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[Montevideo] : Le lit des journalistes

Ce qui alimente le show c’est le show lui-même, il n’y a rien en dehors de cela… “Le show doit toujours continuer” n’est pas la consigne de quelque vieil acteur manquant d’éthique, c’est la logique de fonctionnement et le sens du monde actuel. Dans un monde totalement médiatisé par l’image, celle-ci se transforme non seulement en véhicule par excellence de “tout ce qui se passe”, mais aussi en une vraie “nécessité”. Aujourd’hui, l’image c’est tout, ce que confirment y compris les défenseurs usés d’autres langages. L’image est une nécessité impérieuse et quelque chose à défendre à mort pour ceux qui tirent profit de sa répétition. Il en va ainsi, et les médias dits d’information défendent explicitement l’image et le spectacle.

 

Le cas de la presse est symptomatique. Son intime relation avec le Pouvoir, son rôle concret dans les mécanismes de consensus sont déjà archi-connus, mais la défense puérile qui en est faite attire souvent l’attention. Les progressistes et autres libéraux ont perdu toute conviction, sauf celle de n’en avoir aucune. Quant à nous, nous devons continuer à dire les choses très clairement : comme la police ou les services de renseignement, la presse est un organisme de plus du Capital et de l’Etat, elle n’a aucun rapport avec la liberté, sauf par hasard. La relative “indépendance” d’un journaliste quelconque, telle ou telle histoire particulière, et même les cas de contradiction avec les gouvernements de circonstance ne sont qu’anecdotiques. Une analyse un tant soi peu approfondie de la presse dans son rapport à la création, au maintien et au renforcement de l’ordre existant montre clairement sa fonction de collabo.

Les derniers faits de tension entre la presse et des manifestants lors d’une manifestation à Montevideo le 8 mars dernier, qui se sont soldés par des coups et une caméra endommagée, en sont l’exacte démonstration. La nécessité de créer des nouvelles, de créer l’opinion de la part d’un plumítif de la chaine étatique n’est en rien surprenant. De même que ne suscitent aucune surprise – par les temps qui courent cela relève bien plus de la routine quotidienne –, la défense corporatiste du cameraman ou l’incompréhension volontaire des organisateurs de la manifestation, tentant pathétiquement de faire bonne figure face au fantasme de l’“opinion publique”. Le “quatrième pouvoir”, n’est pas un pouvoir séparé et régulateur du pouvoir de l’État, il fait partie d’un même ensemble appelé génériquement par les révolutionnaires : l’Etat.

L’image est la médiation par excellence dans le monde dans lequel nous vivons et la presse fait partie, même si elle n’est plus le principal vecteur, du mécanisme par lequel ces images parviennent et s’imposent aux personnes. Le terme de médier pourrait méprendre ceux qui pensent qu’il s’agit simplement de “montrer” ou même d’expliquer un fait, mais médier est beaucoup plus que montrer quelque chose, c’est aussi construire ce fait. “Nous faisons notre travail” est l’habituel cheval de bataille des employés des médias lorsqu’ils exposent les gens pour les fins du spectacle. Leur travail fait simplement fonction de stigmatisation, de “Caméra Témoin” lorsqu’il ridiculise les plus pauvres ou exclus dans ses “infos”, tout comme c’est seulement leur travail qui balance en créant la nouvelle d’une manif et en filmant des compagnons qui taguent une banque. Il est encore plus clair que leur travail est celui du flic qui attaque un manifestant ou celui du “service” qui va le chercher chez lui.

Les journaux télévisés, sponsorisés par les banques, les caisses de crédit ou un Ministère quelconque, ont pour rôle de “montrer” ce qui se passe, prétend même quelque audacieux défenseur de leur rôle. Mais même ceux qui soutiennent ce point de vue doivent admettre qu’à l’“époque actuelle », et pour les intérêts des affaires de l’entreprise (du fait d’être attachés à un marché concurrentiel), leur dynamique propre les oblige à spectaculariser les faits, à répéter en boucle, à mettre en musique et à épicer ce qui “se passe”. D’où la logique du caméraman dans une manif qui ne se limite pas à attendre que le mur soit peint pour filmer ce qui est tagué, mais fait risquer leur liberté à ceux qui font l’action en les filmant sur le champ. Le “show commande”, le spectacle commande, ce qui signifie que ce sont l’argent, le pouvoir et l’ordre établi qui commandent, leurs employés ne font qu’obéir.

Mais les réalités se croisent et souvent s’affrontent.

Ceux qui mettent en danger la vie et la liberté d’un compagnon pour entretenir le show capitaliste choisissent leur misérable place. Ceux qui s’affrontent à l’ordre existant, à sa logique et à ses défenseurs, et qui plus est refusent de se transformer en flics ou en politiciens, font aussi leur choix. Ils optent pour ne pas respecter la propriété privée des banques, des institutions de crédit et des autres maitres du monde, ils décident de peindre leurs façades et d’appeler à la révolte. Pour tous, il est clair que lutter est un choix, un choix conscient, et c’est la responsabilité qui amène à le faire dans un contexte déterminé et en prenant des mesures de sécurité. Dans le show actuel, dans l’Etat policier dans lequel nous vivons, il serait irresponsable ou puéril de vouloir lutter pour changer les choses sans faire attention à soi et aux autres. Qui lutte sans faire attention est soit naïf et désinformé à l’excès, soit irresponsable. a travers ses défenseurs, l’Etat combat les rebelles : faire attention, ne pas se laisser filmer, ou ne pas laisser filmer les autres est un acte de responsabilité.

Ceux qui risquent la vie et la liberté, non seulement du compagnon qui tague mais aussi de tous les autres, doit aussi savoir que son action a des conséquences, et la justification selon laquelle c’est “son travail” (la même que donnent les flics) est simplement puérile ou totalement cynique. Cette mauvaise excuse fait aujourd’hui partie d’un mal généralisé qui consiste à ne pas assumer ses choix. Qu’est-ce qui amène le caméraman à ne pas filmer les tags seulement après qu’ils soient faits ? Le show, la création de nouvelles, le choix de servir le maître, la puissante logique de devoir capter l’image du moment. Avoir l’image, bien que cela implique de risquer la liberté des autres.

