Archives pour juin 2015

Pour faire simple…

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CNT-AIT 71

 

[Bruxelles] : La merde aime côtoyer la merde

contre la maxi-prison, ses défenseurs et ses faux critiques

vendredi 26 juin 2015

A la mi-mai, on a eu droit à une petite avalanche de merde dans la presse. Les journalistes se sont pressés pour jeter leur lumière sur la lutte contre la maxi-prison. Scandalisés par le fait que cette lutte ne parcourt pas les chemins légaux et préconise l’action directe et l’auto-organisation pour empêcher la construction de ce nouvel enfer carcéral, qu’elle ne s’adresse pas aux institutions et aux politiciens mais fraye son chemin dans les quartiers populaires de Bruxelles (et pas seulement), qu’elle n’a rien à partager avec les journalistes et tout à dialoguer avec d’autres révoltés, ils n’ont pas hésité à la qualifier de « guérilla urbaine » et de l’incontournable « terrorisme ».

 

Depuis les deux ans que s’acharne cette lutte et contrairement à toute la clique politicienne et les citoyennistes bienveillants, on n’a pas mâché nos mots : pour empêcher cette maxi-prison, il faut mener un combat direct et offensif. S’auto-organiser en dehors de toute structure officielle, prendre la parole dans nos propres espaces de lutte et dans la rue (et pas devant les micros des journaleux ou sagement assis à la table avec nos ennemis), agir par l’action directe et le sabotage contre les entreprises qui veulent construire cette maxi-prison et contre tout ce qui nous enferme au quotidien dans cette ville qui ressemble de plus un plus à un camp de concentration à ciel ouvert.

Que cette proposition de lutte, et la sympathie et l’enthousiasme qu’elle sait susciter partout chez celles et ceux qui en ont bien ras-le-bol de tout ce système pourri, déplaise fortement au pouvoir ne nous étonne pas. Qu’elle déplaise aux journalistes, ces amplificateurs de la voix du pouvoir, ne nous fait que sourire. Que cela rende nerveux les promoteurs et les constructeurs de cette œuvre de la répression est dans la logique même des choses. S’ils pensaient pouvoir en toute tranquillité et en étant applaudis par tout le monde construire cette prison et se faire du fric sur la misère des autres, ils se sont bien trompés.

Si notre réponse à la presse a été de les ignorer froidement en continuant notre lutte, loin des caméras et des endroits où les vautours des médias aiment s’amasser (les journaleux savent bien qu’on les accueille à coup de pierres dans les quartiers et ne s’y aventurent donc que rarement sans protection de leurs copains en uniforme), celle d’autres gens qui s’opposent à la maxi-prison a été bien différente. Comme à « l’occupation symbolique » (ce sont leurs propres mots) en cours du futur terrain de la maxi-prison, où plusieurs personnes ont senti la nécessité de déclarer devant les caméras qu’ils s’opposent aux « faits criminels » et qu’ils sont « pacifistes ». Tellement pacifistes de préférer côtoyer des magistrats (ils font même partie de leur plate-forme citoyenne contre la méga-prison, ces mêmes magistrats qui condamnent jour après jour des gens à crever en taule), des élus, des journalistes, des flics que de se voir associé à la « racaille », aux « criminels », aux « clandestins », aux « pauvres », aux « violents ».
« Il faut arrêter de faire l’amalgame », déclarait une porte-parole de l’opposition légaliste (qui croit pouvoir arrêter la maxi-prison à coups de participation citoyenne, de pétitions, d’interviews, d’actions ludiques). Et bien, bizarrement, on est d’accord : un abîme profond sépare celles et ceux qui luttent de façon autonome et directe, en agitant dans les quartiers et en agissant de jour comme de nuit, de ceux qui préfèrent les conférences officielles, une plus petite maxi-prison, quelques carottes. Jour après jour, action après action, cet abîme se creuse : soit on lutte contre le pouvoir qui veut imposer cette maxi-prison, soit on lèche le cul au pouvoir, ses lois et ses défenseurs, peu importe les « bonnes intentions » qu’on imagine avoir.

« Nous n’avons rien à voir avec ces actions » affirmait un « occupant » du terrain à Haren, parlant des actions de sabotage contre les entreprises et les responsables du projet de maxi-prison. S’il faisait là sans doute déjà un amalgame en s’arrogeant le droit de parler au nom des autres occupants, il cherchait à torpiller un aspect fondamental de notre proposition de lutte : la solidarité entre révoltés, l’hostilité contre l’Etat et ses sbires. Si d’autres prétendaient, encore sur invitation des journaleux, que l’auto-organisation et l’action directe « décrédibilisent la lutte », la réponse vient presque toute seule : mais de quelle lutte vous parlez ? Pas de la nôtre en tout cas.

