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Archives pour juillet 2016

De quelques incohérences dans les manifs contre le projet de réforme du code du travail

Ce texte se base sur un mouvement d’actualité. Je pense qu’on peut néanmoins généraliser ces constatations à d’autres mouvements passés. Mais surtout, ce texte sert de mise en garde pour une éventuelle suite du présent mouvement, ainsi que pour d’autres futures luttes.

J’ai décidé de concentrer l’analyse sur trois points précis. J’ai bien conscience qu’il y a bien d’autres critiques à émettre, et j’encourage de telles analyses critiques à émerger (que ça soit individuellement aussi bien que collectivement, dans des sphères restreintes aussi bien que publiquement). Les deux premiers points sont basés sur des choses qui se sont passées localement, mais les critiques qu’ils soulèvent sont, je pense, largement généralisables aux autres villes.

Cette analyse part d’un point de vue anarchiste.

 

 

 

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1 – Diffusion par certaines sonos d’artistes aux propos politiquement confus

Tous les morceaux de phrases de cette partie ne sont pas forcément des citations, il peut être utile d’avoir les paroles sous les yeux pour suivre correctement.

Une chanteuse semble avoir été une sorte d’emblème d’une certaine tendance (principalement nuit-deboutiste) dans les dernières manifestations : Keny Arkana. A écouter ses chansons sans trop prêter attention aux paroles, on pourrait effectivement croire qu’elles sont d’incessants appels à la révolte, à la révolution etc… En réalité, il n’en est rien. Comme les autres artistes et intellectuel-le-s altermondialistes et altercapitalistes, elle saupoudre un discours totalement réactionnaire d’une petite dose de vocable « militant ».

Sa chanson phare, « Réveillez-vous » a même fait localement l’objet d’une chorégraphie (par des nuit-deboutistes) et a été diffusée jusqu’à la nausée régulièrement pendant l’actuel mouvement. Il est intéressant de faire une petite analyse rapide des paroles :

 Aucune notion de lutte des classes, on a même un interclassisme assez incroyable. Elle utilise les mots « populace » (qu’ « on divise »), « peuple », qui sont des notions regroupant aussi bien les exploité-e-s que les exploiteurs/exploitrices, sans jamais remettre cela en question (sauf quand c’est pour parler des « élites » qui réduiraient le « peuple » en esclavage, ce qui est une analyse fausse et politiquement mal dirigée de la situation sociale). « On aura besoin de tout le monde tout le monde tout le monde !! » là, elle persiste et signe. 
 Certaines phrases sont clairement conspirationnistes « Une guerre glaciale de moins en moins discrète » Référence à la guerre froide ? Si c’est le cas, on peut imaginer qu’elle est du côté du bloc qui est contre les Etats-unis qui, c’est bien connu, sont les grands méchants (l’imaginaire collectif voulant que le « grand capital » y tire ses origines). « Nouvel Ordre OFFICIEUX, terrorisme OFFICIEL ! » Là, elle semble vouloir faire référence au « nouvel ordre mondial »… « Campagne de disparition marketing pour qu’on accepte les puces dans l’corps » Il n’y a plus de doute possible sur l’aspect conspirationniste de ses paroles. Parlons maintenant du titre, qui revient régulièrement dans le refrain : « Réveillez-vous ». Là on est dans le même domaine que le « Il faut conscientiser les masses ». Les militant-e-s seraient l’avant-garde éclairée et il faudrait éduquer, réveiller, guider le « peeeuuuple » pour qu’il soit éveillé et se batte à leurs côtés. Se battre ? Bah en fait non, parce que Keny Arkana nous dit : « On nique pas le système en voulant le détruire, on nique le système en construisant sans lui » alors là on apprend que, si Keny Arkana est « réveillée » et « consciente », elle ne devait pas l’être beaucoup en cours d’Histoire, ou du moins elle n’a pas dû beaucoup étudier l’Histoire des luttes, et en particulier celle des révolutions. Keny Arkana veut donc nous confiner à la « pacivité » (pour celles et ceux qui n’auraient pas compris, pacifisme + passivité). Celle-là elle est bien gratinée aussi dans le genre : « Car un virus c’est mieux qu’une guerre pour exterminer un peuple ! » Est-ce qu’elle fait référence aux théories du complot concernant le SIDA ou bien à cette histoire de couvertures infectées données aux amérindiens dont un certain Dieudonné est particulièrement friand ? A la fin, on a « Babylone » qui arrive là, on sait pas trop pourquoi (peut-être pour suivre le mouvement des artistes qui passent à la Fête de l’Huma…). Wikipedia nous indique que Babylone est une « notion qui désigne l’occident corrompu et décadent chez les rastafaris ». 
 Dernier point, et pas des moindres, la promotion de la religion comme porte de sortie viable. Bon déjà le « Réveillez-vous » nous renvoie quand-même à une sorte d’éveil mystique. « Nous on croit pas en leur justice nous on croit en celle de Là-haut ! » Donc là, elle parle clairement de la « justice divine ». « Energie nucléaire, saccageant la création » Utilisé comme ça, « la création » fait clairement référence à « l’œuvre divine ».