Jouer avec les personnes, avec nous, avec nos frères, nos parents et nos enfants comme le fait le capital, les exploiter, les placer sous la domination de l’argent et de sa course effrénée vers le néant, n’est pas une simple option qu’on choisit pour s’en défaire ensuite. Risquer la liberté de ceux qui luttent contre la domination en toute responsabilité est un acte méprisable. Ceux qui mettent en danger nos compagnons pour servir leurs maîtres, pour alimenter le chaos d’images sans aucun sens, et la répétition incessante d’images dans le meilleur des cas hors contexte façon jeux du cirque, ne peuvent en rien juger ceux qui se battent. Ceux qui mettent en danger la vie de nos compagnons ne sont que des flics, des mercenaires irresponsables. Toute leur légitimité vient d’un monde de domination, elle vient et va vers le néant. La liberté ne dort pas dans le lit des journalistes.

Des anarchistes.

[Traduit de l’espagnol de contrainfo par Brèves du Désordre, 5 abril 2016 ]

Un après-midi militarisé à Bruxelles

Un appel à un rassemblement contre la militarisation de nos vies et contre tout pouvoir, qu’il s’appelle islamique ou démocratique, avait été largement diffusé la semaine dernière. Rendez-vous était donné le 9 avril sur l’avenue Stalingrad, près de la Gare du Midi à Bruxelles. Cet après-midi là, la police a occupé l’endroit du rassemblement et militarisé un large périmètre autour (allant jusqu’à Anneesens, la place Jeu de Balles, la place Bara et la porte d’Anderlecht). A l’arrivée des premiers manifestants et dès le déploiement d’une banderole juste en face de l’endroit occupé par la flicaille, les policiers foncent et encerclent les manifestants. Ils seront dix à se faire embarquer pour être amenés au commissariat d’Anderlecht. Rejoints un peu plus tard par encore 6 autres personnes arrêtées, ils seront relâchés au compte-goutte pendant la nuit. Au commissariat, comme d’habitude, les policiers ont donné quelques claques à des récalcitrants menottés.

Entre temps, d’autres personnes qui cherchaient à s’approcher le lieu du rendez-vous se font contrôler par la police qui leur signifie que tout rassemblement est interdit sur l’ordre du bourgmestre Mayeur. Vers 19h, la police profite des forces mobilisées pour faire une autre descente au Passage (le compteur est maintenant sur 3), l’espace de lutte contre la maxi-prison à Anderlecht. Les copines et copains présents se font contrôler, le lieu est fouillé. Un compagnon est embarqué car « recherché » dans le cadre de l’enquête menée par le juge d’instruction De Coster à propos de la lutte contre la construction de la maxi-prison. Après une nuit passée au commissariat, des policiers de la section antiterroriste de la Police Fédérale viendront le chercher. Ils l’amènent au quartier-général dans la rue Royale, ils feront une tentative d’interrogatoire (le compagnon a refusé de répondre à toute question) pour ensuite le relâcher.

Le message de la part de l’État ne pouvait être plus clair : toute personne qui ose critiquer la militarisation en cours à Bruxelles, qui refuse de choisir entre deux camps pourris (le califat et l’État belge), qui propose l’auto-organisation et l’action directe comme moyens de lutte contre toute oppression et contre tout pouvoir, peut s’attendre à une réponse musclée.

Difficile d’empêcher l’esprit d’alors réfléchir sur quelques analogies. A Raqqa, capitale de l’État Islamique, toute manifestation critique est interdite et étouffée ; à Bruxelles, capitale de l’État belge et de l’Union Européenne, toute manifestation critique est interdite et étouffée. A Raqqa, c’est la Hisbah, la police religieuse du califat, à la tête duquel se trouve le belge Hicham Chaib, qui sévit contre toute opposition à la loi imposée là-bas ; à Bruxelles, c’est tout simplement la Police, à la tête de laquelle se trouve le belge Vandersmissen, qui sévit contre toute action qui s’oppose à la loi imposée ici. A Raqqa, les bombes larguées par les avions occidentaux ne ciblent pas uniquement les bases militaires des partisans de la guerre sainte, mais aussi les hôpitaux, les banques de sang, les écoles, la distribution de l’eau, les places ; à Bruxelles, les kamikazes sous les ordres de l’État Islamique ne ciblent pas du tout les bases répressives de l’État belge, mais se font exploser dans le métro et à l’aéroport. A Raqqa, toute presse est interdite ; à Bruxelles, la presse du monde entier ne cesse de mettre la pression sur les quartiers pauvres, tandis que la presse belge se distingue ces derniers temps particulièrement par son zèle d’appliquer les consignes de la police (« afin de ne pas nuire aux enquêtes ») et de publier, mot pour mot, ce que le gouvernement leur demande. A Raqqa, distribuer un tract, faire un graffiti, déployer une banderole qui revendique la liberté est passable de la peine de mort ; à Bruxelles, distribuer un tract anarchiste, faire un graffiti contre le pouvoir, déployer une banderole qui revendique la liberté, est susceptible d’engendrer une arrestation et est désormais passible de longues peines de prison pour… « incitation au terrorisme ». A Raqqa, les patrouilles de la Hisbah tentent de quadriller toute la ville ; à Bruxelles, les caméras de surveillance quadrillent toute la ville, la police fédérale utilise tout moyen possible (micros, caméras cachés, interception du courrier, observations, filatures) pour surveiller des anti-autoritaires, et pas seulement.

Exagéré, dites-vous ? Pourtant, tout pouvoir n’a qu’un seul objectif : maintenir son règne et étouffer tous ceux qui cherchent à s’y opposer. En cela, l’État belge et l’État Islamique ont quelque chose de très important en commun. Et c’est bien ça que les anarchistes, les révolutionnaires et les anti-autoritaires, dans les villes syriennes comme dans les villes belges, combattent.

Si à Raqqa, les activistes révolutionnaires n’appellent plus à des rassemblements, ce n’est pas qu’ils ont abandonné la lutte contre le régime de Bashar el-Assad et le régime de l’État Islamique. C’est parce qu’ils luttent désormais d’une autre façon, mais avec autant de détermination et d’audace, pour détruire ce qui les opprime. Alors, si à Bruxelles…

Contre tout pouvoir, sabotons la militarisation de Bruxelles.

