors des perquisitions comme « des manuels pour confectionner des engins explosifs et de tactique de guerilla », des bonbonnes de camping-gaz, des « photos de policiers et de commissariats », des « manuels d’auto-défense et de technique pour éviter les filatures », des « dispositifs techniques d’accès chiffré au wifi pour rendre la navigation internet anonyme », … Bref, du papier, beaucoup de papier comme d’habitude, alors que Velasco se targue d’avoir embastillé « les leaders des GAC de Madrid, Barcelone et Palencia ». Le compagnon de Madrid, Enrique « Kike », accusé d’être le pseudo chef national des GAC, venait à peine d’être relâché le 30 janvier de prison avec les autres coinculpéEs de l’Opération précédente, Pandora. Les quatre autres ont reçu les titres de « responsables de l’appareil financier, de propagande et d’action directe » des GAC ou celui de « chef des GAC » de Madrid et de Palencia !! L’État regarde sa sale gueule dans un miroir et projette sur des compagnons sans maîtres ni esclaves sa propre face faite de hiérarchies, de leaders et de spécialisation. Au total, cette descente policière est la troisième depuis plus d’un an avec pour prétexte les attaques attribuées aux Groupes anarchistes coordonnés, et le nombre de perquisitions se monte désormais à une trentaine et les mises en examen à au moins 28.

Lors de leur sortie du bureau du juge, un rassemblement d’une soixantaine de solidaires se déroulait, lors duquel les journalistes ont notamment été pris à partie aux cris de « charognards ». Un nouveau rassemblement solidaire est prévu ce soir mercredi 1er avril à Madrid à 21h, place Tirso de Molina, dont le texte d’appel pose clairement la donne : « Solidarité. Entr’aide. Action directe. Mort à l’État et vive l’anarchie ». Lors de la manif au même endroit hier, quatre personnes ont été interpellées et les affrontements avec les flics ont fait douze blessés légers (dont huit keufs).

Ni innocents ni coupables,
Liberté pour toutes et tous !
Solidarité offensive !

[Repris de Cette Semaine.]

L’«ALLIANCE DES MINORITÉS» EST-ELLE LE NOUVEAU SUJET DE L’HISTOIRE?

’est en lisant sur le site Paris-luttes.info (voir lien dans la liste, à droite de votre écran) un texte de la Coordination des groupes anarchistes (CGA) que m’est venu l’idée de prendre quelques notes sur la question soulevée en titre de ce billet.

Pour celles et ceux qui ne sont pas à l’écoute sur Twitter, je rappelle que quelques piques visant ce texte ont donné lieu à un non-débat ubuesque sur… la « pédophilie » et mes tentatives supposées de la « légitimer[1] ». La manœuvre a réussi en ce que la polémique, à coup de gentillesses de 140 caractères (la règle des messages sur Twitter), a complètement détourné l’attention du texte de la CGA.

Je précise que je n’ai aucun contentieux — je devrais peut-être écrire « n’avais » ! — particulier avec cette organisation. On m’a fait remarquer qu’un groupe parisien ne représentait pas nécessairement l’ensemble d’une coordination, ce qui me semble tomber sous le sens. Je crois que mes contradicteurs/trices ont du mal à comprendre que lorsque je critique un texte de M. Tartempion ou de tel groupe politique, sur un point précis, il ne s’agit pas pour moi de discréditer Tartempion ou le groupe, mais d’attirer l’attention sur le point précis qui me paraît litigieux, dangereux, ou simplement concerner tout le monde et mériter un débat critique. La manœuvre ridiculement diffamatoire qui me visait était exactement de nature inverse : ne prêtez pas attention à ce qu’écrit Guillon, c’est un … [remplir le blanc, ici avec « ami des violeurs d’enfants », voire « violeur d’enfants lui-même », excusez du peu !].

On a également avancé l’argument selon lequel le passage du texte que je vise ne poserait qu’un « problème de formulation ». S’il s’agit de disculper les auteur(e)s du texte de je ne sais quelle « faute morale », que je ne songe nullement à leur reprocher, pourquoi pas ? Cependant, il faut observer que toute expression, orale ou écrite, toute discussion, tout échange, étant entièrement constitué(e) de « formulations », je vois mal comment l’on pourrait se dispenser de leur analyse.

J’en viens à la conclusion du texte, intitulé « Du colonialisme d’hier au racisme d’État aujourd’hui[2] », qui m’a fait d’abord tiquer (c’est moi qui souligne en gras).

Nous devons permettre l’alliance entre toutes les minorités opprimées, qu’elles soient religieuses, nationales ou sexuelles, de manière autonome et sans hiérarchie. Nous avons besoin de nous unir autour de nos intérêts communs, sur des bases de classe, pour développer des luttes populaires capables de faire plier nos ennemis : États et bourgeoisies, quelles que soient les étiquettes dont ils se parent («républicain», «islamiste»…).