Voilà donc ce qui a été diffusé à outrance dans certaines manifs.

Pour terminer sur Keny Arkana, citons un extrait des paroles d’une de ses dernières chansons, « Une seule humanité » (on notera toujours sa volonté caractéristique de mettre tou-te-s les humain-e-s dans le même sac, sans prendre en compte des intérêts antagonistes) : « L’indifférence n’est pas la paix, la solution n’est pas dans la révolte » Voilà. La solution n’est pas dans la révolte. Merci Keny, prions pour notre salut alors.

Bon. On a aussi ces guignols des Sales Majestés qui sont diffusés à chaque manif, dont le contenu des paroles n’est là pas conspirationniste, ni mystique, mais tout simplement ridicule. L’immense majorité des chansons diffusées par les sonos grésillantes lors des manifs se trouve être du même niveau. Cela fait bien longtemps que ne sont plus diffusées des chansons au contenu réellement révolutionnaire, et c’est un gros problème vue l’importance que prend la diffusion de musique dans les manifs syndicales.

Il est important que les manifestations, même syndicales soient des moments où les messages portés sont intelligibles et font appels à des notions/concepts tout à fait clairs et dépeignant le futur qu’on souhaite (ou dénonçant intelligemment le présent qu’on rejette).

2 – Utilisation de symboles nationalistes

La grande majorité des symboles nationalistes brandis par une partie des manifestant-e-s sont issus, et ce n’est pas un hasard, de la révolution bourgeoise française de 1789. Ces personnes pensent en effet généralement que cette révolution a permis la libération de ce qu’ils nomment « le peuple » (avec toujours cette vision interclassiste des choses) via la naissance de la république et l’émergence de pratiques et d’un mode de gouvernance (la démocratie) censés garantir à chacun la liberté et la possibilité d’avoir un poids sur les décisions prises. Il est évident, si on part d’un point de vue anarchiste, que la démocratie doit être vivement critiquée et rejetée, quelque soit la forme sous laquelle elle est appliquée. Ces personnes, donc, ne voient pas que la nation est une prison physique, de par les frontières dont elle ne peut se passer, mais aussi psychologique, de par toute la propagande qu’elle met sans arrêt en place afin de se faire passer pour indispensable. Leur incohérence militante (certain-e-s appellent ça « convergence des luttes ») leur permet cependant d’aller jusqu’à soutenir les luttes des sans-papiers, alors que les frontières qu’ils adulent à travers la nation sont tous les jours à l’origine de la mort de personnes qui cherchent à les traverser.

Localement, on a eu droit à « la marseillaise » chantée au mégaphone. Moins localement, il y a eu le cas de la marseillaise carrément diffusée via une sono syndicale (mais en fait ils avaient une excuse : elle s’est malencontreusement trouvée entre « Le chant des partisans » (autre hymne nationaliste…) et Keny Arkana dans la liste de lecture [1]…).