11 avril 2016

[La cavale, 11 avril 2016]

[Clermont-Ferrand] : A toi qui passes ta nuit debout

OK ta vie quotidienne s’est construite et suit son cours dans un cadre autoritaire. Que ce soit dans ta famille, à l’école, au taf, à Pôle Emploi, chez le médecin et jusque dans ton salon, tu ploies sous les contraintes et les injonctions. On te martèle la tête avec ce que tu DOIS faire, les limites à NE PAS dépasser, jusqu’à ce que par conviction ou lassitude, tu fasses le choix de te résigner, de rentrer dans le rang.
Début mars, quelque chose s’est passé. A en croire tous les météorologues gauchistes et autres syndicalistes perchés sur une échelle dans leur petit bocal, il se profilait à l’horizon une belle tempête sociale. Peut-être même aussi balèze que le CPE il y a dix ans. C’est dire ! Toi tu t’es dit : « Bon, que l’État m’écrase, que les patrons m’exploitent tous les jours depuis ma naissance, passe encore. Mais la loi El Komhri, c’est vraiment abusé ! Trop c’est trop ! » Alors avec quelques milliers d’autres personnes, plusieurs fois dans le mois, tu as marché dans les rues de Clermont, parfois en chantant, parfois en levant une jolie pancarte colorée, le plus souvent en te faisant bien chier mais en te convaincant que c’est important d’être là. Peut-être même que tu faisais partie de celles et ceux qui ont fait grève dans « leurs » entreprises ou ont bloqué « leurs » lycées

La suite ici : fichier pdf A toi qui passes ta nuit debout

(reçu par mail)

[Saint-Denis] : Non à la promotion de la ségrégation raciale dans une fac occupée !

[Saint-Denis] : Non à la promotion de la ségrégation raciale dans une fac occupée !

Alors que les mobilisations contre la loi travail peinent à faire naître le mouvement et à construire un rapport de force continu,
alors que ce mouvement doit déjà faire face au gouvernement socialiste et à ses relais, à la démobilisation entretenue par les appareils syndicaux, aux matraques et aux services d’ordre, aux divers dispositifs anti-émeute, aux arrestations, gardes-à-vues, nasses et procès, à l’étiolement de toute culture de la lutte, aux intimidations des proviseurs et des flics de la bac lors des blocages de lycées,
alors que les médias ne relaient même plus que les comptages euphémiques de la préfecture,


alors qu’un souverainisme persistant, quand ce n’est pas un patriotisme rance, se manifeste en bien des endroits, des plateaux télés aux journaux en passant par la Place de la République à Paris, de la « France insoumise », à Merci patron !,
alors que cette mobilisation n’a pas su se forger d’autres atouts que ses manifs perlées et cette Nuit Debout où le démocratisme continu le dispute au confusionnisme militant et où la dépolitisation galope allègrement,
alors que c’est dans un contexte aussi pénible et problématique qu’on se politise ou se repolitise et que, sans doute, une génération nait même à la politique,
alors qu’une mauvaise maison d’édition estampillée à l’extrême gauche publie un pamphlet racialiste et antisémite, et que ses amis et héritiers en assurent, toute honte bue, la promotion,
alors que le judiciarisme sévit dans beaucoup de têtes et que la défense d’un territoire semble être pour beaucoup l’alpha et l’omega de la lutte,
alors que les rues ne sont plus parsemées d’émeutes mais sont le théâtre d’affrontements aux couleurs des hooligans (avec les postures et la politique, ou son absence, qui va avec),
les racialistes, bien installés derrières les chaires de l’université française, veulent se servir du mouvement pour y continuer leur propagande, pour faire avancer leur carrière politique et professionnelle (là au moins la « mixité » et le mélange sont de mise). Tous les propagandistes de l’identité qui pensent avoir depuis quelques temps le vent en poupe, et se projettent avec contentement en bourgeois de la couleur, de la race et de la religion, intensifient leurs petites affaires et profitent des espaces constitués par la mobilisation pour vendre leur sale soupe.
Tout est bon pour instiller le message et polariser la société autour de l’identité. On n’avance même pas masqué et on revendique la défense de l’ignoble empowerment que le gouvernement lui-même promet à cette néo-bourgeoisie « racisée ». Nul conflit fondamental comme on aime à le vendre, mais on cherche plutôt à influer sur le nombre de places, qui y aura droit, le montant des salaires, que ça aille plus vite. Les mannes de l’associatif et du culturel des années 80 sont taries, on veut plus et mieux, l’université ne sera-t’elle pas le lieu de la revanche ?

A Paris 8, on va jusqu’à pratiquer et imposer une non mixité de race (ou de couleurs ou de ce qu’on veut, l’important c’est les assignations et de pouvoir régenter, comme tout détenteur de pouvoir, qui peut et doit être ici ou là), et on défend des théories racistes et des pratiques ségrégationnistes pendant 5 jours dans le bâtiment occupé en y installant 5 jours de propagande et de cours racialistes.

Dans d’autres circonstances, ce serait certainement dommageable, mais on en a vu d’autres. Ici ou là, Soral fait bien des conférences. On pourrait laisser la question aux interventions musclées du renouveau antifasciste (mais interviendraient-ils là d’ailleurs ?)
Mais que cela ait lieu dans le cadre d’un mouvement social, dans une fac qui se mobilise, que ce soit cet espace qui soit choisi et qu’on veuille y régner et y déployer cette morale raciste, c’est grave !

Révolutionnaires de tous ordres, réagissons ! Ne laissons pas des pratiques ségrégationnistes s’installer dans les luttes et les mouvements ! Refusons ce prétendu anti racisme qui se revendique de la race !

[Repris d’indymerdia Nantes.]


Nous signalons également ce communiqué censuré par indyMERDIA Nantes (nouvelle chiourme racialiste de gauche) et publié sur indymedia Bruxelles :

Racialistes hors des mouvements ! En France comme ailleurs

Des racialistes profitent de l’occupation d’une fac pour promouvoir la ségregation. Alors que cette occupation prend place dans le cadre de la lutte contre la loi el khomry, qui aggrave les conditions de vie et de travail de tous les prolétaires. Voilà qui fait partie des aberrations que ce monde produit et contre quoi il faut lutter, jusqu’à la révolution.

Dans cette perspective, pour commencer, quelques tags ont été apposés autour de l’entrée de l’Université Paris VIII ou se tiennent de lundi à vendredi 5 jours de cours et conférences racialistes à l’initiative d’une commission qui se dit « non-mixte de race ». C’est, à n’en pas douter, pour contribuer à renforcer la dynamique de la lutte, alors que c’est, au moins pour les lycéens, la dernière semaine de cours avant les vacances et que celles de P8 arrivent bientôt…

Pas de ségrégation dans les mouvements !