[Extrait de Ricochets n°7, Bruxelles, juin 2015.]

[Toulouse] : des locaux de l’armée défoncés

Indymedia Nantes / mardi 23 juin 2015

Quelle ne fut pas notre surprise de constater que toutes les vitres du Cirfa, un centre de recrutement de l’armée situé en plein centre ville de Toulouse, rue d’Aubuisson, avaient été éclatées au cours du week-end !

Passant-e-s ravi-e-s

[Russie] : Début du procès contre Ilya Romanov

Le 2 juin s’est s’est tenu l’audience préliminaire du procès d’Ilya Romanov, un anarchiste de Nijni-Novgorod. Romanov a participé à l’audience via Skype. Le tribunal a rejeté toutes les requêtes déposées par son avocat. Le procès proprement dit a commencé devant le tribunal militaire le 16 juin.

 

Le FSB (ex-KGB) accuse Romanov de la planification d’un acte de terrorisme dans le but d’empêcher l’administration de la ville de brader les parcs de Nijni. L’affaire a été initiée lorsqu’Ilya a été retrouvé mutilé par l’explosion d’une petite bombe (sa main gauche a dû être amputée). Ilya est emprisonné depuis plus d’un an et demi. Ilya est également accusé de « tentative de défendre le terrorisme idéologique » pour avoir accordé une interview à une radio anarchiste de Donetsk.

Ilya Tomanov est un anarchiste de longue date. Adolescent déjà, il est expulsé de l’école pour l’impression de tracts dissidents. Dans les années 1980, il anime un cercle anarchiste et publie un samizdat. Dans les années 1990, il participe à de nombreuses mobilisations et est inquiété lors du procès contre la NRA. Ilya a été alors interné pendant trois ans en Russie. il se réfugie ensuite en Ukraine où il s’engage dans un mouvement anarchiste réprimé par les autorités. Ilya a été arrêté par les services de sécurité ukrainiens et accusé d’un attentat contre leur siège à Kiev. il a été condamné à dix ans de prison et libéré en 2012.

Source: nonfides

[Grèce] : Anarchistes vs conservateurs et flics de SIRYZA

Grèce : Affrontements à Athènes

Ce lundi 22 juin, 40 anarchistes du collectif « Rouviconas » se sont introduit dans une manifestation de droite réunissant 5000 personnes pour l’Union Européenne, le FMI et la politique d’austérité devant le parlement, place Syntagma. Les anarchistes ont brûlé des drapeaux européens, déployé une banderole, jeté des tracts et crié des slogans. Ils ont affronté quelques manifestants de droite. La police anti-émeute est intervenue et a arrêté tous les manifestants anarchistes.

 

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[Béziers] : 4 juillet contre le racisme et les violences policières

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[Limoges] : dix engins d’Eurovia-Vinci en flammes

La Populaire / mercredi 10 juin 2015

incendie-eurovia_2119300Des systèmes de mise à feu ont été découverts sur chacun des neuf engins de chantiers ravagés par un incendie chez Eurovia, dans la nuit de lundi à mardi. L’enquête a été confiée à la police judiciaire de Limoges. «On ne sait pas qui ça peut être. » Bertrand Duplessis, responsable de l’antenne Eurovia de Limoges, n’est sûr de rien, à part une chose. L’incendie survenu, peu après minuit, dans la nuit de lundi à mardi est d’origine volontaire. « On espère que l’enquête va permettre de trouver le ou les responsables », explique-t-il. L’enquête justement a été confiée à la police judiciaire de Limoges tandis que le parquet confirmait à notre journal qu’il s’agissait bien d’un acte délibéré et aucunement d’un accident.

 

« Plus d’un million de dégâts »

Les flammes étaient en train de ravager plusieurs véhicules de cette entreprise spécialisée dans la production et la mise en place de revêtements routiers, quand une vingtaine de sapeurs-pompiers de Limoges sont intervenus sur place, avenue Kennedy, en zone sud de la capitale limougeaude.