A au moins trois reprise, on a vu le sale drapeau français brandi sans honte (dont une fois sur le camion des stals de la CGT). Il est ici intéressant de constater que quand on fait remarquer à ces imbéciles combien ce geste est stupide (d’autant plus lorsqu’il est accompagné d’un « Allez les bleus ! » à l’intention des flics), ces personnes deviennent alors violentes, menaçantes et insultantes alors même qu’elles s’indignaient, quelques mois plus tôt, de la « violence » de certain-e-s manifestant-e-s contre des vitrines. Est-il réellement toujours nécessaire de préciser en quoi brandir le drapeau de la fRance est quelque chose qui ne peut être toléré ? Certains esprits chagrins répondront certainement que ce drapeau a été entaché par les actions d’une prétendue « oligarchie » (autre terme qui fait partie du vocable de ces sociaux-chauvins). La vérité est que ce drapeau ne peut représenter autre chose, puisque ce sont les idées qui l’ont vu naître qui sont à l’origine des actes qui sont censés l’entacher ((néo-)colonialisme, patriarcat, haine de tout ce qui sort de la norme étatique, guerres, etc…). Les couleurs elles-même sont issues de la réaction : Le bleu et le rouge sont les couleurs de la ville de Paris imposées par Etienne Marcel un riche bourgeois qui vécu au XIVème siècle. Le blanc est la couleur associée à la monarchie française. Les trois couleur on été régulièrement utilisée par les rois de fRance depuis le Moyen-Âge.

Il est ici question du drapeau français, mais en fait, il est clair que tous les drapeaux (nationaux, en tout cas) doivent brûler puisqu’ils sont tous indissociables de l’idée de nation, du rassemblement de millions d’individualités sous une même identité imaginaire, un « fantôme » comme dirait Stirner. Ainsi, l’imbécile qui a exhibé le drapeau chilien, et tous les autres qui auraient fait de même avec d’autres drapeaux nationalistes n’échappent pas à la critique. Ils et elles sont et resteront nos ennemi-e-s tant qu’ils et elles ne lâcheront pas leurs hochets (aussi bien physiquement que psychologiquement, donc).

Enfin, il y a eu cette fresque, qui a tant fait parler d’elle. On y voyait deux CRS matraquer marianne, l’allégorie de la république. Cette fresque est insultante et représente quelque chose de foncièrement faux (d’ailleurs, les flics ne s’y sont pas trompés, eux). En effet, marianne, la république, la démocratie, la nation, c’est bel et bien elleux, les flics. Les forces répressives sont bel et bien une composante de la nation, de l’Etat, et comme ses autres composantes, elles en sont totalement indissociables et doivent être combattues. Ce n’est donc pas cette sale allégorie qui aurait dû être représentée sous les matraques des laquais étatiques, mais un-e manifestant-e (masqué-e, de préférence, pour qu’il soit impossible de l’associer à quelque identité imaginaire que ce soit). Cependant il ne faut pas être dupe. Cette manière de voir la répression et de la représenter n’est pas une erreur de la part de l’artiste qui a commis cette fresque. Il s’agit d’une réelle vision politique. Suite à l’agitation médiatique provoquée par cette fresque, on a ainsi échappé de peu (grâce au courage et à l’intransigeance de quelques personnes) à une banderole sur laquelle il était écrit « Nous sommes Marianne »…

Ces faits pourraient rester des anecdotes. Le problème c’est qu’ils n’en sont pas. Ils sont l’illustration du repli nationaliste auquel on assiste chaque fois que les attaques du capitalisme se font plus agressives (les économistes appellent ces périodes des « crises »), et ce serait faire une grave erreur que de considérer que ce repli nationaliste ne se fait qu’à la droite de l’échiquier politique.