Les tags sont :
« Nique la race, vive la lutte des classes. »
« Racialistes hors des mouvements »
« racialistes = racistes ² »
« Si Dieu existait, il faudrait le détruire »

Source: nonfides

 

[Paris] La CGT perd ses vitres

Indy Nantes, 27 mars 2016 | Des travailleurs de la nuit (non syndiqués) |

Depuis toujours les syndicats ont un rôle de courroie entre les exploiteurs et les exploités – pour perpetuer l’exploitation.

Jeudi dernier, à Montparnasse le SO de la CGT qui voulait encore une fois avoir le contrôle de la manifestation a tabassé, gazé et donné aux flics des manifestants.

Voilà ce que sont les syndicats : des amis utiles des patrons et des flics. Nos ennemis.

C’est pourquoi dans la soirée de ce même jeudi on a brisé les vitres du local de la CGT, rue Pierre Bonnard dans le 20ème.

Une pensée pour les arrêtés du 24 mars.
Liberté pour tous !
Que crèvent les exploiteurs et leur laquais.

A propos du procès antiterroriste à venir contre des anarchistes et anti-autoritaires en Belgique

Fin 2008, en pleine période d’hostilités diffuses déclenchées par la révolte en Grèce suite à l’assassinat d’Alexis par la police, le Parquet Fédéral belge lance une enquête visant des anarchistes et des anti-autoritaires. En 2010, sur base d’une liste d’actions que la police attribue à la « mouvance anarchiste » et alors que la lutte contre la construction d’un nouveau centre fermé à Steenokkerzeel se fraye un chemin, la juge d’instruction Isabelle Panou est affectée à l’enquête qui relève désormais de l’antiterrorisme. En mai, puis en septembre 2013, une dizaine de perquisitions ont lieu dans le cadre de cette enquête, ces perquisitions visent différents domiciles ainsi que la bibliothèque anarchiste Acrata située à Bruxelles. C’est à cette occasion que l’existence d’une enquête antiterroriste se donne à voir pour la première fois. Cette enquête est menée par la section antiterroriste de la police judiciaire fédérale qui se retrouvera épaulée tantôt par la Sûreté de l’État, tantôt par le Service Général du Renseignement et de la Sécurité de l’armée ainsi que par différents services anti-terroristes d’autres pays européens. C’est en 2014 que l’enquête est close, aboutissant aujourd’hui au renvoi devant la Chambre du Conseil de douze anarchistes et anti-autoritaires.

 

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Après une séance de légalisation des méthodes particulières de recherche utilisées dans le cadre de cette enquête (filatures, écoutes téléphoniques, placement de microphones dans un domicile, perquisitions en cachette, tentatives d’infiltration, placement de dispositifs de vidéo-surveillance devant des domiciles et à l’intérieur d’un domicile) en octobre 2015, le dossier est renvoyé devant la Chambre du Conseil. La séance de cette Chambre est fixée pour le 10 mai 2016 et déterminera s’il y a lieu de confirmer la tenue d’un procès et, si oui, sous quelles accusations.

De son enquête, le Parquet Fédéral s’est efforcé de tirer pas moins de 29 inculpations individualisées. Neuf compagnons sont accusés d’appartenance à une organisation terroriste et de participation à des activités terroristes pendant des périodes plus ou moins longues. Trois d’entre eux sont en plus accusés d’en être les « dirigeants ». Par ailleurs, trois autres personnes ayant été arrêtées dans la foulée d’une attaque contre le commissariat des Marolles sont quant à elles accusées d’appartenance à ce groupe terroriste pendant un jour, ainsi que des différentes inculpations se rapportant à cette attaque. Ça c’est pour l’accusation générale.

Celle-ci est ensuite complétée par des accusations plus spécifiques telles que participation à une manifestation sauvage devant le centre fermé 127bis à Steenokkerzeel (transformée en « tentative d’incendie volontaire » et d « ‘infraction terroriste » par le parquet), préparation et participation à une attaque contre le commissariat de police dans les Marolles (qualifiée par le parquet d’ « infraction terroriste »), coups et blessures sur des agents de police à plusieurs reprises, obstruction de la voie publique, dégradations diverses et variées, vols à l’étalage, incendie de voitures de gardiens de prison sur le parking de la prison de Ittre, incitation à commettre des infractions terroristes… Il est à préciser que ces accusations spécifiques visent à chaque fois des compagnons spécifiques, c’est-à-dire que tout le monde n’est pas inculpé pour l’ensemble des faits reprochés.

En arrière-plan de cette enquête qui a duré plusieurs années et qui a produit pas moins de 32 cartons de paperasses, le Parquet Fédéral émet l’hypothèse qu’un « groupe anarchiste terroriste » serait actif, notamment à Bruxelles, et que les inculpés auraient « participé à » ou « favorisé » ces activités. Il dresse par exemple une longue liste d’une 150-aine d’attaques, dont une bonne partie incendiaires, contre des structures de la domination, des commissariats, des tribunaux, des banques, des entreprises qui se font du beurre sur le dos de l’enfermement, des chantiers, des véhicules de diplomates, d’eurocrates et de fonctionnaires de l’OTAN, des antennes de téléphonie mobile,… Toutes ces attaques ont eu lieu à Bruxelles et dans ses environs entre 2008 et 2013.

L’invention d’un groupe terroriste qui serait responsable de l’ensemble de ces faits (ne serait ce que par le fait de « les avoir rendus possibles ») permet de jolies pirouettes servant l’accusation : une bibliothèque devient un lieu de recrutement, des discussions deviennent des réunions clandestines, des tracts et des journaux de critique anarchiste deviennent des manuels de guérilla urbaine, des manifs et des rassemblements deviennent des appels au terrorisme, des liens affinitaires entre des personnes en lutte et l’auto-organisation qui peut en découler deviennent « un groupe terroriste structuré ». L’invention d’un « groupe terroriste anarchiste » est bien évidemment une tentative assez maladroite de la part de l’État de réduire la subversion anti-autoritaire et révolutionnaire à l’œuvre d’un seul « groupe structuré ». En tentant de mettre derrière les barreaux une poignée d’anarchistes qui dérangent, l’État cherche à décourager les réfractaires à passer à l’action directe contre ce qui nous opprime et exploite et d’imposer un silence absolu aux désirs, possibilités, réflexions et critiques qui s’affrontent à ce monde autoritaire.

