Archives pour août 2016

Quatre abandons et une abolition

Quatre abandons et une abolition

 

1. Je dois abandonner toute forme d’identité.

L’identité est extérieure à l’individu. Elle est la conséquence de son appartenance imposée à une catégorie sociale qui lui est préexistante. Ces catégories sociales sont arbitraires – pourquoi être femme, noire, lesbienne ou prolétaire sont des catégories sociales et pas le fait d’être yeux-verts, ambidextre, albinos ou intolérant au lactose ? – et déterminent si les individus qui y sont classés vont subir ou non de l’oppression. S’identifier à une catégorie, c’est faire sienne son oppression ou alors assumer son rôle de bourreau comme étant constitutif de sa personne.

2. Je dois abandonner toute prétention à l’innocence.

Tout appel à l’innocence est non seulement futile, mais dangereux. Faire valoir qu’une personne mérite la liberté, la protection ou la justice parce qu’elle est innocente – parce qu’elle s’est abstenue de tout péché, de tout crime et de toute transgression – implique qu’il y ait des formes d’oppression qu’on mérite et d’autres qu’on ne mérite pas. Or, l’oppression n’a rien à voir avec le mérite individuel et tout à voir avec l’appartenance de l’individu à une catégorie sociale arbitrairement définie. La violence que les dispositifs du pouvoir exercent sur nous est totalement gratuite ; l’exigence de critères de tenue morale pour que cesse l’oppression est un dispositif du pouvoir.

Il faut libérer tous les prisonniers – même ceux qui sont innocents.

3. Je dois abandonner toute ambition de légitimité.

L’appartenance à une catégorie opprimée étant arbitraire, elle ne peut être source de légitimité. Il faut renoncer à l’idée que le la révolution est faite au nom d’une catégorie opprimée qui serait fondamentalement innocente (et donc, juste) que les révolutionnaires auraient la tâche de représenter. Les catégories sociales opprimées n’ont qu’une fonction : justifier l’oppression. Les prendre à rebours et leur attribuer de la valeur ne fait que préparer les oppressions à venir.

4. Je dois abandonner tout devoir de solidarité.

La seule lutte cohérente et honnête est celle que je mène pour mes propres raisons. C’est une lutte basée de façon immanente sur mes propres désirs. Toute cause supérieure à moi-même finissant toujours par gouverner ma vie, je dois, à l’instar de Max Stirner, « fonder ma cause sur rien ».

Si le fait d’appartenir à une catégorie sociale est arbitraire, le fait d’avoir un ennemi commun est tout aussi arbitraire. J’ai peut-être un ennemi commun avec vous ; cela ne signifie pas que notre expérience de l’oppression soit la même ; il se peut même que nous soyons radicalement antagonistes dû à notre appartenance simultanée et parallèle à d’autres catégories sociales. Il vaut donc mieux que nous rejetions tout modèle de solidarité fondée sur l’empathie, la sympathie, la charité, ou l’idée que la communauté d’ennemis crée la communauté d’intérêts.

Si nous luttons parce que ce sont nos propres vies qui nous y obligent et que ce sont nos propres désirs qui orientent cette lutte, que reste-t-il de la solidarité outre une coquille vide moralisatrice ? Marchez à mes côtés seulement si le chemin que j’emprunte mène à la destination que vous avez choisie – avec la conviction que nous ne nous devons mutuellement rien du tout et que la passion qui nous unit est totalement gratuite.

5. Je dois m’abolir moi-même

S’abolir soi-même signifie se dissocier radicalement de son identité et entrer dans un processus de désidentification. Chaque fois que j’accepte d’être réduite à une catégorie sociale, j’accepte de n’être qu’un fantôme, une moins-que-moi – une moins-que-rien. Le moi que je dois abolir, c’est le corps social, celui qui est strié par toutes les appartenances qui m’ont été imposées – ou que l’on a réussi à me faire croire que j’ai choisies – celui qui est mesuré, compté, jaugé et classé : celui qui est corvéable, redevable, responsable et ultimement, coupable. Ce corps est celui qui opprime et qui est opprimé ; les stries qu’il porte sont aussi les marques du fouet du bourreau.

Voilà à quoi se résume mon programme : devenir si lisse que rien n’arrivera à coller à ma peau – pas même mon nom.

[Repris du blog flegmatique d’Anne Archet.]

[Espagne] : Dossier classé contre les compagnon-ne-s de l’Opération Pandora 2 !

Par différents biais nous est parvenue la bonne nouvelle selon laquelle le dossier contre les compagnon-ne-s réprimé-e-s dans le cadre de la seconde partie de l’Opération Pandora a été classé.

La juge en charge de l’affaire a affirmé qu’ “au cours de la procédure en question n’ont pas été obtenues des données objectives, accessibles à des tiers et vérifiables pouvant être considérées comme des indices pour affirmer, ne serait-ce qu’à titre indicatif, la participation des personnes mises sous enquête aux faits qui leur sont imputés“.

La juge considère que l’unité qui a dirigé l’enquête (le Service d’Analyse du Commissariat Général de Renseignement des Mossos) “a seulement réussi à prouver que les personnes sous enquête étaient en relation avec des personnes du collectif anarchiste, dont certaines avec des antécédents pénaux”. Les rapports successifs de cette unité “se sont limités à informer sur des réunions, des voyages et des visites en prison”, mais la juge ne voit aucun élément de preuve en lien avec des faits illicites ou avec l’appartenance à aucune “organisation terroriste”. Plus de 500 flics, des mois d’enquête, pour arriver à la conclusion que les personnes arrêtées étaient en relation avec des personnes du milieu anarchiste …

Il faut aussi mentionner que dans la résolution de justice ils se réfèrent aux GAC en tant que Groupes Anarchistes Catalans, ce qui démontre une fois de plus le cacao mental de cette scorie.

La stratégie de l’Etat est de nouveau mise en évidence, qui consiste à attaquer la solidarité anarchiste de toutes les manières possibles. Avec pour objectif de paralyser cette solidarité, ainsi que les luttes auxquelles nous participons, en faisant usage de toute leur force dans des opérations spectaculaires qui frappent le milieu anarchiste.

Face à cela, il ne nous reste qu’à nous préparer pour ce qui est susceptible d’arriver à l’avenir, à renforcer nos liens de solidarité et à soutenir celles et ceux qui restent impliqué-e-s dans des procédures répressives ; à rester fermes dans notre lutte contre l’Etat et contre toute autorité, et à montrer très clairement que la répression ne parvient qu’à incendier plus encore nos cœurs.

Et malgré la bonne nouvelle, nous rappelons que beaucoup de compagnon-ne-s sont encore en attente de procès pour les différentes parties de cette procédure répressive et que des compagnon-ne-s sont encore en prison, comme Mónica et Francisco, récemment condamné-e-s à 12 ans de prison. La solidarité doit continuer, la lutte doit continuer.

Ni innocents ni coupables, simplement anarchistes
La main tendue au/à la compagnon-ne. Le poing serré contre l’ennemi

[Traduit de l’espagnol de ContraMadriz, junio 15, 2016]

Source: brèves du désordre



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