Les dégâts matériels sont très importants. Des camions et un engin de chantier au moins ont été détruits. « Il y en a pour plus d’un million d’euros », estime le responsable. A cela s’ajoutent « les chantiers qui vont prendre du retard et l’inactivité des salariés », explique Bertrand Duplessis. « Notre principal souci, poursuit Philippe Loiraud, délégué syndical CGT, c’est de savoir ce que vont devenir les postes de travail concernés. C’est déplorable de s’en prendre à une entreprise, car ce sont les salariés qui vont en payer le coût. » « On cherche des solutions, comme la location de matériel, reprend le dirigeant. On va tout faire pour que cet incident n’est pas d’impact sur l’emploi. »

Qui peut bien en vouloir ainsi à Eurovia ? En raison de la chaleur sur place, les premières constatations techniques ont été longues à mettre en place. Les policiers ont cependant pu déterminer que des systèmes de mise à feu avaient été placés sur les pneus des camions partis en fumée. Ils étaient constitués d’une bouteille remplie d’essence avec une bougie et un allume-feu.

Seule piste qui s’offre pour l’instant à la police, ces menaces transmises à différentes entreprises impliquées dans la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes contre laquelle différents recours seront justement examinés en justice le 18 juin. Des zadistes avaient promis à toute entreprise participant au chantier de l’aéroport des actions violentes. La destruction de leur matériel en faisait partie. Parmi les entreprises visées, on retrouvait Vinci… et Eurovia [Vinci est particuleriement active aussi dans la construction de taules; NdR].

Source: attaque.noblogs.org

4-5 juillet: weekend d’ateliers anarchosyndicalistes à Thiers !

Les syndicats CNT-AIT de Thiers et de Clermont-Ferrand organisent un weekend d’ateliers les 4 et  5 juillet. Il est ouvert à toutes et tous. Programme ici :

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Pour participer (hébergement possible et repas collectifs, vegan compris) : cntait63@gmail.com

 

 

 

[Barcelone] Émeute solidaire avec les anarchistes persécutés par l’Etat – 13 juin 2015

Une manifestation “anti-répression” a réuni près de 500 personnes ce samedi 13 juin 2015 [1] à Barcelone: sous le slogan “s’ils nous attaquent pour nos luttes, répondons par la lutte”, elle était appelée en solidarité avec les compagnons incarcérés et persécutés à la suite des opérations ‘Piñata’ (deux d’entre eux sont toujours incarcérés, trois autres sont sortis sous contrôle judficiaire) et ‘Pandora’ et plus globalement contre la répression envers les squats, ainsi que celles et ceux qui luttent contre l’Etat et cette société [2].

Dans la manif, on pouvait lire sur deux banderoles: “Ni baïllonné-es ni domestiqué-es, continuons de lutter !” et “La répression nous aime isolé-es, la solidarité nous rend forts” tout en entendant résonnés dans les rues les cris de “Liberté ! Liberté !”. 

Présents en grand nombre, les agents de la police anti-émeute des Mossos d’Esquadra ont voulu contrôlé et fiché les participant-es au niveau de la plaza de Sants. La réponse à ce coup répressif a été immédiate dans les rues du quartier de Sants et de l’Eixample: plus d’une vingtaine de manifestant-es ont détruit les vitres d’agences bancaires et immobilières, de commerces (dont un salon de beauté), d’un abribus, de trois concessionnaires automobiles (dont ceux de ‘Peugeot’ et ‘Ford’, où il y a eu un départ de feu). Des (A) cerclés et plusieurs slogans ont été tagués sur les façades des commerces.

Les flics des Mossos d’Esquadra ont réussi à scinder le cortège en deux groupes et dissous la marche par une charge.

Six personnes ont été interpellées pour “dégradations de mobilier urbain”. Après avoir passé la nuit au commissariat, elles comparaîtront devant le tribunal lundi matin. La police catalane a annoncé qu’elle continuait l’enquête et que de nouvelles arrestations n’étaient pas à exclure dans les prochains jours.

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Deux appels à la manif

[Reformulé de la presse espagnole, 14/06/2015]

NdT:

[1] journée internationale de solidarité avec les compagnon-nes persécuté-e-s par l’Etat espagnol.

Des banderoles ont été suspendues à Athènes en Grèce et à Melbourne en Australie:

"Opération Piñata 2015: ni coupables ni innocents, simplement anarchistes"

"13 juin: journée internationale de solidarité avec les anarchistes persécutés en Espagne"

[2] Contre la loi dite du “baillon” (interdiction de manifester), contre les condamnations qui ont plu sur les têtes de manifestant-es “anti-austérité”, etc…

 

Source: le chat noir émeutier

Contre l’Assistance Sexuelle, nous ne sommes pas des « Indésirables »

Trouvé sur http://handi-capable.eu.org/

Récemment, à l’occasion de la mise en place de la première formation d’assistant sexuel en France par l’association l’APPAS et de la sortie du film « Indésirables », le débat sur l’Assistance Sexuelle a été relancé, suscitant l’intérêt des médias.