Ce qui est renvoyé devant le tribunal, c’est donc toute une mosaïque de luttes, de révoltes, d’idées, d’actions directes, de critiques, d’imaginaires révolutionnaires, d’agitations qui ont, pendant des années, cherché à s’attaquer à la domination. En cela, l’éventuel procès concerne non seulement les compagnons inculpés, mais aussi tout individu, tout anarchiste, tout révolutionnaire, tout réfractaire à l’ordre, tout insoumis à l’autorité qui ne veut pas rester les bras croisés devant l’exploitation et l’oppression. Ce qui est visé, c’est la recherche de l’autonomie dans l’action, l’auto-organisation dans la lutte, l’action directe dans toute sa diversité, le choix de défendre et de diffuser des idées anarchistes et révolutionnaires, de participer ensemble avec d’autres révoltés à des combats auto-organisés et autonomes. Et finalement, sans doute, une approche combative de l’anarchisme qui part de l’individu, de l’affinité, de l’informalité.

Il serait étrange de séparer la répression qui vise aujourd’hui quelques anarchistes et anti-autoritaires de l’ensemble de la répression qui cherche à mater (souvent préventivement) toute critique de l’ordre établi et la révolte. A coups de « menaces terroristes », de crise de réfugiés, de lutte contre la criminalité et de guerres bien réelles, la répression étatique passe aujourd’hui à la vitesse supérieure. Dans une période où les changements et les restructurations viennent toujours plus rapidement modifier les terrains de la conflictualité sociale, neutraliser ceux qui dérangent par leur pensée et leurs actes fait partie d’un ensemble qui cible les exploités et les opprimés : le durcissement des conditions de survie, la militarisation des frontières, l’imposition d’un contrôle technologique massif, la construction de nouveaux camps de détention,…

Se défendre contre ce coup répressif qui veut renvoyer des compagnons devant un tribunal sous des accusations de terrorisme, c’est défendre la possibilité et l’espace de l’agir anarchiste et anti-autoritaire. Et, par la solidarité avec les compagnons inculpés, faire face à la répression étatique qui vise à paralyser toute action subversive.

Si se battre pour la liberté est un crime, l’innocence serait vraiment le pire de tout.

avril 2016.

Source: nonfides

P.-S.

Plus d’infos et contact…

La Lime
Caisse de solidarité bruxelloise
lalime@riseup.net
http://lalime.noblogs.org
Réunion chaque premier lundi du mois à 19h30 à Acrata

Acrata
bibliothèque anarchiste
acrata@post.com
https://acratabxl.wordpress.com/
Rue de la Grande Ile 32 – Bruxelles

Monica et Francisco condamnés : 12 ans de taule pour l’attaque d’une Cathédrale

Monica et Francisco condamnés : 12 ans de taule pour l’attaque d’une Cathédrale

Aujourd’hui, le 30 mars 2016, le verdict de l’Audiencia Nacional a été notifié aux avocats des compagnons, condamnant les anarchistes Mónica Caballero y Francisco Solar à 5 ans de prison pour l’accusation de « blessure », ainsi que 7 ans pour « dommages avec un but terroriste », pour un total de 12 ans de prison chacun. Ils ont été acquittés des charges d’« appartenance à une organisation terroriste » et du projet d’attentat contre le monastère de Montserrat.

 

Face à la condamnation de nos compagnons nous sont présentés les défis de l’extension de la lutte et de la solidarité, la défense de nos liens et de nos idées, du refus que leur monde soit réduit aux quatre murs qui les enferment.

Force à nos compagnons incarcérés, toujours présents dans nos luttes et nos vies quotidiennes.

Il n’y a pas de « dedans » ni de « dehors », il y a seulement des ennemis de l’Etat et de l’autorité.

Mort à l’État et vive l’anarchie !

[Adapté de l’espagnol de Contramadriz.]

- Résumé de la première session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar 
- Résumé de la seconde session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar 
- Résumé de la troisième et dernière session du procès des compagnons Mónica Caballero et Francisco Solar

- Solidarité avec les anarchistes Mónica Caballero et Francisco Solar.

source: nonfides

La nuit debout, les deux pieds dans la merde

La nuit debout, les deux pieds dans la merde

Nous y voilà. Le 31 Mars approche. Le mouvement continue de commencer. Les organisations de gauche nous ont imposé cette date, avant le début du début, comme première journée de grève générale. Parce qu’avant cette date officielle, on pouvait toujours faire plier le gouvernement avec des pétitions. Eh oui, ça n’a jamais fonctionné mais qui sait ? Eh bien non, comme on pouvait s’en douter, ça n’a pas fonctionné.

 

Alors, un peu partout, on a pris les devants. Et puis devant le constat que le mouvement leur était volé, les organisations de gauche ont repris les rênes, et comme à leur dégueulasse habitude, elles ont organisé les cortèges. « L’UNEF devant, ensuite le cortège de la CGT, etc. » Et puis les autres, les révolté-e-s sans drapeau (ou à drapeau noir…) iront où ielles veulent, où ielles peuvent, mais surtout pas devant, ça les organisations de gauche ne le permettent pas. Le mouvement est politique (au sens puant du terme), syndicaliste, mais certainement pas révolté et inorganisé.

Et puis un collectif a vu le jour. #OnVautMieuxQueCa. L’utilisation du croisillon (hashtag quand on est branché) donne tout de suite le ton. Ça sent la jeunesse, la fraîcheur de la génération Y. Ça sent aussi et surtout le rance de la récupération citoyenniste à la sauce classe moyenne blanche [sic] de centre-ville. Alors des collectifs se montent dans les grandes villes. A Grenoble on se rassemble dans ce bar associatif branché. On parle. Du projet de réforme. On se dit qu’il faut aller plus loin. Revendiquer plus. Revendiquer ? Eh oui, le/la citoyen-ne revendique. Ielle passe sa vie à demander. Ielle demande que nos chers maîtres oublient ce projet de réforme. Ielle demande qu’on enlève l’état d’urgence (Eh, vous étiez où, bande de citoyen-ne-s quand il a fallu lutter contre ?). Ielle demande à ouvrir les frontières (Mais trouve impensable l’idée de les détruire). Ielle demande à produire de la merde et être exploité-e 32 heures par semaine seulement, au lieu de 35. Ielle demande le salaire de base universel, comme si ça pouvait régler quoi que ce soit.

Alors le collectif, à Grenoble, il a des tas d’idées d’actions. Il aime ça, faire des actions, les penser, les diriger, mais en s’efforçant toujours d’employer les mots qui sont appréciés par les anti-autoritaires : « auto-organisation », « démocratie », « assemblées » etc. Les actions, il les aime non-violentes, symboliques, parce que les symboles ne détruisent rien, parce qu’ils ne remettent rien en cause, parce qu’ils permettent de ne pas se mettre en jeu.