« L’alliance entre toutes les minorités opprimées, qu’elles soient religieuses, nationales ou sexuelles » ?

Passons, pour le moment, sur la stratégie d’ « alliance des minorités », fort problématique à mon sens et sur laquelle je reviendrai.

Essayons de comprendre qui sont ces « minorités ».

Minorités « religieuses » d’abord. La lecture du texte permet de confirmer la première hypothèse qui vient à l’esprit du lecteur et de la lectrice de 2015 : il s’agit des musulmans. Ne chicanons pas trop sur les mots, pour le coup. On comprend bien que les auteur(e)s visent le racisme « anti-arabe » qui se dissimule sous une détestation de la seule religion musulmane. Parfaite illustration : l’agression, en pleine rue, d’une jeune femme, accessoirement enceinte, au seul motif qu’elle porte un voile (ou un foulard, ce qui en l’espèce ne change rien).

Il se trouve que l’islam est aujourd’hui en France la religion la plus apparemment vivace. Ne connaissant pas les chiffres de fréquentation des lieux de culte, par exemple, j’ignore si cette impression est fondée. Mais la visibilité dans l’espace public est évidente, et non pas seulement du fait de femmes portant un foulard ou un voile ou d’hommes portant la barbe et un long vêtement ample (dont le nom précis m’échappe). Les seules fois où j’ai entendu parler de religion dans la rue ou les transports ces quinze dernières années, il s’agissait de jeunes adolescent(e)s enfants d’immigrés ; ils et elles parlaient du ramadan. Il eut été très surprenant que le renouveau d’une religion incarnée par des Français(e)s originaires du Maghreb ou né(e)s de parents originaires de cette partie du monde, n’entraînât pas un surcroît de racisme. Ce racisme, comme le rappelle à juste titre le groupe de Paris de la CGA, est d’origine directement coloniale.

Minorités « nationales » maintenant. J’avoue avoir fait d’abord, dans une lecture rapide, un contresens : pour moi « minorités nationales » évoque en effet les discours indépendantistes, basque, corse, breton. D’où un commentaire ironique qui a été bien mal compris : « Gros succès à prévoir chez les trans satanistes bretons ». Contrairement à ce qu’ont cru lire quelques crétins des deux sexes, cette formule ne vise à discriminer ou moquer ni les transsexuel(le)s ni les satanistes, ni les bretons. Elle moque celles et ceux qui pensent réaliser un nouveau « sujet de l’histoire » en « alliant » les minorités que ces catégories incarnent.

Revenons aux « minorité nationales ». Les militant(e)s de la CGA ne songeaient pas du tout aux basques, etc. Dans le corps du texte l’expression désigne notamment les Roms et semble-t-il les immigrés sans-papiers. D’un point de vue juridique, considérer un immigré sans-papiers comme faisant partie d’une « minorité nationale » est une contradiction dans les termes. On pourrait éventuellement, de manière polémique et en argumentant, considérer toutes les personnes vivant en France comme faisant partie de la Nation, mais alors à quoi rimerait de renvoyer les sans-papiers au statut de minorité « nationale », puisque cela reviendrait justement à récuser toute idée de « nationalité » ?

Tout cela est bien confus. Et le pire est à venir. Dans cette phrase :

Nous dénonçons de même un antisémitisme où la minorité nationale juive est rendue responsable de l’oppression des autres minorités, dans un contexte de multiplication des actes antisémites, dont la prise d’otage début janvier.

La « minorité nationale juive » !

J’admets que la question de l’ « identité juive » est assez complexe, si j’en crois les personnes elles-mêmes qui s’en revendiquent. Mais je ne vois pas comment on pourrait considérer d’aucune manière l’existence d’une « minorité nationale juive ». Il existe des personnes qui observent des préceptes de la religion juive ; on peut à bon droit les qualifier, en France, de « minorité religieuse ». Il existe des personnes de culture juive et/ou renvoyées à une identité culturelle juive du fait de leurs origines ou de la consonance de leur nom de famille. Ces personnes peuvent être racisées en tant que juifs ou juives, y compris sans s’éprouver ou se revendiquer comme juifs ou juives elles-mêmes. Mais ni les unes ni les autres ne constituent une « minorité nationale », opprimée de surcroît ! Je ne sache pas que les « juifs », dans n’importe laquelle des acceptions précédemment envisagées, soient discriminés ou stigmatisés par les lois républicaines.

En passant : il me semble que ce discours, même si cela n’entre évidemment pas dans les intentions des militant(e)s de la CGA Paris, rejoint dangereusement celui du Likoud israélien appelant les juifs français à rejoindre leur « patrie naturelle ».