S’il ne fait aucun doute que la vie affective et sexuelle des personnes handicapées est un sujet important, toutes les personnes concernées par le handicap sont loin d’être convaincues que l’assistance sexuelle est la meilleure réponse à leurs difficultés.

Au contraire, certains, comme nous, sont fondamentalement opposés à la mise en place d’un tel système auquel semblent pourtant souscrire beaucoup d’associations de personnes handicapées.

I. Vie affective et sexuelle des personnes handicapées : des difficultés réelles et multiples
Il est vrai que de nombreuses personnes handicapées rencontrent des difficultés pour accéder à une vie affective et sexuelle du fait de certaines limites physiques et/ou psychiques.

Toutefois, il serait réducteur de croire que ces limitations fonctionnelles suffisent à elles seules à expliquer les obstacles rencontrés. En effet, les multiples barrières sociales qui nous mettent à l’écart de la cité jouent un rôle majeur dans ces difficultés.

Ainsi, il faut rappeler, d’une part, que la plupart des lieux potentiels de rencontre classiques, (bars, universités, restaurants, les lieux de loisirs) sont trop souvent impossibles à fréquenter car inaccessibles et/ou inadaptés.

D’autre part, que de nombreuses personnes handicapées vivent encore dans un milieu institutionnel qui restreint leurs libertés et leurs possibilités de rencontres.

A cette exclusion spatiale et sociale s’ajoutent des représentations stigmatisantes, notamment s’agissant de notre vie affective et sexuelle.

D’une façon générale, les personnes handicapées sont associées à tout ce que notre société abhorre et attache au malheur : la laideur, la dépendance, la maladie (voire dans le pire des cas la contagion).

Sur le plan sexuel, elles sont souvent envisagées comme asexuées ou impuissantes et, en tout état de cause, incapables de donner du plaisir, de vivre ou de partager une sexualité réussie ou épanouissante.

Les personnes handicapées vivent donc dans une société qui leur renvoie une image profondément dégradée d’elles mêmes et qui refuse de les envisager comme des partenaires sexuels potentiels et banals, et ce, tout handicap confondu.

De plus, leur vie affective et sexuelle est peu ou mal représentée dans les médias. Les couples de personnes handicapées ou mixtes sont, par exemple, quasiment absents et quand ils sont visibles, c’est le plus souvent pour les présenter comme des phénomènes rares ou incompréhensibles.

En plus de ces préjugés propres au handicap, les personnes handicapées subissent les stéréotypes d’ordre général sur la sexualité et les clichés liés à la féminité et à la virilité.

De cette façon, il est communément admis que le sexe est essentiel à l’épanouissement et que l’épanouissement sexuel est lié au physique ou à la santé.

Il est également convenu que la « virginité » est honteuse, qu’une personne belle, selon les critères esthétiques dominants, est considérée comme forcément performante sexuellement, que pour être beau et désirable, il faut répondre aux critères de beauté édictés par les médias qui raisonnent en termes d’âge, poids, taille, proportions idéales, mais aussi que le sexe est une performance qui s’analyse en termes de durée, de fréquence, de nombre d’orgasmes, et qu’il signifie forcément pénétration.

Autant de présupposés normalisants systématiquement véhiculés par les médias, la publicité, la pornographie qui ont des répercussions directes sur les personnes handicapées dont la sexualité ne peut trouver de place dans un cadre aussi étriqué.

Considérés comme repoussants ou désagréables, la seule réponse possible à nos difficultés serait selon certains l’assistant sexuel, le seul qui, spécialement formé, pourrait consentir à avoir des relations intimes avec nous…

II. L’assistance sexuelle : mauvaise réponse fondée sur des idées erronées
1- A titre préalable, il est assez surprenant de relever qu’à ce jour, l’assistance sexuelle demeure une proposition assez floue de la part des défenseurs quant à ses modalités pratiques de mise en œuvre.
En effet, de nombreuses questions se posent sans vraiment trouver de réponse.

Tout d’abord, en admettant qu’un tel système voit légalement le jour, qui en seraient les bénéficiaires ? Uniquement les personnes ayant un handicap physique ? Seulement ceux qui ne peuvent pas accéder à leur corps ou d’autres ? Quels seraient les critères ?