Alors le collectif, à Grenoble, quand il s’est aperçu que le 17 Mars il avait fâché la CGT en se séparant du cortège syndical officiel pour aller chatouiller le PS sans prévenir, il s’est empressé de s’excuser et a promis à la CGT qu’on ne l’y reprendrait plus.

Le collectif, à Grenoble, il a aussi décidé de répondre à l’appel national à organiser des « Nuits debout ». Alors, qu’est-ce qu’une « Nuit de boue » ? C’est très simple. François Ruffin, qui avait besoin de faire la pub de son film, « Merci patron ! », mais ne voulait pas payer pour, s’est dit que ça serait une excellente idée d’appeler les collectifs, dans les grandes villes, à occuper une place, et à diffuser sa saloperie sur un écran géant. Eh oui, il faut conscientiser les masses ! Et quoi de mieux qu’un film au chauvinisme exacerbé pour « conscientiser les masses » ? Beh oui, il faut de l’emploi à l’intérieur de nos barbelés – euh pardon, frontières – et pas délocaliser les usines ! Bon, pour la critique radicale du capitalisme, on repassera, de toute façon le journal de Ruffin, Fakir, il soutient à fond la CGT et son productivisme dégueulasse et aux dernières élections présidentielles, il participait à la campagne de Mélenchon, lui aussi productiviste acharné, et qui aime vraiment beaucoup la fRance. Et comme le collectif de Grenoble est composé (entre autres) des restes putrides de tous les groupes néo-indignés du type colibris, fans de Chouard et autres Alternatiba (mais attention, hein, c’est un collectif indépendant et sans étiquette !), en plus de ce super film, on aura même le droit de participer à des « ateliers constituants », histoire de bien goûter à la « vraie démocratie » citoyenne.

Il va sans dire que pour occuper sa place (qui est en fait un aménagement sportif qui se trouve en périphérie du centre-ville), le collectif de Grenoble a, comme tout citoyen qui se respecte, demandé l’autorisation. Et on la lui a donnée ! Ouf ! Ça va être tellement subversif !

A côté de ces mascarades syndicalistes et citoyennes, il y a des individus qui veulent foutre en l’air le vieux monde. Cramer les usines plutôt que les autogérer, faire payer à ceux qui nous ont exploité pendant tout ce temps le prix de leurs actes dégueulasses. Des individus qui veulent la liberté, et non un morceau de celle-ci (pensée « émue » à ceux qui appelaient il y a quelques mois à défendre la liberté d’expression). Des individus qui ne veulent « pas troquer une part de maintenant pour une part fictive de demain » (Albert Libertad, Aux résignés, 1905). Des individus qui ne veulent ni du Travail, ni de la Loi. Des individus qui ont compris que récupérer nos vies qui nous ont été volées doit forcément passer par la joie de la violence contre ceux qui en sont les responsables, par le feu, partout là où il trouvera des outils de notre exploitation à réduire en cendre.

Et ces collectifs citoyennistes, et ces syndicalistes productivistes, sont une insulte à la révolte incontrôlable, une insulte à l’intelligence aussi.

Parce qu’aujourd’hui, la seule action intelligente qui soit consiste à détruire concrètement, en actes, ce qui nous détruit.

[Repris d’Indy Grenoble.]

Voir aussi la brève « La nuit debout », ou comment dire merci à son patron.

A propos de la « conscientisation » et de son racket

« Toi, oui toi, ta naissance fait de toi le sujet le plus propice à révolutionner. Tu as toutes les cartes en main (c’est à dire aucune) pour réaliser tes potentialités révolutionnaires. Il y a juste une chose, tu ne le sais pas encore. »

 

Dans le monde chimérique et restreint du militant politique, Les êtres devenus « sujets révolutionnaires » errent dans les limbes de l’inconscience jusqu’à ce que l’un d’eux, tel l’ange Gabriel, vienne les en soustraire par voie de conscientisation. La révélation, Le tract miracle, le choix des bons mots, la tactique infaillible, la théorie révolutionnaire scientifiquement prouvable sont autant de stratagèmes au service de l’envoûtement des masses ; car à ce niveau là de déshumanisation, on peut bien parler de « masses », ou encore de « peuples », de « races » ou de classes, ou de n’importe quelle autre catégorie socio-politique assujettissant l’individu à ce qu’il n’a pas choisi d’être ou à la pression d’un groupe social.

L’exploitation n’est pas uniquement un fait mathématique tangible en toute occasion, elle ne peut devenir insupportable qu’à celui qui la ressent et qui souhaite s’en libérer. Mais dés lors qu’elle est supportable et souhaitée, peut-on parler avec justesse d’exploitation ? C’est une question que nous souhaitons poser, car nous ne prétendons pas avoir plié la question, par exemple à l’aide d’une pirouette théorique sortie d’un siècle poussiéreux. Par contre il ne fait aucun doute qu’en terme de complicité, des liens ne peuvent aucunement s’établir avec un exploité satisfait de sa situation, avec qui une ambiguïté autoritaire s’insinuerait forcement dans les rapports. Forcer une personne à être libre, selon une schématisation de la liberté qui n’est pas la sienne, voici le pire des fourvoiements ; le meilleur cul-de-sac imaginable et possible pour une bonne intention, dont l’enfer est d’ailleurs pavé. Avec de telles conceptions, chaque militant est un guide suprême à sa petite échelle, rendant des comptes à un plus vaste superviseur, lui aussi bien intentionné, comme le curé à son évêque, l’évêque à son cardinal, les divers degrés de conscience étant l’engrais d’une nouvelle hiérarchie. Dans le petit jeu de la politique, tout le monde est dominé, et tout le monde domine -sauf le dernier maillon de la chaîne : LE sujet révolutionnaire progressivement conscientisé, encore une fois baisé par de belles illusions.

La conscientisation est une excuse tombée du ciel pour pratiquer la démagogie et le populisme sans complexer pour autant. De ci de là fleurissent des discours simplistes, réduit au minimum (syndical) pour pouvoir être contenus dans de vulgaires slogans kitch, accrocheurs et folkloriques. C’est que le sujet révolutionnaire erre encore dans le dernier cercle, le degré de conscience le plus médiocre. C’est pourquoi le militant se doit d’être lisible jusqu’à parfois s’abaisser au niveau de livres pour enfants. Mais après tout quelle différence entre un enfant de 6 ans, un labrador et un sujet révolutionnaire ? Tous remuent la queue lorsqu’on leur fait des promesses ou qu’on leur parle de lendemains qui chantent.