Cette confusion explique, si l’on peut dire, ce qui m’était apparu comme une incongruité sur l’affiche appelant à une conférence-débat le 27 mars dernier[3] : la mention que la conférence serait animée « par un militant libertaire juif de la CGA-Lyon ».

On peut supposer (?) que l’adjectif « juif » ne renvoie pas ici à la pratique d’une religion monothéiste, même si l’on a connu des « anarchistes chrétiens ». C’est donc probablement en tant que membre de la supposée « minorité nationale juive » que ce militant a souhaité se présenter. Comme si « libertaire » ne suffisait pas en fait de « minorité » !

Venons en à la dernière partie du triptyque, la moins détaillée dans le texte : les « minorités sexuelles ». Elles ne sont évoquées qu’une fois, sous l’acronyme classique LGBTI : lesbiennes, gays, bisexuel(le)s, transgenre et intersexe.

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Nous voilà au complet !

Cette « stratégie » d’alliance, qui ressemble davantage à un alignement de tribune, n’est pas complètement nouvelle. Elle rappelle vaguement le gauchisme des années 1970, cherchant à fédérer des « contestations » : femmes en luttes + immigrés + comités de soldats, etc. Cependant, l’apparition de « minorités religieuses » dans une stratégie révolutionnaire anarchiste me semble inédite. Et non-viable.

Que l’on partage, non sans problèmes parfois, une lutte avec des personnes très diverses, dont certaines ont des croyances et des pratiques religieuses contraignantes, c’est une nécessité de toute lutte de classe (la CNT syndiquant des travailleurs du métro, musulmans pratiquants, en a fait l’expérience). Que l’on combatte le racisme dont sont victimes, sous prétexte de leur religion, des personnes immigré(e)s ou enfants d’immigré(e)s doit aller de soi. Mais envisager d’intégrer en tant que telle une « minorité religieuse » à une espèce de front de lutte, revient à renoncer à la critique de la religion elle-même, de la croyance en un « dieu » créateur, omniscient et devant régir les comportements quotidiens des êtres humains. Puisque c’est en tant que croyant(e) discriminé(e) que le sujet est considéré comme partenaire naturel, il serait paradoxal de se permettre de remettre en cause la rationalité de ses choix, et ses conséquences, ce qui constituerait une discrimination supplémentaire[4].

Ce qui me frappe dans le passage du texte ci-dessus reproduit, c’est le téléscopage entre ladite stratégie d’alliance des minorités et une position « classiste »… classique : « Nous avons besoin de nous unir autour de nos intérêts communs, sur des bases de classe, pour développer des luttes populaires capables de faire plier nos ennemis. »

Je serais curieux de savoir par quelle opération magique des populations choisies sur la base de leur appartenance, réelle ou fantasmée, à des « minorités » pourraient s’allier « sur des bases de classe ».

Si au contraire, c’est dans une lutte, dans un quartier ou sur un lieu de travail, que des personnes appartenant par ailleurs à telle ou telle minorité, se retrouvent au coude à coude, alors on peut espérer que leurs appartenances « identitaires » ne feront pas obstacle à la lutte commune.

Partir des « identités », et plus encore quand elles sont définies de manière fantasmatique, est une démarche vouée à l’échec. Pire, elle risque de contribuer au contraire de son objectif : renforcer des regroupements « identitaires » ou « communautaires ».

Je ne demande à personne d’oublier d’où il ou elle vient ou de feindre une uniformité taisant les goûts et les aspirations de chacun(e), mais la démarche révolutionnaire me semble par nature nécessiter — et permettre — le dépassement des identités culturelles, philosophiques, érotiques et autres.

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[1] Pour mémoire : je ne cherche nullement à « débattre de la pédophilie », encore moins pour la « légitimer », mais à comprendre ce que la réaction sociale à la dite « pédophilie » (sans définition ni légale ni scientifique, d’où les guillemets) peut nous apprendre des rapports sociaux de sexe et des rapports entre adultes et enfants. Le déferlement de sottise haineuse qu’a suscité la première citation (pas faite par moi) de l’un de mes textes sur ces questions montre que le potentiel émotionnel du sujet est intact. Émotionnel, pas critique, hélas, puisqu’au contraire « questionner » est ressenti comme un moyen — sournois ! — de « justifier ».

[2] Il s’agit si j’ai bien compris d’un communiqué, du groupe CGA région parisienne, distribué sous forme de tract à la manifestation du 21 mars « contre le racisme et fascisme ».

[3] Visible en illustration du communiqué sur Paris-luttes.info.

[4] Quid, par exemple, des mutilations génitales pratiquées sur les enfants ?

 
Claude Guillon. Source: https://lignesdeforce.wordpress.com

Grèves et blocages le 9 avril contre la loi Macron !

Une vidéo du Mouvement Inter-Luttes Indépendant qui résume bien cette nouvelle loi de classe…

 

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