Si l’assistance sexuelle est ouverte à toute personne handicapée qui en fait la demande, y compris celles qui peuvent accéder à leur corps et se masturber seules, qu’est-ce qui justifierait qu’elle ne soit pas ouverte à d’autres personnes en souffrance sur le plan sexuel pour d’autres raisons que le handicap ?

L’insatisfaction sexuelle n’est pas réservée aux personnes handicapées et beaucoup de personnes dites valides pourraient, pour des raisons diverses, revendiquer une telle assistance.

Ensuite, jusqu’où iraient les assistants sexuels ? Peau à peau, massages, caresses, stimulation manuelle, utilisation de sex-toys ou pénétration ? Serait-ce une prestation sexuelle ou juste une forme d’érotisme tarifé ?

Enfin, les assistants sexuels prendront-ils en compte toutes les orientations et pratiques sexuelles des personnes handicapées bénéficiaires ?

2- Tout aussi problématique, l’assistance sexuelle semble supposer que les personnes handicapées seraient un groupe homogène avec une sexualité spécifique auquel elle serait la plus apte à répondre.

Or, il est plutôt douteux de parler « d’une sexualité des personnes handicapées » puisque, à l’instar des personnes valides, nous sommes tous différents et nos attentes sexuelles sont aussi diverses que variées.

3- L’assistance sexuelle est de surcroît amplement associée aux soins dont elle serait une sorte de prolongement.

Cette présentation des plus contestable sous-entend que la relation sexuelle avec une personne handicapée serait presque aseptisée et clinique. Elle s’inscrit dans une approche médicale et passéiste de la personne handicapée, occultant la dimension sociale qui fait obstacle à l’accès des personnes handicapées à une vie sexuelle.

Elle prétend également que les personnes valides, candidates à l’assistance sexuelle, doivent être formées spécialement pour avoir des rapports sexuels avec une personne handicapée, ce qui n’a absolument aucun sens.

Les gestes nécessaires au positionnement ou au déshabillage pour avoir des relations sexuelles n’ont rien de spécifique et de différent de ceux pratiqués par la plupart des auxiliaires de vie de personnes handicapées. Ils pourraient donc parfaitement relever de l’aide humaine classique pour ceux qui en auraient besoin et non pas de l’assistance sexuelle.

Qui plus est, la plupart des personnes handicapées physiques peuvent expliquer ces gestes à leur partenaire.

4- Par ailleurs, les liens entre assistance et sexuelle et prostitution sont évidents et soulèvent aussi de nombreuses interrogations.

De deux choses l’une :

- Soit l’assistance sexuelle serait payante et dans ce cas, elle ne serait qu’une « spécialité » au sein d’une « activité » qui existe déjà : la prostitution.

Il s’agirait en fait d’une prostitution adaptée, et même valorisante, presque rédemptrice car s’adressant à un public considéré comme particulièrement « indésirable », « intouchable », totalement rejeté sans cette solution.

Tout comme la prostitution, le système s’adresserait d’abord et avant tout aux hommes. Si nous ne nions pas qu’une demande féminine existerait probablement, elle serait résiduelle, comme pour la prostitution.

Les hommes handicapés qui appellent à l’instauration de l’assistance sexuelle font d’ailleurs le même raisonnement que les clients de prostitués : leurs (supposés) besoins sont irrépressibles et vitaux. Il doit y avoir un système leur permettant d’utiliser des femmes ou des hommes pour satisfaire ce besoin.

La plupart des femmes ou des hommes qui seront amenés à pratiquer l’assistance sexuelle le feront aussi pour les mêmes raisons que dans la prostitution classique, à savoir la contrainte économique.

Les bénéficiaires, majoritairement des hommes handicapés, auront donc « accès » aux femmes et aux hommes les plus précaires.

L’assistance sexuelle serait dès lors un système misogyne et archaïque de marchandisation du corps supplémentaire, mais considéré comme acceptable, qui demanderait de surcroît à être reconnu légalement et à titre exceptionnel.

Sur ce point, il faut noter que les défenseurs de l’assistance sexuelle envisageraient de demander qu’elle soit financée au titre de la prestation destinée à compenser les difficultés liées au handicap (PCH).

Nous ne pouvons souscrire à une telle idée car si le sexe est un désir, une liberté, ce n’est pas un droit. S’il venait un jour à être reconnu, il vaudrait pour tout le monde et pas seulement pour les personnes handicapées.