Qui, de ceux qui se sont déjà engagés dans des collectifs de soutien aux sans-papiers n’a t il jamais entendu de remarques frustrantes du genre « Je te rappelle que ce tract est censé être diffusé dans un quartier populaire » pour justifier son néant ou la faiblesse de son argumentation ? Qui dans des luttes de travailleurs n’a jamais entendu de remarques du type « On ne peut pas encore dire ça, vous allez trop vite » ? Alors, il ne s’offre plus au militant que la possibilité d’une pensée slogan. Des slogans comme « police partout justice nulle part » ou « de l’argent il y en a, dans les caisses du patronat » sont typiques du nihilisme militant. Comme si pour se débarrasser du capitalisme il fallait prendre l’argent aux riches pour devenir riches nous même ou pour le redistribuer plutôt que d’abolir totalement les relations économiques et monétaires.

Le militantisme est l’art de faire passer ses idées de mains en mains jusqu’à ce qu’elles disparaissent, car derrière cette volonté de clarifier leur pensée, les militants finissent par approfondir la confusion. Déjà largement malmenée, la sincérité du militant se retrouve littéralement dans les égouts à essayer de concurrencer les émissions télévisuelles de divertissement en se mettant à leur niveau, constat fait de leur succès parmi les classes populaires. Dans cette course à l’échalote de la popularité nécessaire du militant, quelle peut être la limite si l’on considère que la révolution ne peut dépendre que de cons décérébrés réduits à l’état de pions à placer sur une grande carte stratégique de la révolution ? La tactique sert alors de façon plus ou moins décomplexée à manipuler la chair à canon électorale ou révolutionnaire ; et nous sommes tous du gibier à militant. Après nous avoir refourgué son thé, son repas gratuit, il nous inflige son idéologie dans la plus pure tradition du racket politique.

Prolétaire, exploité, indésirable, retourne ton arme contre ceux qui font de toi un sujet politique, ceux qui t’analysent et te transforment en sujet d’étude perpétuelle, les maquereaux qui se donnent pour rôle de te dompter sur la vraie voie révolutionnaire.

Jacques Heurie.

[Extrait de Non Fides N°IV, juillet 2009.]

Rojava

Rojava

D’aucuns diront certainement que je suis « anti-Rojava » ou que je ne fais que nier l’existence d’une « Révolution au Rojava ». Loin s’en faut, je ne suis pas plus « anti-Rojava » que je suis effectivement anti-France ou anti-USA ou anti-tout-autre-Etat-Nation. Quant à la « Révolution au Rojava », j’en suis évidemment un éminent supporter tout comme pour la révolution au Moyen-Orient et partout ailleurs dans le monde. Je suis pour une révolution sociale mondiale, donc anticapitaliste, qui abolira la propriété privée, l’Etat, les classes sociales, les religions, etc.

Mon seul questionnement est le suivant : ce que d’aucuns appellent la « Révolution au Rojava » est-elle bien une révolution sociale ou, mieux dit, s’inscrit-elle bien dans une dynamique de destruction de l’ordre social présent (c’est-à-dire capitaliste) ? Ou au contraire ne s’agirait-il pas plutôt d’un processus d’instrumentalisation et d’encadrement par des institutions sociale-démocrates (donc bourgeoises), sous couvert de « libération sociale », d’un mouvement authentique de révolte contre la misère et la répression étatique, afin de mieux justifier leurs « luttes de libération nationale » ?

SECTION 1

J’ai toujours eu la naïveté de croire « les anarchistes » lorsqu’ils déclarent allègrement dégueuler « le travail, la justice et l’armée ». Or d’importants secteurs de « l’anarchisme » (officiel et même moins officiel) se déclarent être les farouches partisans de la « Révolution au Rojava », qui serait une « véritable révolution » selon « l’éminent » intellectuel David Graeber. Celle-ci est animée et dirigée par une série d’institutions comme par exemple des « assemblées populaires », des « cantons », des « communes », des « municipalités » qui globalement et fondamentalement n’empêchent pas (et n’ont historiquement en soi jamais empêché) la reproduction des mêmes rapports sociaux que ceux qui dominent à l’échelle de la planète.

En effet, l’exploitation au travail est effectivement réalisée au Rojava par le biais de « l’économie sociale » et de ses « coopératives » où le (la) prolétaire est toujours aussi solidement rivé(e) à « son » outil de travail, à « sa » machine, à « son » lieu de travail, aux exigences de rentabilité de « son » économie locale, cantonale et « libertaire », bref à « son » exploitation qui par la magie des mots parviendrait à « s’humaniser ». C’est toujours au nom du « réalisme » et du refus des critiques caricaturées comme étant « ultragauchistes » que le travail règne en maître absolu sur la région ; travail évidemment salarié, même si l’approvisionnement en papier monnaie, en étrons monétaires ou encore en valeurs sonnantes et trébuchantes n’est pas toujours assuré pleinement pour cause de guerre.

« Les anarchistes » ont toujours déclaré leur haine de l’Etat et de la Nation… Pourtant le Rojava dispose de toutes les caractéristiques d’un Etat, ou pour le moment d’un « proto »-Etat, puisqu’il y a bien des cours de justice, une « Constitution » (appelée « Contrat Social »), une armée (ainsi que des milices YPG/YPJ de plus en plus militarisées), une police (les Asayish) qui fait régner l’ordre social interne (avec également ses « unités spéciales antiterroristes » dont les Rambo n’ont rien à envier à leurs collègues assassins de corps équivalents comme les « SWAT » aux Etats-Unis d’Amérique, les « Spetsnaz » en Russie, les « GIPN » et « GIGN » en France, etc.). Quant à la nation, est-il bien nécessaire de rappeler le fondement nationaliste du « mouvement de libération kurde » ?