3 – Des slogans qui laissent perplexe…

Ici, les exemples sont beaucoup plus facilement généralisables à l’ensemble du mouvement. Pêle-mêle, on a eu droit à des appels à des notions faisant état d’une grande confusion politique (« […] le peuple aura ta peau », « El-Khomri à la mine, Macron au charbon »), des slogans sexistes, d’autres faisant appel à la haine des sexualités et amours que les normes étatiques et religieuses réprouvent. On a eu aussi, beaucoup trop souvent, des appels aux flics à nous rejoindre (« Quitte la police et rejoins la manif », auquel on aurait envie de répondre « Quitte la manif et rejoins la police »). Enfin, on peut citer ces incantations, répétées à l’envi manif syndicale après manif syndicale, qui non seulement ne portent en elles aucune envie, malgré ce qu’elles peuvent laisser entendre, de changer quoi que ce soit, mais dépeignent en plus un monde qui n’est pas souhaitable. Parmi elles, la sempiternelle « […] Partage du temps de travail, partage des richesses, ou alors ça va péter ! ». A titre personnel, je ne souhaite pas le partage du temps de travail, je souhaite la fin claire et totale du travail. De même que je ne souhaite pas le partage des richesses, mais la destruction de toute notion de richesse. Et puis ce « ou alors ça va péter »… Comment peut-on brandir une menace depuis plus de 10 ans sans non seulement jamais la mettre à exécution, mais en plus sans souhaiter une seule seconde la mettre à exécution ?

A plusieurs reprises, des slogans réellement radicaux ont pu être scandés. Des slogans réformistes ont pu être détournés pour leur apporter une radicalité dont ils manquaient cruellement, mais force est de constater qu’ils ont été finalement assez peu suivis, peut-être parce qu’ils ne venaient d’aucune sono officielle. On a même parfois été témoin du processus inverse (« Tout le monde déteste la police » qui devient « Tout le monde déteste le PS » [2]…)

Pourquoi avoir abordé ces thématiques alors ? Premièrement, je pense qu’elles sont liées entre-elles et partent d’un projet de société que nous, anarchistes, ne pouvons partager (encore faudrait-il qu’on partage l’idée-même de société). En effet, la gauche nationaliste (ou le social-chauvinisme) ne souhaite pas la fin du capitalisme mais seulement une réforme de ce dernier pour qu’il devienne plus humain [3]. De même, elle ne souhaite pas non plus la suppression des frontières, s’imaginant que cantonner le capitalisme aux frontières nationales permettrait un meilleur contrôle sur celui-ci afin de s’assurer qu’il reste « humain ». Enfin, les modes de gouvernance prônés par la gauche nationaliste sont profondément autoritaires, même (et peut-être « surtout ») lorsqu’elle prétend vouloir instaurer une « démocratie directe ».

Ensuite, je pense qu’il est nécessaire qu’on puisse s’organiser pour faire reculer cette gauche nationaliste et la chasser (ou du moins s’opposer à chacune de ses tentatives d’imposer ses divers hochets (drapeaux, hymnes, slogans, symboles)) de nos manifs. Cela doit passer par une présence physique certes, mais pas seulement. La démystification de ses divers argumentaires doit aussi être faite via la distribution de tracts, le collage d’affiches (éventuellement par dessus les leurs…), etc.

Il serait absurde de notre part de ne souhaiter que l’abrogation de la réforme du code du travail (ou de ne souhaiter que l’objectif officiel de chacune des manifestations syndicales auxquelles nous participons). Puisque nos objectifs sont révolutionnaires, et pour que nos actes soient dirigés vers ces objectifs, il est important que la pensée qui guide l’agir soit claire et épurée de toute idéologie dont est fait le vieux monde.

Nationalistes, conspirationnistes, altercapitalistes, nous n’avons pas besoin de vous à nos côtés, vous n’êtes rien de moins que des ennemis et il est plus que jamais urgent que nous vous traitions comme tels.

[1https://rebellyon.info/La-Marseilla…

[2] Le PS n’est pas le seul parti qu’on est censés détester. Nous devons détester tous les partis, tou-te-s les gouvernant-e-s et tou-te-s les aspirant-e-s à quelque gouvernance que ce soit.

[3] Ce qui est impossible, le capitalisme se basant toujours sur l’exploitation de la force de travail de personnes ne possédant pas les moyens de production.

Source : Indy Nantes



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