- Soit l’assistance sexuelle serait gratuite, ou rémunérée à titre symbolique, ce qui équivaudrait à une quasi gratuité.

Dans ce cas, il s’agirait d’un acte de charité, de bienfaisance. Les volontaires seraient persuadés de faire une bonne action qui les grandirait. Ils seraient prêts au « sacrifice suprême ».

Se poserait alors la question de la sélection et de la motivation des volontaires : si ce n’est pas pour gagner de l’argent, comment éviter que des personnes qui s’engageraient dans une formation d’assistant sexuel ne le fassent dans le seul but d’utiliser des personnes handicapées comme objets de leurs fantasmes sexuels ?

Certaines personnes mal dans leur propre sexualité pourraient chercher à se rassurer à travers nous. Ce qui n’a rien de valorisant et pourrait s’avérer dangereux…

Compte-tenu de tous ces éléments, nous considérons que nous sommes légitimes à nous inquiéter de la mise en place d’un tel système. S’il venait à s’imposer, il aurait de toute évidence un impact qui irait bien au delà de ses « usagers » ou « clients ».

Il est, en effet, à craindre que toutes les personnes handicapées qui évoqueront le désir de trouver un partenaire soient renvoyées vers l’assistance sexuelle, devenue la voie d’accès « adaptée. »

L’assistance sexuelle confortera inévitablement l’idée qu’un rapport affectif ou sexuel entre valides et personnes handicapées n’est pas « normal ».

Une fois de plus, il s’agira donc d’une réponse stigmatisante aux difficultés des personnes handicapées, qui ne fera qu’aggraver leur exclusion.

Elle ne permettra pas aux personnes concernées de reprendre confiance en elles mais les enfermera dans une sexualité de seconde zone, les renverra encore à la marge et à l’étrangeté, comme le font déjà  les sites spécialisés et les agences de rencontres existants, réservés aux personnes handicapées ou à ceux qui veulent rencontrer exclusivement des personnes handicapées.

Conclusion

L’assistance sexuelle ne constitue pas une véritable réponse aux problèmes posés. Elle ne propose qu’une solution simpliste et conformiste qui permet de ne pas remettre en question le système de valeurs et les représentations en vigueur au sein de notre société, qui limite les possibilités d’avoir accès à une véritable sexualité.

L’assistance sexuelle ne va ni dans le sens de l’émancipation et de l’autonomie des personnes handicapées ni de leur libération sur un plan sexuel.

Si elle prétend proposer une vision avant-gardiste de la personne handicapée, force est de constater qu’elle s’inscrit à la fois dans la logique économique libérale qui fait de la sexualité un service commercial, dont elle nous propose d’être consommateurs, et dans une vision judéo-chrétienne qui place encore une fois la personne handicapée en objet de charité.

Elle place aussi l’accompagnant dans une situation à mi-chemin entre le prostitué et le bienfaiteur.

La sexualité devrait pourtant être libre et non marchande, impliquer de la réciprocité dans le désir et un échange égalitaire. Une réciprocité qui ne peut exister ni dans le rapport marchand ni dans le rapport caritatif.

A ceux qui soutiendraient que, faute de mieux, l’assistance sexuelle  pourrait être mise en place comme une solution provisoire, nous répondons que le risque est trop grand qu’elle ne devienne la seule et unique réponse aux éventuelles difficultés des personnes handicapées.

A notre sens, pour améliorer les choses efficacement et durablement, mieux vaudrait :

Abolir la ségrégation sociale et spatiale que subissent les personnes handicapées, en s’engageant notamment dans la désinstitutionnalisation.

Favoriser l’éducation sexuelle sans tabou dès le plus jeune âge, notamment pour les personnes handicapées elles-mêmes afin qu’elles puissent reprendre confiance en elles et se concevoir comme des partenaires à part entière.

Déconstruire et réinventer les représentations du sexe, du handicap, des femmes et des hommes.

Développer les solutions techniques existantes  qui pourraient aider les personnes handicapées dans leur sexualité.

Pour finir, nous affirmons avec force qu’il n’y a rien d’humaniste à entretenir une relation affective ou sexuelle avec l’un d’entre nous. Nous sommes désirables, nous sommes des partenaires potentiels à part entière, au même titre que les autres.

Elena CHAMORRO, enseignante, Mathilde FUCHS, militante associative, Lény MARQUES, blogueur, Elisa ROJAS, avocate.


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