« Les anarchistes » ont toujours exprimé leur mépris envers le gouvernement, le parlementarisme et les élections… Mais le Rojava est dirigé par une infinité de parlements, qu’ils s’appellent « assemblées populaires », « conseils », « communes » ou « municipalités » importe peu si leur contenu pratique consiste toujours à gérer (encore une fois, à un niveau « plus humain » peut-être) le rapport social dominant au niveau planétaire (c’est-à-dire le capitalisme, même s’il est repeint en rouge ou en rouge et noir). Toutes ces structures s’organisent au niveau local d’une rue, d’un quartier, d’un village, d’une ville, d’une région et participent toutes du principe électoral. Enfin, au niveau supérieur décisionnel, les « cantons » possèdent leurs propres gouvernements ainsi que leurs ministères et les ministres y afférents dont par exemple « Monsieur le Premier Ministre du Canton de Cizere » n’est personne d’autre que le capitaliste le plus riche de Syrie avant le déclenchement du processus de lutte en mars 2011.

« Les anarchistes » prétendent être allergiques à tout concept de « parti » qu’ils réduisent aux partis politiques bourgeois, qu’ils se présentent aux élections ou non, voire même aux partis bolcheviks et léninistes. Mais soudainement, il y a des partis politiques qui comblent de joie ces mêmes « anarchistes » : il s’agit du PKK (« Parti des Travailleurs du Kurdistan ») en Turquie et du PYD (« Parti de l’Union Démocratique ») en Syrie. Ces partis, et encore plus le PYD que le PKK, développent une politique diplomatique tout ce qu’il y a de plus classiquement bourgeois, allant jusqu’à ouvrir des « bureaux » (des ambassades en quelque sorte) à Moscou et à Prague. Le PYD est même allé, lors d’une grande tournée européenne l’année dernière, jusqu’à « faire le tapin » au Palais de l’Elysée en février 2015, où certains de ses représentants les plus illustres ont été reçus par « Monsieur le Président » François Hollande en personne.

Mais enfin bref, je pourrais ainsi écrire des pages entières sur toutes ces élucubrations, ce qui importe le plus aujourd’hui, c’est que les masques tombent et que le visage hideux de cette « véritable révolution », dirigée et encadrée par une puissante machine de propagande, qui combine le « municipalisme libertaire », le marxisme-léninisme et le « national-libérationnisme », apparaisse enfin au grand jour. Je veux parler ici bien sûr des éternelles et inévitables alliances tactiques ou stratégiques qui caractérisent toutes les forces bourgeoises dans l’histoire et dans le monde.

SECTION 2

C’est fou comme les milieux gauchistes (« marxistes » et « anarchistes » confondus), qui soutiennent ad nauseam une « Révolution au Rojava », sont plutôt gênés aux entournures de voir leurs chouchous du PKK/PYD et leurs milices armées des YPG/YPJ collaborer directement avec les USA et maintenant la Russie, sans compter les offensives militaires dans la région d’Alep menées en étroite coopération avec l’armée syrienne (vous savez, cette armée dirigée par Bachar el-Assad, dit « le boucher de Damas » !!!). Eh oui, ça fait mal d’entendre çà, alors on préfère se boucher les oreilles et fermer les yeux.

Que crèvent tous les Etats capitalistes : que crève l’Etat turc avec sa répression féroce contre les populations insurgées du sud-est du pays et ailleurs, que crève l’Etat syrien et ses massacres, que crèvent les Etats des USA, de l’UE, des monarchies du Golfe, de la Russie et de l’Iran, et que crèvent aussi tous les Etats « progressistes » et gauchistes : Cuba, Venezuela, Bolivie ainsi que les « proto »-Etats comme le Rojava et Daech…

Tous ces Etats, tous les Etats s’entendent copains comme cochons avec plus ou moins de bonheur selon les circonstances géostratégiques et la défense de leurs intérêts nationaux et nationalistes particuliers, ils s’entendent sur le dos de la piétaille, c’est-à-dire nous tous, les exploités, les prolétaires, les véritables révolutionnaires.

Il ne faut pas s’étonner ou s’offusquer de ce que le PKK/PYD, les YPG/YPJ annoncent aujourd’hui ouvertement leur collaboration avec les USA, la Russie ou la Syrie. Hier ils ont collaboré déjà avec le Hezbollah, le régime syrien d’Assad-père : Ocalan et toute la direction du PKK avaient leurs quartiers à Damas avant que les alliances ne soient renversées vers 1998 !!! De la même façon, le PKK a signé des accords de paix avec la Turquie en 2013 (au moment de la révolte du parc de Gezi, au moment où il aurait été plus nécessaire d’emmerder les forces répressives turques, merci « camarades » du PKK pour votre solidarité de classe !), accords qui ont tenu jusqu’en 2015, non pas parce qu’ils auraient finalement été dénoncés par le PKK (soi-disant antiétatique) mais parce que ceux-ci ne correspondaient plus aux nécessités impérialistes turques…

Tout cela rappelle l’épisode des accords Molotov/Ribbentrop en août 1939 : l’Etat le plus fasciste du monde et le plus ouvertement anticommuniste (l’Allemagne nazie) signe un accord de paix avec le pays le plus antifasciste du monde et qui avait repeint sa façade à la couleur rouge du « communisme » (l’URSS stalinienne). Et devinez un peu qui a finalement rompu ces accords « contre nature » ? Les antifascistes ? Pas du tout ! Ce sont les fascistes qui ont attaqué en juin 1941 et qui par ce fait ont finalement libéré la « conscience » de tous ces pauvres « communistes » empêtrés dans leurs contradictions idéologiques…

AD NAUSEAM !!!

SECTION 3

Précisons enfin qu’il semble totalement invraisemblable que des organisations (PKK/PYD) qui se revendiquent d’une idéologie soi-disant antiétatique (le « confédéralisme démocratique ») puissent ainsi aussi allègrement signer des accords de paix (et s’en revendiquer) avec un Etat (la Turquie) que parallèlement ils dénoncent comme le pire oppresseur du « peuple kurde » et de son « droit à se constituer en nation ». Qui plus est, le « confédéralisme démocratique », même s’il prétend ne pas vouloir constituer un nouvel Etat, n’a fondamentalement rien d’antiétatique mais repose au contraire sur deux fondements éminemment étatiques : 1° la revendication de l’autonomie administrative de la zone de peuplement kurde au sein même de l’Etat dont il fait partie, ce qui signifie concrètement la reconnaissance de cet Etat (exemple : l’autonomie du Rojava au sein de la Syrie) ; 2° le regroupement des quatre entités autonomes kurdes (situées en Syrie, Turquie, Iraq et Iran) dans le cadre de ce qu’il faudra bien in fine appeler un Etat, une Nation…

AD NAUSEAM !!! (bis)

 Source : http://www.non-fides.fr/?Rojava


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